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Jeudi 19/03/2026
Souveraineté 2035 (4/6) : à la recherche du poulet à trois pattes
Sujettes à de fortes pressions concurrentielles et sociétales, les filières viandes blanches chiffrent entre 10 et 15 milliards d’euros le montant des investissements amont/aval à consentir dans les 10 ans, pour simplement défendre l’autosuffisance des filières œufs, canard, porc et lapin et picorer quelques parts de marché en poulet de chair.
Le 8 décembre 2025, au marché de Rungis (Val-de-Marne), la ministre de l’Agriculture Annie Genevard sonnait le « Grand réveil alimentaire » et lançait le chantier, pour ne pas dire la bataille, de la reconquête de notre souveraineté alimentaire. « La guerre agricole menace un peu plus chaque jour, il est temps d’agir » avait-elle tonné, appelant la France à « se réarmer ». D’ici à l’été, un Plan national de production et de transformation sera présenté. Il fixera les ambitions portées par les différentes filières et les moyens de les atteindre, en tenant compte des évolutions de marché (offre/demande) mondiales, européennes et nationales, du contexte géopolitique, de l’impact du changement climatique et de la disponibilité des ressources. Sans oublier le déficit de compétitivité intra-européen, « dû à la surrèglementation » au « coût de la main-d’œuvre et de l’énergie » et à « des freins à la mise en place de l’innovation » selon le ministère de l’Agriculture.
+220 nouveaux poulaillers de 1500m2 par an, +10 élevages de reproducteurs par an, +4 nouveaux couvoirs, +8 abattoirs d’une capacité de 750.000 têtes par semaine : ce que la filière volaille de chair estime nécessaire de faire sortir de terre d’ici à 2035 pour « répondre à la progression continue de la consommation intérieure de viande de poulet en reconquérant les parts de marché français et réduire significativement les importations ».
Selon l’Anvol, le taux d’auto-approvisionnement (rapport entre production et consommation) en poulets est passé de 70,7% en 2024 à 67% sur 2025 tandis que le taux de dépendance aux importations (rapport entre importations et consommation) passait de 50,4% à 52,4%. Si la filière se garde de fixer des objectifs à horizon 2035, elle a chiffré le coût des investissements amont/aval à consentir : 2,8 milliards d’euros.
De toutes les viandes blanches, ce n’est pas la volaille de chair qui supporte le plus gros effort financier selon la synthèse du groupe sectoriel constitué pour les Conférences de la souveraineté alimentaire. La filière porc évalue à 7 milliards d’euros sur 10 ans l’effort à consentir pour passer la barre des 100% d’autosuffisance contre 98% actuellement. La filière œufs, pas trop mal lotie non plus en terme d’autosuffisance (95%) chiffre à 1,1 milliard d’euros sur 10 ans les investissements requis pour atteindre les 101-102% d’autosuffisance. Enfin, les filières cunicole et palmipèdes gras chiffrent respectivement les montants à 300 et 250 millions d’euros sur 10 ans pour préserver des taux d’auto-approvisionnement respectifs de 100% et 95%.
Alors que les viandes blanches connaissent une dynamique de consommation aux plan national et international, les filières pointent les failles tricolores en matière d’ « efficacité » et de « compétitivité », alertant sur le faible renouvellement des générations en élevage, du fait des investissements en bâtiment très élevés, des « lourdes contraintes réglementaires » et de « l’acceptabilité locale souvent conflictuelle ». La très faible rentabilité des industries de la viande met aussi en péril la pérennité des outils d’aval. « Accélérer les projets, c’est revitaliser la France des territoires », appuie Christiane Lambert, présidente de Fédération des entreprises françaises de charcuterie traiteur (FICT) et référente du groupe de travail viandes blanches.
Les filières avicole et cunicole mettent par ailleurs en avant le « leadership » en génétique, « atout stratégique et attractif pour les investisseurs français et étrangers doit être préservé en sécurisant les capacités de production et d’export ».
Les objectifs à 10 ans des filières viandes blanches
- volaille de chair : +220 nouveaux poulaillers de 1500m2 par an, +10 élevages de reproducteurs par an, +4 nouveaux couvoirs, +8 abattoirs d’une capacité de 750.000 têtes par semaine pour viser une croissance de la production de 4,8% par an
- œufs : +73 poulaillers poules pondeuses et poulettes par an soit +1,45 millions de places par an, +8 élevages de reproducteurs, +1 abattoir, +36 centres de conditionnement, +1 usine de transformation en ovoproduits
- porc : installation ou reprise de 100 porcheries par an équivalent au renouvellement de 30.000 truies par an, maintenir les marchés export pour l’équilibre carcasse et la valeur ajoutée de produits transformés, assurer la pérennité par la compétitivité durable des outils d’abattage/découpe/transformation, réduire les importations de charcuteries étrangères
- lapin : création ou reprise de 30 élevages par an rénovés pour atteindre les objectifs en matière d’élevages alternatifs à la cage standard, préserver l’autosuffisance, sécuriser le potentiel de production et les outils industriels, maintenir un solde commercial excédentaire
- palmipèdes gras : création de 55 élevages par an, assurer la reprise de 100 élevages par an, satisfaire une consommation stable et développer la production pour l’export pour optimiser et pérenniser les capacités industrielles aval, pérenniser une génétique 100% française, développer la production pour l’export
Les trois projets prioritaires
- produire plus pour répondre à l’augmentation de la demande des marchés (construire des élevages modernes, innovants et résilients face au changement climatique et adapter la réglementation environnementale aux réalités de l’élevage, moderniser/créer les outils industriels abattage / découpe / transformation / conditionnement / génétique / nutrition, simplifier les autorisations administratives, pour une obtention en 1 an, mobiliser administrations et élus locaux en rappelant également le rôle clé de l’élevage dans la vitalité des territoires ruraux, mobiliser le Fonds Souverain agricole en régions pour financer modernisations et transitions alimentaires
- communiquer sur les externalités positives de l’élevage durable et sur les bénéfices de l’alimentation/santé des produits d’origine animale sur la base de données scientifiques (informer sur l’origine France pour valoriser les avantages comparatifs avec le logo APAF, ouvrir les élevages et les entreprises au public, faire des élus locaux des relais et des médiateurs des projets agricoles et des industries de transformation
- exporter : simplifier, sécuriser, conquérir (accélérer les procédures de dématérialisation Expadon2, régionaliser la certification sanitaire, sécuriser et diversifier les marchés à l’export en renforçant la diplomatie sanitaire (task force export), renforcer les infrastructures logistiques et de transport
