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Covid-19 : témoignages d’un monde qui avance au ralenti

L'ALLIER AGRICOLE

Covid-19 : témoignages d’un monde qui avance au ralenti
Le food truck et traiteur « Zazu kitchen + farm » de Dusky Estes en Californie présent lors de grands événements et festivals de musique regroupant jusqu’à 40 000 spectateurs a dû se mettre à l’arrêt pendant la crise du Covid-19. - © AA03

Pour la première fois, une même crise sanitaire affecte simultanément toutes les filières alimentaires, de Californie à l’Italie, en passant par la Géorgie et jusqu’à la lointaine Nouvelle-Zélande. Tour d’horizon.

WEB

■ Zazu kitchen : www.blackpigmeatco.comwww.farmtopantry.org

■ Quadra : www.quadrafranciacorta.it

■ Cloudy Bay : www.cloudybay.co.nz

■ Entree : www.entree.ge/ka

Covid-19 : témoignages d’un monde qui avance au ralenti

Comment une militante vegan devient-elle charcutière ? En Californie, tout est possible ! C’est l’itinéraire insolite de Duskie Estes et de sa famille, éleveurs de porcs dans ce territoire créatif où prospèrent Google, Apple, Facebook et Hollywood, au PNB équivalent à celui de la France pour 39 millions d’habitants seulement. Duskie Estes a monté « Zazu kitchen + farm », élevage de porcs noirs. Elle transforme et vend dans son restaurant, livre aux entreprises de l’informatique, sous forme traditionnelle (coppa,bacon…) ou originale (pop-cornau jambon, sucettes et confiserie au porc). Son tarif haut de gamme (40 €/kg pour le bacon) convient à la Silicon Valley. En 2019, une inondation détruit le restaurant, mais rien ne l’arrête : « On s’est réorientés vers l’activité food truck et traiteur, pour des événements de 100 à 250 personnes et des festivals de musique de 20 à 40 000 spectateurs. En raison de la crise du Covid-19, aujourd’hui tout a été annulé. On pense que les rassemblements de moins de 30 personnes seront autorisés en juin, mais impossible de gagner sa vie avec. Les abattoirs sont fermés car les ouvriers sont malades. Les éleveurs tuent eux-mêmes les animaux qu’ils n’ont plus les moyens de nourrir, car ils ne vendent plus. On pense que 25 à 30 % de notre business ne reviendra pas. En attendant, je travaille dans une association à but non lucratif, Farm to Pantry, qui collecte des produits alimentaires et les donne aux familles dans le besoin – il y en a aussi en Californie ! De nombreux fermiers distribuaient en direct aux entreprises d’informatique et aux clubs de sports, qui ont fermé, et les produits vont se périmer, mieux vaut les donner. On est un peu des Robins des Bois ! ».

Les vins d’Italie en stand-by

Le vin. Pour ce produit à longue durée de conservation, le Covid-19 pose d’autres difficultés. Mario Falcetti dirige le domaine Quadra dans un territoire de Lombardie nommé Franciacorta. Cette appellation qualifie des vins effervescents haut de gamme, élaborés avec le même soin que le champagne et vendus dans la même gamme de prix. Une zone durement frappée par le virus : « Nous avions juste fini de tailler la vigne le 10 mars lorsque tout s’est arrêté, dégustations, rendez-vous… On a cessé les dégorgements car les employés seraient trop proches les uns des autres. Il n’y a plus d’expéditions, les restaurants et les bistrots ne commandent plus. On a totalement arrêté de travailler durant une quinzaine – pour solder les jours de congé et ceux à récupérer – avant de proposer des livraisons à domicile, ce qui est très fatigant, pour peu de volume. » Les équipes sont à l’extérieur : « On en profite pour entretenir l’architecture de la vigne, refaire le palissage, les fils. On a trouvé assez de masques. Depuis lundi 4 mai, on a repris l’activité au chai. »

Des vendanges sous surveillance en Nouvelle-Zélande

En Nouvelle-Zélande, le Covid-19 a débarqué pendant l’effervescence des vendanges, classées « prioritaires » par le gouvernement. L’activité viticole a donc continué durant le confinement mais avec maintes précautions. Cloudy Bay, un domaine de LVMH, a logé dans ses résidences de luxe les vendangeurs habitués au camping « pour limiter les risques de contagion », précise Julie Delmas, brand experience manager. Le chef du restaurant gastronomique, fermé pour cause de pandémie, cuisinait pour eux. « Nous avons prévu une multitude de procédures afin que les travailleurs aient en cave et dans le vignoble des distances de sécurité. Masques, gants et gels hydroalcooliques ont été largement distribués. » L’entreprise a mis en place un soutien psychologique et des animations pour garder le moral des troupes : « Nous avons organisé des quizz avec prix pour les vainqueurs, un concours de customisation des gilets jaunes que nous portons en cave et aux vignes. Et un tableau d’humeur ou chacun pouvait écrire comment il se sent, partager avec l’équipe malgré les gestes barrières. Nous voulons à la fois assurer la sécurité des employés et la bonne conduite des vendanges. C’est un superbe travail d’équipe ».

La Géorgie s’adapte à la crise

En Géorgie, le boulanger français, Jean-Michel Charles, a, lui perdu 70 % de son chiffre d’affaires et sa chaîne Entrée ne pratique plus que de la vente à emporter, avec un seul client à la fois en magasin, « mais on a pu garder les 350 employés en les faisant travailler deux semaines par mois, par roulement, avec réduction de salaire pour leur garantir un revenu malgré tout. Nous avons renégocié tous les loyers à la baisse, les banques ont suspendu les remboursements d’emprunts. » L’État prend en charge gaz et électricité pour les familles modestes. La Géorgie a bouclé rapidement ses grandes villes, sauf pour les camions de distribution de marchandises et nourriture. « Tous les commerces ont été fermés, exceptés les alimentaires qui appliquent les règles de sécurité et de distance, port du masque, gel hydroalcoolique, gants… mais à ce jour, le pays ne déplore que 8 décès. » Jean-Michel se déclare « en survie économique » mais prêt à redémarrer.

PIERRICK BOURGAULT

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