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Mardi 24/03/2026

Risque de gel du 26 au 27 mars 2026 : les cultures sous haute surveillance

Publié par Pleinchamp

La douceur accrue de cet hiver 2025-2026 a avancé le cycle végétatif des cultures de plusieurs semaines. Or, les modèles météorologiques prévoient des gelées fin mars sur une grande partie du territoire. Nicolas le Friant, expert météo, analyse la vulnérabilité des cultures en France face au gel de printemps.

Malgré le réchauffement climatique global, le risque de gel tardif au printemps demeure une menace majeure pour l'agriculture française. La douceur accrue des hivers, comme ce fut encore le cas au cours de cet hiver 2025-2026, provoque un débourrement (sortie de dormance) précoce de la végétation. Cette avancée du cycle végétatif expose les bourgeons et fleurs, particulièrement fragiles, à des vagues de froid qui surviennent encore en mars et avril. Ce décalage crée une « fausse saisonnalité » où la végétation, en pleine croissance, est frappée par des températures négatives qu'elle aurait normalement supportées en phase de dormance hivernale. Une étude du réseau World Weather Attribution a même estimé que le changement climatique a augmenté d'environ 60% la probabilité d'un épisode de gel sévère en période de bourgeonnement, tel que celui d'avril 2021.

Après un mois de février quasi printanier, quels sont les risques pour les cultures ?

Le mois de février 2026, ainsi que les deux premières décades de mars 2026, ont été marqués par une douceur anormale, entraînant une avance significative de la végétation dans de nombreuses régions. Cette situation place le début du printemps 2026 sous haute surveillance, le risque d'un épisode de gel tardif sur des cultures déjà avancées étant particulièrement élevé. Les années se suivent et les défis climatiques s'intensifient. Après un épisode de gel en 2021, une sécheresse marquée en 2022, et des récoltes 2024 en baisse à cause du mildiou et du gel, le secteur agricole reste en état d'alerte permanent. La gestion du risque de gel est devenue une composante non négociable de la stratégie agricole. Elle nécessite une surveillance météorologique fine, une connaissance approfondie des stades phénologiques et des investissements continus dans les moyens de protection et d'adaptation pour assurer la pérennité des productions face à un climat de plus en plus imprévisible.

Y a-t-il un risque de gel à court terme ?

D’ores et déjà, nous envisageons une nuit du jeudi 26 au vendredi 27 mars 2026 bien froide avec des gelées parfois assez fortes en plaine sur de très nombreuses régions. Les modèles météorologiques prévoient ainsi une forte probabilité de gel entre l’Auvergne, le Limousin, le Poitou, l’est des Pays de la Loire, le Centre, la Bourgogne, Rhône-Alpes, le Franche-Comté, l’Alsace, la Lorraine, Champagne-Ardenne, l’Île-de-France et les Hauts-de-France. Les températures minimales s’abaisseront fréquemment entre -3 et 0°C et jusqu’à -5°C dans les vallées, cuvettes ou encore les « trous à froid ».

Ce risque sera moins important et plus localisé pour samedi 28 mars au matin même si nous envisageons encore entre -2 et 0°C en plaine et dans les vallées entre l’Auvergne, Rhône-Alpes, l’est de la Bourgogne, la Franche-Comté, la Lorraine et l’Alsace.

Vulnérabilité des végétaux : une question de stade phénologique

La résistance d'une plante au gel n'est pas constante ; elle dépend crucialement de son stade de développement. Plus la végétation est avancée, plus sa sensibilité au froid augmente de manière exponentielle.

  • Bourgeon fermé (dormance) : très résistant, peut supporter des températures de -15°C à -30°C.
  • Bourgeon ouvert (débourrement) : la résistance chute drastiquement. Le seuil critique se situe autour de -7°C à -8°C.
  • Fleur apparue : extrêmement sensible. Des dégâts peuvent survenir dès -1,5°C à -3°C.
  • Jeune fruit (nouaison) : la phase la plus vulnérable. Un gel même très léger, autour de -0,5°C, peut anéantir la future récolte. Les dégâts sont également aggravés par des facteurs comme l'absence de vent (qui limite le brassage de l'air), l'humidité, la nature des sols (sableux, calcaires) et la durée d'exposition au froid. Des températures inférieures à -2°C pendant plusieurs heures sont souvent dévastatrices.

Cultures les plus touchées en France

Si de nombreuses cultures sont concernées, la viticulture et l'arboriculture fruitière paient le plus lourd tribut aux gelées printanières.

La viticulture : un secteur en première ligne

La vigne est particulièrement sensible au gel une fois ses bourgeons éclos. Les jeunes pousses peuvent être détruites par des températures allant de -1,1°C à -3,3°C. Les épisodes de gel ont un impact direct et massif sur le volume de la récolte, comme l'a tragiquement illustré l'année 2021. Toutes les régions viticoles sont concernées, du Bordelais à la Bourgogne, en passant par la Champagne, la Vallée de la Loire et la Vallée du Rhône.

L'arboriculture : des vergers dévastés

Les arbres fruitiers, surtout ceux à floraison précoce, sont extrêmement vulnérables. Les pertes de rendement peuvent atteindre 80 à 100% sur certaines parcelles.

  • Abricotiers et Pêchers : fleurissant très tôt, ils sont souvent les premiers touchés. Le seuil critique peut être atteint dès -2,5°C au début de la floraison.
  • Cerisiers : leur sensibilité est élevée dès l'apparition des fleurs, avec des températures critiques autour de -2,2°C.
  • Pommiers et Poiriers : vulnérables de l'émergence des bourgeons à la floraison, avec des seuils de dommages modérés entre -1°C et -2,2°C.
  • Pruniers : les vergers du Tarn-et-Garonne ont subi des gels répétés, affectant lourdement la production.
  • Autres fruits : les kakis (sensibles sous -2°C après floraison), les nashis (similaires aux poiriers), et même les jeunes pousses de figuiers sont également menacés par les gelées tardives.

Les grandes cultures

Bien que moins médiatisées, les grandes cultures subissent aussi des dommages importants. Le colza en pleine floraison et les jeunes semis de betteraves sucrières peuvent être gravement atteints, obligeant parfois les agriculteurs à ressemer une grande partie de leurs surfaces.

Cartographie du risque de gel en France

Le risque de gel n'est pas uniforme sur le territoire. Il est influencé par la topographie, le climat local et la nature du sol.

  • Facteurs topographiques : les zones basses, les fonds de vallée et les « cuvettes » sont les plus à risque, car l'air froid, plus dense, y stagne durant la nuit.
  • Zones géographiques à risque élevé : les régions continentales et en altitude. Les départements de l'Oise et du Nord, où une grande partie des surfaces agricoles est exposée. Les Pays de la Loire, avec une tendance à l'extension du risque vers la Bretagne. Les zones océaniques avec des sols sableux favorisant le refroidissement nocturne, comme la Gironde et les Landes.

L'épisode de gel d'avril 2021 : une catastrophe de référence

L'épisode de gel survenu début avril 2021 reste gravé dans les mémoires comme « probablement la plus grande catastrophe agronomique de ce début de 21ème siècle », selon les termes du ministre de l'Agriculture de l'époque. Il a servi de révélateur de l'extrême vulnérabilité de l'agriculture française.

Ampleur : une vague de froid d'une intensité et d'une étendue rarement observées a frappé la quasi-totalité des régions agricoles.

Impact économique : les pertes ont été estimées à au moins 2 milliards d'euros par la FNSEA.

Pertes de récoltes :

  • Fruits : des baisses de production historiques ont été enregistrées pour les poires (-65%), les abricots (-70%, plus faible récolte en 30 ans), et les cerises (-55%).
  • Viticulture : des pertes de 70 à 90% dans le vignoble d'Armagnac, 60 à 90% à Arbois (Jura), et des parcelles détruites à 100% dans l'Hérault.

Réponse des pouvoirs publics : l'État a activé le régime des calamités agricoles et débloqué des aides d'urgence pour soutenir les exploitations les plus fragilisées.

Stratégies de lutte et d'adaptation

Face à cette menace récurrente, les agriculteurs déploient un arsenal de techniques de protection, combinant méthodes traditionnelles et innovations.

Lutte directe : protéger les cultures pendant le gel

  • Aspersion d'eau : considérée comme la méthode la plus efficace, elle consiste à arroser les cultures en continu. En gelant, l'eau libère de la chaleur et forme un cocon de glace qui maintient le bourgeon à une température proche de 0°C, le protégeant de températures extérieures bien plus basses (jusqu'à -6°C).
  • Chauffage : l'utilisation de bougies, de brûlots ou de braseros dans les parcelles permet de réchauffer l'air ambiant de quelques degrés. Cette méthode est coûteuse et son efficacité dépend de l'absence de vent.
  • Brassage de l'air : des tours antigel (éoliennes) ou des hélicoptères sont utilisés pour rabattre l'air plus chaud situé en altitude vers le sol, limitant ainsi le refroidissement au niveau des cultures.
Lumignons dans les vignes à Meursault (21) pour réchauffer l'atmosphère et protéger les bourgeons. (Crédit : Infoclimat / Jean-Michel Mitteau)

Lutte indirecte et adaptation à long terme

  • Choix des variétés : sélectionner des cépages ou des variétés fruitières à débourrement plus tardif.
  • Pratiques culturales : une taille tardive de la vigne peut retarder le départ de la végétation.
  • Assurance et aides : la réforme de l'assurance récolte vise à mieux couvrir les agriculteurs face à ces aléas. Des aides, comme celles du plan France Relance, financent l'acquisition de matériel de protection.
  • Innovation : la recherche se tourne vers de nouvelles solutions, comme l'agrivoltaïsme dynamique, où des panneaux solaires mobiles peuvent être utilisés pour protéger les cultures du gel.

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©Nicolas le Friant

"Passionné de Météorologie depuis mon enfance, j’ai appris le métier auprès d’un Météorologue professionnel chez Météo- France. Je travaille depuis 25 ans au sein d’entreprises privées de météorologie avec, comme spécialités, les médias, les formations et la pédagogie. Je suis également titulaire d'un Master en Climatologie (2010), dont le mémoire de fin d’étude est axé sur le changement climatique en cours et ses conséquences sur la hausse du niveau marin."