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L’Ania rejoint le camp des déçus de la loi Alimentation

Raphaël Lecocq

L’Ania rejoint le camp des déçus de la loi Alimentation
Richard Girardot, Président de l’Ania/ Ania

Les industriels de l’agroalimentaire ont subi une déflation moyenne de 0,5% lors des dernières négociations commerciales. Ils réclament le renforcement des contrôles et des sanctions.

Après le FNSEA et les JA à la mi-mars et Coop de France mardi 2 avril, c’est autour de l’Association nationale des industries alimentaires (Ania) de jeter une pierre dans les étals de la grande distribution.  A l’occasion de sa conférence économique annuelle, l’Ania a tiré un piètre bilan des premières négociations commerciales post-EGAlim, après le vote de la loi Alimentation en octobre dernier. « Cette année encore, les négociations commerciales continuent d’être centrées uniquement sur le prix : près de 49 % des entreprises ont ainsi signé en déflation. Pour l’ensemble des entreprises la déflation se chiffre à -0,5 % en 2019 », indique l’Ania dans un communiqué. A titre indicatif, le taux de déflation était de 47% en 2018.

« Sauver le modèle alimentaire français »

L’Ania a fait ses comptes. La guerre des prix entre distributeurs s’est traduite, sur les six exercices passés, par une destruction de valeur de 5,5 milliards d’euros pour l’ensemble de la filière agroalimentaire. Depuis 2013, les prix des produits de grande consommation ont baissé de 6,1 %. « Où sont passés les 600 millions d’euros gagnés par les distributeurs suite au relèvement du SRP », s’interroge Richard Girardot, Président de l’Ania, cité dans le communiqué. « Aujourd’hui ni les entreprises de l’alimentation, ni les agriculteurs, n’en ont vu l’ombre d’un centime (...). Avec la loi Egalim, nous avons enfin les moyens d’arrêter la guerre des prix, de recréer de la valeur et de la répartir jusqu’à l’amont agricole. Nous devons réagir pour sauver le modèle alimentaire français ».

Une filière qui s’affaiblit

Forte de plus de 17.000 entreprises et de plus de 420.000 salariés, générant un excédent commercial de 7,2 milliards d’euros en 2018, l’Ania s’inquiète de la l’affaiblissement de la filière agroalimentaire. L’effondrement des marges (- 8% sur les seuls deux derniers exercices) a entamé la valeur ajoutée à hauteur de 14,5 % aux cours des huit ans passés quand nos compétiteurs de la zone euro enregistraient une croissance de 13,7%. Pour contrecarrer cette tendance, l’Ania a présenté au cours de sa conférence cinq engagements portant sur la restauration des marges, l’anticipation des attentes des consommateurs ou encore l’attractivité des métiers, 21.200 emplois restant non pourvus dans le secteur. Mais elle attend aussi de l’Etat un renforcement des contrôles et des sanctions le cas échéant.

Troisième ordonnance

Les services de l’Etat justement, et notamment la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) ont annoncé récemment des sanctions à l’encontre d’Intermarché et de Leclerc, pour des pratiques abusives antérieures à la loi Alimentation. Le 26 mars dernier, les députés ont par ailleurs validé la création d'une commission d'enquête sur la situation et les pratiques de la grande distribution à l'égard de leurs fournisseurs. Est enfin attendue la mise en place, après le relèvement du Seuil de revente à perte (SRP) et l’encadrement des promotions, d’une troisième ordonnance, relative aux prix abusivement bas. Le texte doit être présenté au Conseil des ministres le 10 avril prochain.

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