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Réseaux sociaux : "sortir de l’entre-soi et des polémiques"

Raphaël Lecocq

Réseaux sociaux : "sortir de l’entre-soi et des polémiques"
Théo Joyeux / Théo, Futur Éleveur

Le Cniel lance un Mooc invitant les éleveurs à prendre la parole sur Twitter. Objectif : dialoguer avec nos concitoyens qui s’interrogent légitimement sur les questions liées à l’élevage. Une sorte d’antidote aux postures binaires « pro » et « anti », polémiques, radicales et au final stériles.

Former des agriculteurs à la prise de parole sur les réseaux sociaux : tel est l’intitulé du Mooc (formation en ligne) que le Cniel lance à l’occasion du Space. Le fruit d’un travail entamé il y a environ un an et testé auprès d’une trentaine d’agriculteurs. « A la vérité, le projet remonte à 2003 », déclare Jean-Marc Bèche, en charge des dossiers sociétaux au Cniel. « 2003, c’est la crise de la vache folle, un véritable choc psychologique pour la population et pour le monde de l’élevage, qui ne laisse pas d’autre choix que de faire de la pédagogie ».

D’un extrême à l’autre

Entre-temps, les réseaux sociaux sont entrés en scène. Ils auraient pu constituer un espace de dialogue entre les différentes composantes et sensibilités de la société. Sauf que les réseaux ont été monopolisés par les positions les plus extrêmes. « Aux discours « anti », les agriculteurs ont répondu par des messages corporatistes », explique Adrien Dinh, responsable de la stratégie digitale au Cniel. « C’est une réaction de défense compréhensible mais complètement contre-productive car entre ces deux camps extrêmes, on laisse en rase campagne 80% de nos concitoyens qui n’ont pas de position pré-établies et qui cherchent des réponses à des questions ».

Adrien Dinh, responsable de la stratégie digitale au Cniel (à gauche) et Jean-Marc Bèche, en charge des dossiers sociétaux

Pourquoi Twitter ?

L’objectif du Cniel est doublement ambitieux : il s’agit d’une part de sortir de ces postures radicales réflexes et d’autre part de quitter l’entre-soi de sa communauté agricole pour aller dialoguer avec le grand public. Avec quel réseau social ? « Avec Twitter », répond sans ambages Jean-Marc Bèche. « On oublie Facebook où la sphère privée est trop prégnante. Twitter est un réseau relativement facile à appréhender pour un néophyte. Il permet d’entrer en communication avec quiconque, un journaliste comme un homme politique. Mais le plus gros avantage de Twitter, c’est qu’il s’agit du réseau de prédilection des citoyens désireux de s’informer, sans être bardés de préjugés ».

« L’autre est ignorant ? Et alors ?»

Le Mooc lancé par le Cniel et qui sera très prochainement mis en ligne sera accessible gratuitement aux éleveurs moyennant leur identification préalable. La formation compte une dizaine de modules, agrémentés de vidéos pédagogiques. D’une durée totale équivalent à environ deux heures de formation, le Cniel appelle les futurs apprenants à l’étaler dans le temps (c’est tout l’intérêt d’une formation en ligne) de façon à mettre en pratiques les exercices d’apprentissage proposés dans le Mooc. L’un des modules, intitulé « l’autre, c’est qui », est fondamental : il consiste à éclairer les éleveurs sur cette majorité silencieuse que constitue le grand public. « Les éleveurs doivent impérativement se mettre à leur niveau », indique Jean-Marc Bèche. « Ils doivent accepter l’idée que certains de nos concitoyens ignorent qu’une vache doit vêler pour produire du lait. Il faut que les éleveurs se mettent au niveau de nos concitoyens, avec un vocabulaire adapté. L’autre est ignorant ? ce n’est pas grave ».

Bannir le mot « agribashing »

S’adresser au français moyen, sans hostilité, avec des mots simples, en explicitant ses pratiques mais sans pour autant s’enfermer dans le seul registre agricole : telle est la préconisation du Cniel, qui veut tester l’empathie, à rebrousse-poil de la dénonciation de l’agri-bashing, que Jean-Marc Bèche juge stérile. Des exemples à suivre ? « Antoine Thibault, alias « Agriskippy » ou Théo Joyeux, alias « Théo, Futur Eleveur », cite Adrien Dinh. « L’objectif, c’est de démultiplier le nombre d’ambassadeurs sur tout le territoire pour infuser le maximum le maximum de dialogue », conclut Jean-Marc Bèche.

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