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L’agriculture, à la fois responsable et victime du déclin de la biodiversité

Adèle Magnard

Déforestation à Madagascar
Déforestation à Madagascar. Crédit : Dudarev Mikhail/Shutterstock.com

Un million d'espèces animales et végétales menacées d'extinction : c'est le bilan accablant que dressent des scientifiques du monde entier dans un rapport publié le 6 mai. Et si l'agriculture fait partie des causes de ce déclin, elle en subit aussi les conséquences.

Une extinction sans précédent

Plus de 40 % des espèces d’amphibiens, près de 33 % des récifs coralliens et plus d'un tiers de tous les mammifères marins sont menacés, estiment les scientifiques de l’IPBES. La situation est moins claire pour les espèces d'insectes, mais les données disponibles conduisent à une estimation provisoire de 10 % d’espèces menacées. En outre, plus de 9 % de toutes les races de mammifères domestiquées pour l’alimentation et l’agriculture avaient disparu en 2016.

C’est un rapport historique sur l’évolution de la biodiversité mondiale qui a été dévoilé le 6 mai par la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES). Elaboré par 145 experts issus de 50 pays, ce rapport est « le document le plus exhaustif réalisé à ce jour », indique l’IPBES, dont la dernière session plénière s’est tenue à Paris du 29 avril au 4 mai. 

Le rapport estime qu’environ 1 million d'espèces animales et végétales sont aujourd'hui menacées d'extinction, notamment au cours des prochaines décennies, « ce qui n’a jamais eu lieu auparavant dans l'histoire de l’humanité »

Parmi les facteurs responsables de cette dégradation, l’organisme intergouvernemental mentionne « les changements d’usage des terres et de la mer, l'exploitation directe de certains organismes, le changement climatique, la pollution et les espèces exotiques envahissantes ».

Impact de l'agriculture

Selon les experts, les pertes d’écosystèmes liées à l’expansion de l’agriculture varient d’un pays à l’autre. « Les pertes d’écosystèmes intacts se sont produites principalement dans les tropiques, qui ont les plus hauts niveaux de biodiversité de la planète, précise le rapport. Par exemple, 100 millions d’hectares de forêts tropicales ont été perdus entre 1980 et 2000, en raison principalement de l’augmentation de l'élevage du bétail en Amérique latine (environ 42 millions d'hectares) et des plantations en Asie du Sud-Est (environ 7,5 millions d'hectares, dont 80 % destinés à l'huile de palme) ». 

Et si l’agriculture porte sa part de responsabilité dans la dégradation des écosystèmes, elle en est également devenue la victime. Le rapport montre par exemple que « la dégradation des sols a réduit de 23 % la productivité de l’ensemble de la surface terrestre mondiale » et qu’une partie de la production agricole « est confrontée au risque de disparition des pollinisateurs ».

Face à cette situation, l’IPBES présente un éventail d’actions en faveur du développement durable dans les secteurs de l'agriculture, de la forêt, de l’eau, mais aussi en ce qui concerne les zones urbaines, l'énergie, les finances, etc. 

Pour l’agriculture, le rapport met l’accent sur l’agroécologie, sur « l’engagement plus fort de tous les acteurs du système alimentaire (y compris les consommateurs) », sur une gestion plus intégrée des paysages et des bassins versants, sur la conservation de la diversité génétique et des races locales, ainsi que sur « des approches qui responsabilisent les consommateurs et les producteurs grâce à la transparence des marchés, à l'amélioration de la distribution et de la localisation (qui revitalisent les économies locales), la réforme des chaînes d'approvisionnement et à la réduction du gaspillage alimentaire ». 

Engagements de la France

Suite à sa rencontre avec les scientifiques de l’IPBES, Emmanuel Macron a fait savoir que ce rapport sera « le fondement scientifique de la mobilisation et des négociations internationales au cours de l’année à venir ». 

Le chef de l’Etat a réaffirmé les objectifs du gouvernement français en matière de protection de la biodiversité : la réduction de moitié de l’utilisation des produits phytosanitaires d’ici 2025, la fin de l’importation des produits agricoles issus de la déforestation d’ici 2030 et la rémunération des agriculteurs qui s’engagent pour l’environnement (à travers une expérimentation de paiement pour services environnementaux). Le gouvernement a promis pour 2019-2020 une enveloppe de 150 millions d’euros « pour rémunérer les agriculteurs qui s’engagent dans plantation de haies, mettent en œuvre des mesures pour sauvegarder les abeilles, préserver des zones humides, passent au bio, réduisent l’utilisation de pesticides, etc ».

Reste que la France seule n'aura que peu d'impact sur l'évolution de la biodiversité au niveau mondial. Emmanuel Macron entend donc « porter son ambition au niveau européen » ainsi qu'au niveau mondial, dans la perspective de la COP « biodiversité » d’octobre 2020 en Chine.

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Commentaires 13

Panurge79

@Coeur, Nous avons mis en place le modèle agricole le plus durable au monde, mais nous nous faisons concurrencer sur nos propres marchés par des productions issues de pays notoirement moins vertueux, nos parts de marché, comme nos revenus, se réduisent comme des peaux de chagrin par manque de compétitivité, et en plus on se fait insulter tous les jours dans la presse parce qu'on aurait, soit disant, travaillé comme des gorets en massacrant tout par tous les moyens, alors que notre métier est avant tout l'inverse. Et en plus, toujours les mêmes, tout-sachants bien-pensants non pollueurs, nous lâchent loups, ours, etc. sur nos troupeaux, défendent tous les rapaces ou prédateurs de toutes sortes et maintenant viennent nous reprocher la disparition des passereaux et des coraux des fonds marins ! J'accepte d'être remis en cause, et si une profession a su évoluer, c'est bien la nôtre, mais j'ai le droit de dire que j'en ai marre de ces procès à charge , n'en déplaise au consommateur même s'il est roi !

Momo

Pas de consommation pas de production pas de pollution

Bruno 02

Un département agricole disparaît tous les 10 ans, mais on est toujours désigné responsable ? Bonjour l'environnement vu par les urbains...

Coeur

Panurge 79 : "C'est trop facile de se laver les mains en faisant ses courses en grande surface en exigeant les prix les moins chers !"
Oui, mais les consommateurs vous diront, qu'ils ont payé et c'est pas leurs boulots, que la faute c'est aux agriculteurs, aux politiques etc...
Personne ne veut être responsable (en fait personne ne veut avoir tord, se savoir mauvais (dans le sens mal agir)), on cherche mille excuse pour ne pas faire se qu'on peut faire. "C'est le voisin qui pollue le plus", "je suis meilleur que mon voisin" etc...
Nos problèmes sont multiples, nos sociétés complexes, et les décisions prises selon des besoins politiques et/ou bonne moralité du moment et non sur des décisions pragmatiques/logiques/efficaces.

Bruno 02

On nous demande de planter des haies ? Savent-ils seulement que nos euro-technocrates de la PAC considèrent comme une haie ? Une bande enherbée avec de jeunes plants n'est pas une haie, mais ce n'est pas non plus une bande enherbée : aucun code n'existe pour cette situation, ce qui fait que vous devez la sortir de votre déclaration. Ubuesque, mais véridique...
J'en ai fait 600 mètres, j'ai compris la leçon. Merci...

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