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La FNB exhorte la filière bovine à s'organiser et à « changer de logiciel »

L'ALLIER AGRICOLE

La FNB exhorte la filière bovine à s'organiser et à « changer de logiciel »
L’organisation collective des producteurs était au cœur des discussions du congrès de la FNB à Anse. Ici une table ronde animée par le journaliste Pascal Berthelot.

Lors du congrès de la FNB (éleveurs bovins) les 5 et 6 février à Anse (Rhône), un consensus a émergé autour du projet de structuration porté par le syndicat. D'abord centré sur le label rouge, ce projet d'AOP vise à regrouper l'offre pour gagner de la valeur. Un chantier titanesque pour une filière minée par la concurrence entre metteurs en marché.

Après l'AOP, vers une structuration plus large ?

Dans l'esprit des responsables professionnels, l'AOP pourrait servir de première pierre pour pousser plus loin la structuration de la filière bovine. « Il faut aller au-delà du label rouge, c'est toute la production que nous devons organiser », a insisté Clément Traineau, de Jeunes agriculteurs du Maine-et-Loire, invité à témoigner le 6 février au congrès de la FNB à Anse (Rhône). Le vice-président de la FNB, Emmanuel Bernard, a pris l'exemple de la filière broutards, où « quatre opérateurs français font une grosse partie du marché ». « L'enjeu, c'est que les quatre ne fassent plus qu'un, la réglementation le permet », a-t-il assuré. « Quand on va voir les Italiens, on sait qu'ils vont nous mettre en concurrence, parlons-nous ! » a abondé Bruno Dufayet, président de la FNB. Une association d'organisations de producteurs (AOP) pourrait aussi permettre à la filière d'émarger aux programmes opérationnels de la Pac et de prétendre à des aides à l'investissement. C'est la direction prise par le secteur porcin, qui attend que les pouvoirs publics valident leur propre projet d'AOP. « C'est trop tôt dans notre filière, relativise Bruno Dufayet. Pour le moment, on a un vrai sujet sur l'organisation de la production, commençons par bâtir le regroupement de l'offre. »

« Changer de logiciel », et vite. Tel était le mot d'ordre martelé lors du congrès de la FNB (éleveurs de bovins viande), les 5 et 6 février à Anse, dans le Rhône. La branche bovine de la FNSEA s'est lancée dans un projet ambitieux : structurer la filière autour d'une association d'organisations de producteurs (AOP). Le but ? Aller chercher de la valeur en organisant l'offre en amont. Un chantier titanesque dans une filière bovine en proie au marasme économique et réputée pour son manque d'organisation.

Pourtant, lors du congrès, les discussions – parfois viriles – ont fait émerger un consensus. L'initiative de la FNB a ainsi reçu le soutien de Didier Guillaume. Le ministre de l'Agriculture était venu clore les travaux en s'engageant à « organiser une réunion au ministère sur ce sujet après le Salonde l’agriculture ». L'AOP « est une solution simple qui peut générer de la valeur et qui a le mérite de fédérer et de mutualiser les moyens », a défendu Bruno Dufayet, président de la FNB. Autre argument largement répété : l'AOP se superposerait aux structures existantes, sans les supprimer. Par exemple, la fédération Elvéa (créée par la FNB et regroupant une trentaine d'OP non commerciales) joue en partie un rôle similaire. « Nos adhérents vont se positionner pour créer une AOP », a d'ailleurs indiqué son président Philippe Auger lors du congrès. Et de préciser : « Si par la suite il y a deux AOP, nous pourrons discuter ».

« L'AOP va vendre du contrat »

Dans un premier temps, l'AOP voulue par la FNB pourrait « regrouper tous les opérateurs qui font du label rouge », explique Emmanuel Bernard, vice-président de la FNB. L'interprofession a misé gros sur ce segment de marché en fixant dans son plan de filière l'objectif de 40 % de la production sous label en 2023 (contre 3 % en 2017). La contractualisation y a été récemment rendue obligatoire (accord interprofessionnel du 22 mai 2019, étendu le 10 décembre). Concrètement, « l'AOP va vendre du contrat, résume Emmanuel Bernard. Les OP feront l'inventaire et l'AOP permettra de discuter calendrier, planification ». Ce regroupement de l'offre vise notamment à freiner la concurrence interne qui mine la filière depuis des années. « Les relations sont terribles », résume Emmanuel Bernard. Egalim ou pas, 2020 ne fait pas exception à la règle : « une grosse coopérative de l'Ouest a baissé ses tarifs de 80 centimes le kilo pour remporter un marché face à une autre OP, déplore un responsable professionnel. Pourtant, le distributeur, Carrefour, n'avait rien demandé ! » Un contexte qui explique pourquoi la coopération – bien que favorable au projet d'AOP – a été particulièrement chahutée par les éleveurs présents à Anse. Quoi qu'il en soit, les coopératives seront un acteur incontournable de la future AOP, car « elles font 70 % des volumes de label rouge au niveau national », rappelle Bruno Colin, président du pôle animal de la Coopération agricole (ex-Coop de France).

Regards en chiens de faïence

Pour s’imposer, l'AOP va sûrement devoir franchir une barrière que les OP n’arrivent pas à franchir jusqu’ici : la formalisation des relations commerciales avec l’aval. « Demain, j'enverrai une note à nos adhérents pour qu'ils proposent des contrats tenant compte des coûts de production et qu'ils envoient une proposition à leurs clients », a lancé le représentant des coopératives dans une tentative d'apaiser une salle remontée. Alors qu'il reste moins d'un mois pour boucler les négociations commerciales, aucune proposition de vente n'aurait été envoyée aux acheteurs en filière bovine. Une étape pourtant indispensable à l'activation de la clause de prix abusivement bas, prévue par la loi Egalim. Les acteurs rencontrés au congrès décrivent des metteurs en marché qui se regardent en chiens de faïence, personne n'osant dégainer le premier. Le même risque pèse sur le projet d'AOP. « Certaines OP de petite taille ne se sentent pas assez solides et ont peur de subir la pression de la concurrence, explique Bruno Dufayet. Et quelle que soit leur taille, elles ont peur d'être seules, de prendre le risque d'être la première. » « La FNB saura les accompagner », rassure-t-il.

Le consensus autour du projet de la FNB semble reposer sur un constat partagé : il y a urgence, car la filière bovine est au bord du gouffre. « En 2018, le revenu moyen des éleveurs était de 13 800 euros par an, rappelle Bruno Dufayet. Et pour 2019, il est encore attendu en baisse de 20 %. » Sur cette somme, les aides couplées de la Pac représentent 8000 euros, symptôme d'une filière sous « perfusion », alerte Aurélien Clavel, vice-président de Jeunes agriculteurs (JA). Prix au ras des pâquerettes et sécheresses à répétition ont provoqué une décapitalisation historique : le cheptel allaitant a perdu 183 000 têtes entre 2016 et 2019, selon l'Idele.

Dernière chance ?

« Tout peut s'écrouler comme un château de cartes », prévient l'ancien président de la FNB, Jean-Pierre Fleury. Pour cet éleveur nivernais, la filière est dans la même situation que « la viticulture il y a 30 ans » : « Le volume, c'est fini ». Des craintes naissent sur l'approvisionnement des abattoirs et sur le développement des importations, qui occuperaient la place laissée vacante par la viande française. « Bigard a besoin de maintenir des élevages autour de ses abattoirs, car ils ne seraient pas compétitifs en fonctionnant avec des animaux importés vifs », explique Guillaume Gauthier, élu national de la FNB et de JA. « Je ne vois pas pourquoi on s'opposerait au projet d'AOP, a d'ailleurs réagi Dominique Guineheux, représentant de Bigard au congrès. Nous n'avons pas à nous immiscer sur le dossier amont. » L'AOP serait-elle la dernière chance de la filière bovine ? Oui, à en croire Didier Guillaume, qui ne rate pas une occasion d'exhorter la profession à s'organiser : « Si nous ne bougeons pas, on va dans le mur ».

Yannick Groult

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Commentaires 3

Panurge79

La fameuse grosse coopérative de l'ouest qui baisse à chaque fois son pantalon, tout le monde la connait et c'est un peu sa spécialité dans plusieurs productions depuis des lustres tout en faisant croire à ses adhérents qu'elle est évidemment la meilleure, parce que, par contre, elle est plus forte en communication qu'en commercialisation. Il y a un manque de transparence du prix moyen réellement payé, chaque année, dans chaque catégorie d'animaux qu'il devrait être obligatoire de publier pour toutes les entreprises y compris pour les privés , avec un contrôle fiable, mais je rêve ! Les chambres d'agriculture de l'ouest publient chaque année une enquête chez les éleveurs de volailles et, comme par hasard, dans le palmarès, plus ou moins anonyme, des entreprises, depuis 30 ans, elle a été régulièrement en bas de tableau et elle peut ainsi passer par les prix lors des négociations annuelles: Ce sont bien tous les éleveurs qui paient, pas uniquement leurs adhérents ! Et pourtant je suis convaincu des vertus de la coopération à condition que les adhérents en soient vraiment les patrons, et ça existe...mais pas partout !

viande

Filière, AOP, ( en général le + du prix est mangé par les frais du système) on s'en fiche il faut produire ce que demande le marché ( les animaux labellisés ne correspondent qu'a 10-15% de la demande) . C'est pas normal non plus que les abattoirs demandent plus de gras pour pouvoir faire du steak haché bas de gamme au prix ou ça coute de faire du gras pour l'éleveur.

pessimist

Bien l'organisation, mais il manque une grande inconnue à celle-ci : les clients !
A qui allons nous vendre de la viande plus cher, certes de qualité (à condition de s'en donner les moyens), dans un contexte de dénigrement de la viande bovine et de crise du pouvoir d'achat. Si c'est s'organiser en cheptels viande pour faire du haché, les réformes laitières seront toujours mieux placées car c'est un sous produit de la filière laitière.
Le seul moyen de redonner de la valeur à la viande allaitante est de communiquer sur sa valeur écologique par la part des prairies et de la biodiversité(animale et végétale qu'elle induit.
Hélas, je pense que nous sommes déjà dans le mur !

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