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Tout le monde il est bio

Raphaël Lecocq

Tout le monde il est bio

Les surfaces bio ont progressé de 17 % en 2018 en France pour atteindre 7,5% de la SAU. Le Plan Ambition Bio vise 15% en 2022. Sur le papier, une France bio en 2050 n’est pas utopique au plan agronomique mais l’équation économique n’a que des inconnues.

Tous les voyants sont quasiment au vert pour l’agriculture biologique : la demande ne se dément pas, les prix restent globalement plus rémunérateurs que les produits équivalents produits en conventionnel, la conversion enregistre des taux de croissance à deux chiffres depuis plusieurs années. Un indice ? Le salon Tech & Bio, qui attend 20.000 visiteurs à Valence (Drôme) les 18 et 19 septembre, reçoit autant de producteurs bio que de producteurs conventionnels.

L’État est à la manœuvre pour soutenir la croissance, en dépit de signaux parfois contradictoires. On se souvient que le précédent ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, n’avait pas trouvé mieux que Tech & Bio, l’antre de l’agriculture bio, pour annoncer à l’automne 2017 que l’État allait mettre un terme aux aides au maintien pour concentrer son soutien aux aides à la conversion. Si l’État amorce un atterrissage dans son soutien à l’offre, il agit par contre sur la demande, avec par exemple l’obligation, pour les cantines de la restauration collective publique, d’intégrer 20% de produits bio à compter du 1er janvier 2022. Une disposition de la loi EGAlim votée à l’automne 2018.

Un taux de couverture de 69%

En 2018, le nombre d’exploitations certifiées bio a augmenté de 13% pour s’établir à 41 623. Près d’une exploitation sur dix (9,5%) est désormais engagée bio. Le taux de dé-certification s’est établi à 3%. La surface agricole utile (SAU) certifiée bio a passé le cap des 2 millions d’hectares, en hausse de 17% par rapport à 2017, se répartissant dans un ratio à 74% de surfaces certifiées et de 26% de surfaces en conversion. La sole bio représente 7,5% de la SAU totale, contre 6,5% en 2017. La bio génère 14,3% de l’emploi agricole.

La montée en puissance de la production nationale permet de contenir les importations et maintenir un taux de couverture global de 69%. Selon l’Agence bio, il s’établit même à 82% si l’on exclut les produits exotiques. Il dépasse les 90% pour les boissons alcoolisées, les œufs, le lait, les produits laitiers, les viandes fraiches et transformées. Les taux les plus faibles sont enregistrés en produits de la mer, saurisserie et fumaison (23%), épicerie et boissons non alcoolisées (38%) et fruits (42%).

Industrialisation, le gros mot

Le Plan Ambition Bio vise 15% de SAU en 2022, soit deux fois plus qu’en 2018. L’Agence Bio anticipe une conversion de l’ordre de 250 000 à 300 000 ha/an dans les années à venir. Les défis agronomiques sont nombreux et leur appropriation par les producteurs non dénuée de risques. On pense à la maîtrise des mauvaises herbes, des maladies et ravageurs. La fertilisation est un autre dossier épineux, aux plans technique (assimilabilité) et économique. A compter du 1er janvier 2020, l’utilisation d’effluents d’élevage industriels sera proscrite. Jusqu’à présent, la bio a pu miser sur une définition lâche de ce gisement, qui va se tarir et risquer de renchérir la fertilisation. Toutefois, il n’y aura pas d’obligation pour les terres conduites en bio d’être exclusivement amendées avec des effluents bio...

Cela fait partie, avec les dérogations diverses et variées, des accommodements que la bio se ménage, ce qui n’est pas sans provoquer quelques sarcasmes chez les conventionnels et des débats parfois houleux chez les bios eux-mêmes, un peu coutumiers du fait. Au cours de l’été, c’est la question du chauffage des serres qui a provoqué une crise d’urticaire.

En agriculture biologique, les problématiques agronomiques se disputent souvent aux considérations éthiques, lesquelles se résument en une interrogation : le changement d’échelle induit par la demande ne confine-t-il pas à l’industrialisation et au dévoiement de ce qui était au départ un engagement quasi philosophique sinon militant ? Sujet sensible, qu’il va falloir dépasser. Le nouveau règlement bio européen programmé pour le 1er janvier 2021, y contribuera peut-être. Ou pas. Qu’en sera-t-il du lien au sol, de l’élevage sur paille en porcin, de l’attache des animaux ? Les premières orientations sont attendues pour la mi-2020.

La grande distribution accro

Au-delà de l’agronomie et de l’éthique, il y a bien entendu la question de la rentabilité, sujette elle aussi à bien des interrogations, dont une centrale : le marché va-t-il suppléer, dans la durée, la dilution de la manne publique, induite par le changement d’échelle de la bio ? On passe sur les versements erratiques et toujours en souffrance des années passées et on attendra la réforme de la Pac pour jauger les intentions européennes.

Côté marché, la grande distribution, dont le modèle est chahuté par les géants du net et par les nouvelles tendances de consommation telles que la restauration hors foyer, ne veut pas manquer le virage. Elle progresse plus vite que le marché (+22,6 contre +15,7%) et voit ainsi sa part de marché croître pour s’établir à 49% en 2018 contre 46,1% en 2017. Les enseignes spécialisées en font les frais (34% de part de marché) tandis que la vente directe résiste (12%).

Inconnues économiques

Dans les années à venir, comparativement aux préoccupations agronomiques et éthiques, la question économique devrait devenir prééminente. Au niveau international, plusieurs études accréditent la thèse d’une conversion totale de l’agriculture mondiale à l’horizon 2050, au moins au plan agronomique, moyennant notamment la chasse au gaspillage et l’inversion des rations de protéines animales et végétales dans notre régime alimentaire occidental.

En France, le scénario Afterres 2050, établi par l’association Solagro en 2016, concluait qu’une agriculture 50 % biologique pourrait nourrir 72 millions de Français en 2050 sans augmenter la quantité de terres arables, tout en divisant par deux les émissions de gaz à effet de serre, la consommation d’énergie et celle d’eau l’été, et par trois les pesticides. A quel prix pour les agriculteurs ? A quel prix pour les consommateurs ? Avec quelles politiques publiques ? Avec quel impact sur l’emploi en agriculture et dans l’agroalimentaire ? Avec quels filets de sécurité ? Mystères. L’avenir de la bio au plan économique reste à écrire.

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Commentaires 18

col

il faut manger bio mais nos jeunes préfèrent se droguer avec des produits tres nocifs

marin 347

les consommateurs sont des imbéciles ils ne veulent pas de pesticide d intrants du bio du bio . sauf que chez eux ils sont les premiers au sauter sur un antibiotique des qu ils ont un rhume et que dire de toute ses dame qui se tartine des crèmes de jour de nuit se colore les cheveux les ongles j en passe et des meilleures. tout ses produits chimique quelles utilisent pour le ménage les poux des enfants les puces du chien a ce que je vois y a que les aigris qui ont pas le droit d en utiliser

Coeur

@A, le monde change, et il essayait de suivre, ce qui n'est pas évident, bien entendu. on sait très bien, que l'agriculture en France, c'est "fini" depuis l'entrée des pays de l'Est dans l'UE, qui vont remplacer l'agriculture. Mais, il faudra bien trouver des solutions et répondre aux demandes (incohérentes) du client, ou alors l'éduquer (mais je doute des capacités cognitives de la majorité des gens...).

Peut être qu'on se trompe et que la France ne devrait pas être autonome en production alimentaire. et que l'avenir est de faire faire le tour du monde aux vaches.

Pour ce qui est de l'utilisation domestique des pesticides, c'est une hérésie (personne non formée etc...) et comme souvent, les gens rejettent la faute sur l'autre (toujours l'autre la source de leurs soucis). Au moins, l'accès à ces molécules tend à devenir plus strict pour le particulier, qui a mon avis n'en a aucune utilité.

A

@COEUR, le soucis c'est qu'il faut refaire des filières, des politiques et pas juste des cahiers des charges, si les consommateurs veulent une porche électrique avec 1000 km d'autonomie pour le prix d'une clio, pourquoi donc Renault s'obstine? parce que pour de vrai y à pas de marmotte qui emballe le chocolat, tout est question de moyens (donc de coûts) et de sécurité, donc de politique (protégé les filières, investir).
Après on peut extrapoler à l'infini, mais c'est pas technique, ni crédible, il suffit pas de prolonger des courbes pour produire un avenir ou de la nourriture.
Les gens ont pas peurs de devenir riche, même les agriculteurs, si on faisait fortune en vendant 3 radis et 2 navets sur le marché, on l'aurait remarqué.
Le gros problème c'est surtout que tant que les gens pouvaient utiliser le roundup pour nettoyer la cour de leurs maisons ou les trottoirs, mais on le retrouvai dans l'eau, alors on espère ce déculpabiliser en tapant sur les paysans.

Coeur

Clovis 34, pourquoi critiquer une caricature que personne ne veut ? Les consommateurs ne souhaitent pas qu'il y a une utilisation à outrance d'antibiotique, une utilisation à outrance de pesticides, une intensification morbide des densités de vie des animaux.

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