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Mercredi 04/03/2026

Zéro pesticide en grande culture et polyculture-élevage : jusqu’à 3 Smic moyennant 3 conditions

Publié par Pleinchamp

C’est ce que démontre le projet Rés0Pest piloté par l’INRAE dans 9 systèmes de grandes cultures et polyculture-élevage, moyennant des pratiques agroécologiques idoines, l’organisation des filières et une valorisation à la hauteur des plus-values environnementales des systèmes.

Zéro pesticide y compris ceux autorisés en AB mais pas sans engrais de synthèse, pour s’affranchir d’un facteur limitant les rendements, et sans s’interdire de recourir au labour : tel est le postulat du projet Rés0Pest coordonné par l’INRAE et impliquant l’école d'ingénieurs de Purpan et le Cirad, et qui, après 10 ans de mise en œuvre et de suivi, livre ses premiers enseignements, publiés dans Plant Disease.

Issu d’un appel à projets Ecophyto Dephy Expe lancé en 2012, Rés0Pest a pour support 9 sites et systèmes, dont 5 en grande culture et 4 en polyculture-élevage incluant des prairies temporaires, localisés au sein du réseau d’unités expérimentales d’INRAE et couvrant une large gamme de conditions pédoclimatiques et de contextes.

Les 9 sites expérimentaux localisés au sein réseau d’unités expérimentales d’INRAE
Les 9 sites expérimentaux localisés au sein réseau d’unités expérimentales d’INRAE

Trois piliers agroécologiques

Imaginés lors d’ateliers de co-conception associant des conseillers agricoles, des agriculteurs et des scientifiques, les systèmes culturaux mis en œuvre reposent sur piliers agroécologiques, à savoir la prophylaxie (gestion des résidus infectés, utilisation de semences saines, nettoyage du matériel agricole par exemple), la valorisation de la biodiversité végétale (successions culturales longues et diversifiées avec des familles de cultures et des périodes de semis diversifiées, cultures associées, mélanges variétaux…) et enfin l’amélioration ou la préservation de la santé du sol (arrêt des pesticides, implantation de cultures intermédiaires, limitation du travail du sol sans toutefois interdire le labour par exemple).

La rotation et les leviers agroécologiques mis en œuvre sur le site localisé en Côte-d’Or
La rotation et les leviers agroécologiques mis en œuvre sur le site localisé en Côte-d’Or

Le salissement reste maîtrisé au fil des rotations

Au bout de 10 ans, les résultats montrent que « les dommages aux cultures causés par les maladies et les ravageurs au sein du réseau n’ont pas augmenté de manière significative au fil du temps ». Si la gestion des plantes adventices reste un « défi majeur dans certaines situations », notamment la gestion des rumex dans les prairies temporaires, les scientifiques indiquent que « la maîtrise technique des adventices s’est améliorée au cours du temps au sein du réseau, ce qui est essentiel compte tenu des conséquences que peut avoir une mauvaise gestion ponctuelle des adventices sur le long-terme, en contribuant à l’enrichissement du stock semencier des parcelles ». La gestion des adventices a nécessité dans certains cas le recours au labour, une pratique non conforme aux principes de l’agriculture de conservation des sols.

Des rendements moindres…

Coté rendements, la comparaison des 9 systèmes avec des données Agreste, à l’échelle de contextes régionaux comparables, indique que les systèmes conventionnels sans pesticides enregistrent des rendements le plus souvent en deçà des systèmes conventionnels avec protection chimique, « tout en pouvant, dans certaines situations, atteindre des niveaux équivalents, voire supérieurs ».

… mais la rentabilité au rendez-vous

Sur les 10 années étudiées, les 4 systèmes de grande culture en agriculture conventionnelle (Côte-d’Or, Haute-Garonne, Somme, Yvelines) pour lesquels les performances économiques ont pu être quantifiées ont généré une marge nette satisfaisante, qui pourrait conduire dans 20 % des cas à un revenu entre 1 et 2 SMIC, dans 45 % des cas entre 2 et 3 SMIC et dans 35 % des cas plus de 3 SMIC mensuels, supposant « des filières de commercialisation adaptées, et une valorisation économique des produits issus de ces systèmes ».

Les auteurs rappellent que l’utilisation généralisée et répétée des pesticides a « des impacts importants sur la contamination des milieux, (sol, eau, atmosphère), la santé humaine et la biodiversité, et présente un coût économique non négligeable pour la société, y compris les agriculteur (…) Ces résultats montrent que des systèmes de grande culture conventionnels sans pesticides peuvent être productifs, techniquement et économiquement réalisables, concluent les scientifiques. Pour cela, des politiques publiques adaptées sont nécessaires pour soutenir la massification de leur adoption. Ces résultats permettent également d’alimenter les réflexions européennes pour accélérer la transition agroécologique ».