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Lundi 05/01/2026

Mercosur, Pac, DNC, entraves… : le Premier ministre donne des gages aux agriculteurs

Avant de recevoir les syndicats agricoles à compter de lundi, Sébastien Lecornu s’est fendu d’une lettre ouverte pour tenter de désamorcer une colère réveillée par l’épidémie de DNC et ravivée par pléthore de sujets urticants tel l’accord UE-Mercosur, dont la ratification est annoncée pour le 12 janvier.

Après le président de la République, qui avait reçu groupés les quatre syndicats agricoles représentatifs, le 23 décembre dernier, le Premier ministre va les consulter un à un ces lundi et mardi. Dans une lettre ouverte datée du 4 janvier, Sébastien Lecornu a tenté de déminer les ferments d’une crise qui ne s’est pas éteinte après les mobilisations de l’hiver 2023-2024, malgré les réponses apportées par les gouvernements successifs, et que le Premier ministre n’a pas manqué de rappeler. « Les règles ont commencé à être simplifiées : un contrôle administratif unique, des délais de recours raccourcis, un allégement des obligations de la Politique agricole commune et de ses charges administratives, la reconnaissance de la bonne foi des agriculteurs, la fin des sanctions automatiques et disproportionnées... », énumère-t-il.

La DNC, qui hante la France bovine depuis le 29 juin et son irruption en Savoie, et qui n’est toujours pas éradiquée, suscite la défiance d’une partie des éleveurs, et cristallise la colère, en dépit des mesures de soutien, d’ordre financier et psychologique, de l’intensification de la recherche et de l’inflexion de la stratégie, avec la vaccination préventive dans 10 départements du Sud-Ouest. « Le gouvernement donnera tous les moyens nécessaires pour permettre aux autorités scientifiques d'adapter utilement le protocole sanitaire post-vaccination, mais aussi de garantir l'exportation du bétail vacciné », indique Sébastien Lecornu, soulignant en creux la double menace, sanitaire et économique, dont est porteuse la DNC.

"Cette crise doit aussi nous inciter à nous poser les bonnes questions, par exemple en identifiant les freins au développement d'une filière d'engraissement en France"

La généralisation de la vaccination sur l’ensemble du territoire ferait en effet perdre à la France son statut de pays indemne de DNC, entravant l’exportation de bovins vifs et générant un déséquilibre entre l’offre et la demande, préjudiciable aux prix des carcasses. « Cette crise doit aussi nous inciter à nous poser les bonnes questions, par exemple en identifiant les freins au développement d'une filière d'engraissement en France ».

"Le budget de la Pac ne baissera pas, ni aujourd'hui, ni demain : il n'y aura donc pas un centime de moins pour le revenu agricole"

Mais s’il n’y avait que la DNC. Le gouvernement est brinquebalé et poussé dans ses retranchements par plusieurs dossiers européens, dont l’entrée en vigueur du Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), qui va renchérir le prix des engrais azotés ou encore par les perspectives de la réforme de la Pac post-2027, au budget et à l’esprit potentiellement revisités. « Le budget de la Pac ne baissera pas, ni aujourd'hui, ni demain : il n'y aura donc pas un centime de moins pour le revenu agricole (…) Nous refuserons toute renationalisation de la Pac » assure Sébastien Lecornu.

J-7 avant la ratification de l’accord UE-Mercosur

Beaucoup plus près de nous, il y a enfin l’accord commercial entre l’UE et le Mercosur, dont la ratification est annoncée pour le 12 janvier prochain, malgré le « non » hexagonal crié par les syndicats, partis politiques, parlement, gouvernement, présidence, dans un rare moment de concorde nationale.

Pour tenter de désarmorcer la bombe, le gouvernement a annoncé l’activation imminente d’une clause de sauvegarde visant quatre substances phytosanitaires interdites dans l’UE et destinée à interdire l’importation d’une dizaine de denrées alimentaires. « C'est une concurrence déloyale, une injustice économique et un problème pour la santé de nos consommateurs » écrit le Premier ministre. Ce dernier s’est par ailleurs engagé à lever les entraves à la production sur notre propre sol, promettant de débloquer les projets d’accès à l’eau, de construction ou d’agrandissement des élevages. « Les arrêtés et les décrets seront publiés, y compris sur les installations classées pour la protection de l'environnement. Les projets seront débloqués. Les règles seront revues ». Le Premier ministre a revanche écarté le recours à une « loi exceptionnelle », telle que reclamée par la FNSEA. « Le gouvernement n'y est pas opposé dès lors qu'elle se construit avec toutes les forces présentes au Parlement pour qu'elle puisse réellement vite aboutir ». La concorde a ses limites.