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Vendredi 06/03/2026

Crise au Moyen-Orient : le blocage du détroit d'Ormuz menace les marges des agriculteurs français

Publié par Pleinchamp

[Edito] Déploiements militaires, pétrole qui frémit, perturbations des chaînes d’approvisionnement en engrais… Depuis quelques jours, la situation politique dans le Golfe fait planer de nouvelles incertitudes sur les marchés agricoles mondiaux. Faut-il s’attendre à une nouvelle secousse pour l’agriculture française ? Pas forcément. Mais les agriculteurs surveillent déjà leurs charges plus que le prix du blé.

Depuis les frappes aériennes menées fin février par les États-Unis et Israël contre l’Iran, suivies de représailles iraniennes, les marchés agricoles observent la situation avec prudence. La circulation maritime dans le détroit d’Ormuz, l’un des passages les plus stratégiques du commerce mondial, est fortement perturbée. Ce corridor maritime concentre à lui seul environ 20 % du pétrole mondial et une part importante du gaz naturel liquéfié. Mais il est également crucial pour de nombreux échanges agricoles et industriels.

Le blé français est-il menacé par la fermeture du détroit ?

Face à l'escalade des tensions dans le Golfe, les cours du blé ont brièvement réagi à la hausse avant de se stabiliser. Sur Euronext, la tonne de blé tendre évolue dans une fourchette comprise entre 189 et 195 €/t. Rien de comparable avec les envolées observées lors de la guerre en Ukraine. Si le prix de la tonne de blé tendre ne s’emballe pas, c’est parce que la production mondiale est estimée à 842 millions de tonnes pour la campagne 2025-2026 par le CIC (conseil international des céréales). Les stocks restent élevés. Rien qu’en France, la récolte de blé 2025 est supérieure à 33,3 millions de tonnes contre 26,5 M/t à la précédente campagne. Avec des réserves mondiales élevées et de bonnes récoltes dans plusieurs régions du monde, le marché reste pour l’instant bien approvisionné. Néanmoins, la question du comportement des acheteurs des pays du Golfe reste ouverte : vont-ils moins importer, ou au contraire s'activer davantage afin de faire des réserves ?

L’Iran n’est pas le marché des céréales françaises

L’Iran s’approvisionne majoritairement en blé tendre auprès de ses voisins : Russie, Kazakhstan ou Ukraine. Ces pays disposent d’un avantage logistique évident, notamment via la mer Caspienne ou les routes terrestres. Pour l’orge, les exportations françaises se dirigent plutôt vers l’Arabie saoudite ou la Chine. Autrement dit, même si la situation se tend dans le Golfe, l’impact direct sur les débouchés français pourrait rester limité.

Le facteur russe toujours en embuscade

La vraie inconnue du marché reste ailleurs : la Russie. Premier exportateur mondial de blé, le pays dispose de volumes considérables. Si les flux commerciaux sont perturbés quelques semaines puis reprennent, Moscou pourrait chercher à écouler rapidement ses stocks en procédant, comme à son habitude, à une campagne agressive pour “casser” les prix. Dans une telle situation, les cours mondiaux du blé seraient revus à la baisse et compliqueraient les exportations françaises.

>> Voir aussi : engrais russes, dépendants hier, taxés aujourd’hui, les agriculteurs vont passer à la caisse

Engrais et énergie : l’épée de Damoclès des agriculteurs français

Le blé tient bon, mais le véritable risque se situe du côté des intrants. Près de 20 % du pétrole mondial transite par le détroit d’Ormuz. Si les tensions se prolongent, le baril pourrait repartir à la hausse ainsi que le gaz. La hausse de l’énergie se répercuterait rapidement sur le coût des engrais. La vulnérabilité française est d’autant plus forte que le pays importe plus de 70 % de ses engrais azotés. La situation inquiète particulièrement les filières agricoles, car le Moyen-Orient joue un rôle central dans la production mondiale d’intrants. L’Arabie saoudite, le Qatar, les Émirats arabes unis, l’Iran ou encore le Koweït comptent parmi les principaux exportateurs d’engrais azotés et phosphatés. Toute perturbation de la production ou du transport de gaz dans la région pourrait faire grimper les prix. A cela s’ajoute l’instauration d’une surtaxe par l’Union européenne sur les engrais russes et biélorusses (urée, ammonitrate et engrais liquide), participant aussi à la hausse des prix des engrais et à l’amoindrissement des approvisionnements à destination de la France. Qui va en subir les conséquences de plein fouet ? Les agriculteurs. L’arrivée de “l’effet ciseau”, avec des coûts de production qui reviennent plus chers que le prix de vente, constitue la véritable menace du conflit et ce, toutes filières confondues.

Pour l’instant, les marchés agricoles restent relativement stables grâce à des stocks mondiaux élevés. Mais l’évolution du conflit au Moyen-Orient pourrait rapidement rebattre les cartes. Entre hausse des coûts logistiques, tensions sur les intrants et prix de l’énergie imprévisibles, les agriculteurs pourraient se retrouver, encore une fois, en première ligne.