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Jeudi 12/03/2026
L’agneau de contre-saison de la coopérative Arterris, un anti-bélier à la décapitalisation ovine
Pour honorer ses contrats annuels avec les bouchers, la coopérative occitane sur-prime les agneaux produits entre septembre et décembre. Une initiative parmi d’autres pour soutenir une filière largement déficitaire et parfaitement complémentaire de ses productions emblématiques de blé dur, tournesol et sorgho.
« Pâques reste un moment fort, mais l’agneau ne doit pas être un produit de fête occasionnelle car il y a une vraie demande d’agneau label en dehors des pics saisonniers. Notre mission est de structurer une offre régulière, de qualité et rémunératrice pour les éleveurs ». C’est ainsi que Stéphane Gay, directeur du Groupement Ovins de la coopérative Arterris, justifie le développement de la production d’agneaux en contre-saison, pour mieux répondre à la demande annuelle et assurer aux éleveurs une meilleure valorisation de leurs agneaux.
Un défi relevé avec la troupe de la coop
« L’agnelage en contre-saison, que nous avons mis en place l’été dernier, représentait un vrai défi », témoigne Cédric Barbe qui conduit avec sa compagne Sophie Pacheto un cheptel de 375 brebis label rouge et Agneau Fermier des Pays d’Oc à Terre-de-Bancalie (Tarn). « Nous avons produit un peu moins d’agneaux que prévu, mais nous avons pu mieux les valoriser. Depuis notre installation en octobre 2024, l’accompagnement d’Arterris a été déterminant. Nous avons été conseillés sur les aides auxquelles nous pouvions prétendre et nous bénéficions d’un appui technique régulier, que ce soit sur la conduite du troupeau ou les questions sanitaires. Cela nous permet d’avancer avec plus de sérénité ».
Pour convaincre une partie de ses adhérents à produire en partie en contre-saison, la coopérative a dégainé une aide spécifique et garantit par ailleurs un différentiel de prix de plus de 21 € par agneau par rapport aux périodes de pleine production. Elle verse en prime une aide complémentaire aux éleveurs produisant plus de 30% de leurs agneaux en contre-saison. En 2024, 54 des 600 éleveurs du Groupement Ovins de la coop ont 5800 brebis en contre-saison, sur un cheptel global de 100.000 mères.
Un soutien tous azimuts à la production ovine
Depuis de nombreuses années, la coopérative rayonnant en Occitanie mise sur ses productions sous label (Agneau Fermier des Pays d’Oc, Sélection des Bergers, IGP Agneau des Pyrénées, agneaux certifiés AB…) pour se différencier. La montée en gamme s’avère-t-elle payante ? « Nous sommes la seule coopérative à proposer un prix garanti fixé à la semaine, assurant aux éleveurs une visibilité sur leurs revenus tout au long de l’année », assure Stéphane Gay.
Ces garanties donnent-elles des gages au renouvellement des générations ? Depuis 2023, la coopérative a accompagné plus de 150 projets d’installation, représentant plus de 16 000 brebis. Depuis le début de l’année, elle compte quatre nouveaux producteurs représentant près de 500 brebis label rouge. Résultats : en 2025, 74% des éleveurs du Groupement Ovins ont moins de 50 ans, contre 56% en 2023 tandis que la part des moins de 35 ans est passée de 24% à 30%. Outre les engagements de prix, Arterris propose un accompagnement complet des porteurs de projet, comprenant notamment des aides à l’acquisition de cheptels et au montage de dossiers, des études économiques, des plans de bâtiments, la recherche de financements.
L’an passé, afin d’aider ses adhérents impactés par la FCO à reconstituer leurs troupeaux, Arterris avait mobilisé une enveloppe globale de 150.000 euros destinée à financer l’acquisition d’agnelles et de brebis, remboursable sur trois ans.
Outre la volonté propre de pérenniser la filière, la coopérative, opérateur majeur en blé dur, tournesol, sorgho et riz, pas toujours à la fête si l’on songe aux affres du blé dur, voit aussi dans la production ovine un complément plus qu’opportun, permettant de valoriser les couverts végétaux, de valoriser en pâturage les terres difficiles et de réduire la facture d’engrais.
Les futurs « Contrats de progrès » de la filière ovine
L’engagement d’Arterris dans la filière ovine est loin d’être un cas isolé en France. Dans le Centre-Ouest, l’Association pour la Défense et la Promotion des Agneaux certifiés en Poitou-Charentes et le GIE Ovin du Centre Ouest Ovin du Centre Ouest ont cette même approche à 360° pour installer, sécuriser, valoriser et pérenniser la filière allaitante.
Au niveau national, au dernier Salon de l’agriculture, La Coopération agricole (LCA) s’est du reste engagée, via une charte d’engagement à destination des coopératives, à relancer la production et la commercialisation d’agneaux français, en visant une production annuelle supplémentaire de 500.000 animaux d’ici à 2030.
Dans le cadre des Conférences de la souveraineté alimentaire, qui devraient déboucher cet été sur le lancement d’un Plan national de production et de transformation à horizon 2035, la section ovine d’Interbev a fixé la toise à 1 million d’agneaux à horizon 2035. Il faut dire que, sous l’effet des aléas climatiques et sanitaires, les abattages ont chuté de 800.000 agneaux sur la période 2022-2025, équivalent à 20% de la production nationale, alors que le cheptel n’a baissé « que » de 6% sur la période. L’interprofession mise sur les futurs « Contrats de progrès » pour « refaire exprimer leur potentiel aux élevages tricolores ». L’objectif, raisonnable, est de s’accrocher à un taux d’auto-approvisionnement de 50% alors que la tendance file vers les 30% et et que l’agneau (sinon le mouton) australien est en embuscade avec le projet d’accord de libre-échange avec l’UE.
