[Témoignage d'agriculteur] J'ai diversifié les grandes cultures avec des moutons pour pérenniser l'exploitation - Pleinchamp

[Témoignage d'agriculteur] J'ai diversifié les grandes cultures avec des moutons pour pérenniser l'exploitation

Installé en 2002 sur une ferme de grandes cultures, Georges Ferté se heurte aux évolutions de la PAC ainsi qu’à un système cultural à bout de souffle. Il décide donc de créer un atelier ovin pour pérenniser son exploitation.

« Le contexte a évolué, explique Georges Ferté, la diminution des aides PAC notamment sur les jachères m’a amené à remettre en culture des terres assez hétérogènes, mais les rendements étaient décevants. Quand on voit son exploitation perdre du potentiel à cause des cultures industrielles, forcément on se remet en cause. Certaines parcelles étaient affaiblies, il devenait nécessaire de diversifier les productions pour pérenniser l’exploitation. C’est ainsi qu’est venue l’idée de l’élevage ovin ».

Un premier agnelage agréable durant l’été indien

L’installation de l’atelier d’élevage s’est faite petit à petit. La ferme a d’abord abrité des taurillons, puis après avoir lu quelques ouvrages et visité de nombreuses fermes, le choix s’est posé sur le mouton. Georges Ferté a suivi une formation auprès de la chambre d’agriculture pour enfin accueillir en 2016 ses 80 premières agnelles. « Cette année-là, nous avons eu un bel été indien, le premier agnelage en septembre a été plutôt agréable, se remémore l’éleveur. Je travaille avec des béliers Île de France et des brebis Romanes que j’ai choisies pour leur prolificité et leur côté maternel. Le troupeau s’est agrandi petit à petit. J’ai maintenant 250 brebis et espère pouvoir monter à 300 têtes ». L’agrandissement du troupeau se fait par achat de nouvelles brebis. Le troupeau est encore assez jeune, mais l’éleveur compte à long terme assurer le renouvellement par l’achat de brebis Romanes à un sélectionneur.

« Je cherche avant tout à monter un modèle cohérent sur mon exploitation »

L’atelier d’élevage est pensé pour s’associer avec cohérence aux grandes cultures. Un premier agnelage, avec une bande de 150 à 160 brebis, a lieu en septembre, coincé entre la moisson et les semis de blé. La centaine de brebis restantes agnèle en février, avant les travaux de printemps. Ce système a l’avantage de fournir des agneaux à Noël et à Pâques. En plus d’étaler le travail, dissocier le troupeau pour les agnelages permet de gagner de la place en bâtiment. Georges Ferté n’a pas construit de bergerie. Il a réaménagé l’ancien hangar à vaches laitières de son père mais cette configuration ne lui permet pas faire tenir en bâtiment l’intégralité du troupeau en période d’agnelage. L’éleveur, qui produit l’essentiel de ses semences à la ferme, valorise les écarts de tris dans la ration des agneaux. La pulpe de betteraves, sous-produit de l’industrie sucrière, est également récupérée. « Même si je suis obligé de garder quelques tonnes d’orge de printemps pour la fabrique d’aliment, l’élevage me permet de valoriser des sous-produits qui seraient perdus autrement. L’atelier ovin permet également une meilleure valorisation des couverts d’interculture. Je sème un mélange d’avoine, vesce, ray-grass italien et trèfle violet pour pouvoir faire pâturer mes moutons l’hiver. Les doses de semis sont un peu plus importantes que pour un couvert conventionnel mais les terres bénéficient ainsi d’un amendement supplémentaire ». Les brebis passent environ quatre mois en bâtiment pour l’agnelage et sont en extérieur le reste de l’année. La pluviométrie satisfaisante permet d’assurer un bon pâturage tout l’été. « J’effectue parfois un passage de broyeur lorsque l’herbe monte en graine et que les brebis ne veulent plus la manger, mais globalement j’ai une surface de pâtures suffisante pour mon troupeau. »

L’organisation des travaux des champs a également été modifiée pour s’adapter aux contraintes de l’élevage. Georges Ferté implante ses cultures en TCS (technique culturale simplifiée) ce qui lui permet de semer plus vite tout en réduisant le nombre de passages de travail du sol. La part de cultures industrielles a diminué, l’arrachage des betteraves se fait maintenant par l’entreprise afin de dégager du temps. « L’élevage est certes chronophage, mais le travail de base est à la portée de tout le monde, avec un apprenti sur l’élevage ainsi qu’un salarié partagé avec un voisin, j’arrive à me libérer de temps en temps les week-ends ».

J’ai investi entre 10 000 et 15 000 € dans le bâtiment

Georges Ferté a fait le choix de s’installer progressivement. Disposant d’un bâtiment en tôle, il a déboursé entre 10 000 et 15 000 € pour l’adapter à l’élevage ovin. À cela s’ajoute l’achat du troupeau. L’agrandissement progressif de l’atelier d’élevage permet d’étaler les frais dans le temps, comme le renouvellement du télescopique, l’achat d’une pailleuse lorsque le besoin s’est fait sentir ou d’un quad pour installer des clôtures temporaires. Avec 250 brebis, certaines tâches commencent à peser, il devient trop compliqué de nourrir les agneaux surnuméraires au biberon et les pertes sont nombreuses. Une louve est donc arrivée à l’automne. À long terme, Georges Ferté espère pouvoir construire un bâtiment plus fonctionnel, ainsi qu’automatiser une partie de l’alimentation des agneaux mais attend pour cela d’avoir bien rodé son système d’élevage. « Je réfléchis par exemple à mettre en place un système d’allaitement en extérieur. Davantage d’herbe pourrait être consommée par les brebis mais je n’ai ni matériel ni le temps de faire du foin. Les faire pâturer avec leurs agneaux permettrait de valoriser cette herbe tout en faisant des économies sur la ration. »

Alice Peucelle

La Picardie retrouve ses moutons

Georges Ferté se réjouit du capital sympathie développé grâce à son troupeau : « Lorsqu’on bloque la route avec un tracteur, les gens font la grimace, mais si c’est avec un troupeau de moutons, l’on nous demande presque de ralentir pour prendre des photos ! J’ai eu un patou pendant quelque temps, c’était agréable de voir les gens s’arrêter pour le caresser, même si en théorie il ne faut pas le faire ! ». La Picardie a longtemps été une grande région moutonnière, preuve en est qu’il y a une forme de complémentarité entre moutons et grandes cultures. Si les éleveurs y sont aujourd’hui minoritaires, des réseaux solides d’agriculteurs ainsi que l’expertise des chambres d’agriculture peuvent accompagner les personnes désireuses de se lancer. « Le plus important est de réussir à créer un système rémunérant et cohérent à l’échelle de l’exploitation, pense l’éleveur, il n’y a pas de modèle miracle, toutes les fermes sont différentes, il faut juste trouver le système qui nous correspond ».

Chiffres clés

250 brebis Romanes
6 béliers Île de France
15 ha de pâture
185 ha de grandes cultures
700 m² de bâtiment
250 agneaux/an