anonymous

Covid-19 : Quels impacts sur l’économie ?

L'ALLIER AGRICOLE

Covid-19 : Quels impacts sur l’économie ?
Les véhicules des Transports Yzeuriens transportent, tout au long de l’année, les céréales stockées dans les différentes coopératives de la région. - © Transports Yzeuriens

La crise sanitaire due au covid-19 et les mesures de confinement qui y sont liées impactent fortement l’activité économique de l’ensemble du pays. L’Allier n’échappe pas à la règle. Penchons-nous sur les secteurs stratégiques pour l’agriculture bourbonnaise. Cette semaine, c’est celui des carburants et des transporteurs auquel nous nous intéressons.

Les prix des carburants ont chuté depuis le début du confinement. Un effet direct du coronavirus qui se confirme dans le monde entier. Le poids de la Chine sur les cours du pétrole est considérable. Un pays qui occupe aujourd’hui la deuxième place en terme de consommation, derrière les Etats-Unis et, même si la Chine est un des producteurs de pétrole brut, elle doit aussi en importer pour faire face à ses propres besoins. Le confinement imposé à près d’un milliard de personnes dans le monde provoque l’arrêt d’une grande partie de l’économie et donc, des déplacements, ce qui se traduit par une baisse importante de la demande de carburant. Un coup de frein inédit à cette échelle. L’agriculture est l’un de ces consommateurs de carburant. Un secteur qui, lui, n’est pas à l’arrêt. Les éleveurs continuent de nourrir leurs animaux, et les céréaliers de cultiver leurs champs.

L’exemple Lagarde

Dans l’Allier, les distributeurs de carburants poursuivent donc, presque normalement, leurs activités. Prenons l’exemple de l’entreprise Lagarde, installée à Cusset, proche de Vichy. Une entreprise familiale qui reste la seule société indépendante de distribution de produits pétroliers en France à avoir signé un contrat de ravitaillement et de marque avec le pétrolier Total, quatrième producteur mondial d’hydrocarbures. Négoce de produits pétroliers, livraison de carburants et de fioul, vente de lubrifiants, gestion d’un réseau de stations-service, stockage, les activités de l’entreprise sont multiples et essentielles à l’économie. Chaque année, ce ne sont pas moins de 250 000 m3 d’hydrocarbures et 400 tonnes de lubrifiants qui sont distribués envers les professionnels et les particuliers sur les départements de l’Allier mais aussi sur les départements limitrophes. Au total, la société Lagarde livre 30 000 clients, emploie 42 salariés et affiche un chiffre d’affaires de 140 millions d’euros.

Des prix en baisse

L’Allier continue de voir baisser ses prix à la pompe, ce que constate David Cruzille, responsable achat, transport et logistique de l’entreprise Lagarde : « Au niveau de l’Allier nous n’y pouvons pas grand chose. Nous dépendons, comme tout le monde, des cotations européennes et mondiales. Les négociations sur les prix sont faites en amont et la logistique est organisée sur les trois mois, environ, qui suivent. Malheureusement le coronavirus est arrivé et les prix ont terriblement baissé à l’international. Une quantité importante de produits pétroliers est actuellement stockée et la consommation a, elle, fortement baissé. Nous nous sommes donc retrouvés avec une quantité importante de produits à écouler ». Beaucoup d’offres avec, en face, peu de demandes, sauf dans le secteur agricole, où les livraisons se sont poursuivies presque normalement, comme le confirme David Cruzille :« Nous n’avons, bien évidemment, pas cessé notre activité. L’économie, même si elle est fortement freinée, s’est poursuivie, notamment dans le secteur agricole. Il faut bien nourrir la France ! Nous distribuons quotidiennement les carburants nécessaires aux agriculteurs, directement sur leurs exploitations mais aussi via des regroupements d’exploitants et des Cuma. Ce qui a changé pour nous, ce sont le respect des distances barrières avec nos clients et le port de masques et de gants par nos salariés ». Si le prix des carburants a baissé, impossible aujourd’hui d’entrevoir l’avenir qui reste, forcément, très incertain pour David Cruzille : « On va sans doute passer un été relativement tranquille. Les prix devraient alors ne pas trop remonter mais, je reste cependant réservé car, il peut y avoir d’autres grosses surprises qui peuvent tout changer. Il suffit d’un tweet de Monsieur Trump pour que le prix du baril reparte à la hausse ».

Les transporteurs, partenaires essentiels des agriculteurs

Sans eux, les échanges de marchandises ne pourraient avoir lieu. Les entreprises de transports assurent, chaque jour, le transport des céréales et des denrées alimentaires. Implantés sur la commune d’Yzeure, proche de Moulins, dans l’Allier, les Transports Yzeuriens permettent depuis le début des années 1980, le transfert de marchandises en vrac et conditionnées sur l’ensemble du territoire français, belge et italien, grâce à une flotte de cent moteurs. Un parc de véhicules composé de bennes céréalières, FMA et travaux publics, de citernes et de tautliners (système de rideaux coulissants suspendus sur roulettes et maintenus par des sangles de tension). Des équipements permettant d’assurer correctement le transport de céréales et de pulvérulents. Une entreprise qui s’est considérablement développée ces dernières années, avec l’acquisition des transports Henriot et de la société detransport Millen. L’activité du transport, qui, elle aussi, se poursuit pendant le confinement mais qui en subit les conséquences, comme l’explique Jean-Marc Rigaud, dirigeant des Transports Yzeuriens : « Nous avons des créneaux d’activités qui se sont totalement arrêtés, comme celui des travaux publics. En revanche, nous assurons toujours ceux liés à la grande distribution et à l’agroalimentaire comme nous l’avons toujours fait ». Une entreprise où l’activité agricole assure un trafic important, ce que confirme Jean-Marc Rigaud : « Elle représente entre 30 et 35 % de notre activité. Qu’il s’agisse de nutrition animale, de céréales, les coopératives et les usines de fabrication d’aliments ne se sont pas arrêtées de fonctionner. Il faut faire de la place dans les silos et nous sommes aussi dans la pleine période des semis. Là où ça s’est compliqué, c’est au niveau logistique. En effet, nous évitons de faire circuler nos véhicules à vide. Par exemple, quand nous acheminons du blé, après livraison, nous rechargeons avec d’autres marchandises, notamment en lien avec l’industrie. Avec l’arrêt de plusieurs d’entre elles, l’organisation est devenue complexe. On est donc obligé de faire plus de kilomètres à vide pour répondre aux besoins de nos clients ». Autres impacts auxquels les transporteurs font face : la fermeture des restaurants et de l’hôtellerie. Jean-Marc Rigaud a dû s’organiser avec ses chauffeurs : « Une situation très compliquée, en effet, mais qui s’est, heureusement, un peu détendue. Les deux premières semaines de confinement ont été les plus dures. Nous étions véritablement en guerre. Il fallait pourtant assurer les livraisons et faire face à des problèmes d’alimentation et d’hygiène pour nos chauffeurs. Une situation très regrettable et délicate. Pendant près de quinze jours, la nourriture était froide. Depuis, nous avons trouvé des solutions pour améliorer leur quotidien avec un semblant de vie normale ».

Qu’il s’agisse de l’approvisionnement en carburant ou de transport, ces domaines constituent un secteur stratégique. Ils sont aussi les alliés, les partenaires essentiels de l’agriculture dont l’activité ne pourrait s’arrêter sans condamner, avec elle, tout un pan de l’économie.

SÉBASTIEN JOLY L’ALLIER AGRICOLE

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires