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Covid-19 et filière porcine : une instabilité préoccupante

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Covid-19 et filière porcine : une instabilité préoccupante

La filière porcine subit, comme les autres filières viande, les effets de la crise du Covid-19 et du confinement. Si elle semble moins pâtir des changements dans les modes de consommation, elle reste menacée par les tensions liées à la situation internationale. Une baisse des prix semble inévitable.

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En France, la consommation de viande porcine semble résister

Avec la pandémie actuelle, la fermeture des restaurants, la fin des rassemblements et la crainte pour le pouvoir d’achat, des grands bouleversements dans les filières des produits carnés sont naturellement visibles. Après la stupeur des premiers jours, les nouvelles habitudes alimentaires de confinement semblent s’être mises en place et il apparaît que la viande porcine traverse mieux la crise que les autres viandes. Bien sûr, l’absence de débouchés en restauration collective et hors foyer et la baisse des ventes à la découpe sont préjudiciables, mais il semble qu’en plus d’être une viande économique, la viande de porc réponde bien aux tendances visibles depuis le début de la crise (confection de pizzas ou de quiches à la maison, grillades favorisées par la météo clémente du mois d’avril…). Par ailleurs, il semble que la baisse générale du nombre de références commerciales dans les rayons des GMS ne représente pas un trop lourd handicap opérationnel pour la filière porcine.

Des marchés perturbés et une situation américaine inédit

La situation du marché du porc semble tout de même se fragiliser en Europe, comme en témoigne l’évolution des cours européens du porc charcutier. Les prix suivent en effet depuis plusieurs semaines une tendance baissière dans tous les grands pays producteurs :

Évolution des prix perçus éleveurs dans l'UE

Cette baisse était prévisible tant les conditions semblent réunies pour mettre à mal la fluidité des marchés. Ainsi, dans le sud de l’Europe, particulièrement touché par la crise, l’activité des outils d’abattage est lourdement impactée par le manque de personnel. L’offre afflue, mais la demande des abattoirs est limitée, entraînant les prix à la baisse. L’Espagne et l’Italie pourraient par ailleurs souffrir de la faiblesse potentielle de l’activité touristique qui soutient habituellement la demande intérieure.

De plus, alors que l’opportunité de la demande chinoise pour les pays exportateurs de porc est bien là, elle se heurte à la problématique toujours très prégnante des transports : les prix des containers explosent et, face à la faiblesse des flux internationaux, certains armateurs réalisent des arbitrages se traduisant par la baisse du nombre de bateaux disponibles pour l’exportation.

À l’échelle mondiale, une des principales préoccupations aujourd’hui est la situation critique et inédite aux États-Unis. En effet, plusieurs abattoirs des grands leaders de la filière porcine américaine (Smithfield, JBS, Tyson) ont dû fermer temporairement du fait de nombreux cas de Covid-19 déclarés au sein de leurs effectifs. Les capacités d’abattage étasuniennes, déjà très sollicitées, s’avèrent désormais insuffisantes, entraînant des pressions inévitables sur les prix. Certains éleveurs américains pourraient même se retrouver contraints de céder leurs bêtes pour zéro dollar…

Dans ce contexte, les abattoirs eux-mêmes proposent de revoir à la baisse les prix conclus avec leurs partenaires importateurs chinois. Les cours du porc américain ont ainsi récemment connu une chute vertigineuse (le prix du porc carcasse Iowa/Minnesota est ainsi passé de 1,32 $/kg le 25 mars 2020 à 0,75 $/kg le 25 avril 2020…). À court terme, cette situation, pourtant bien loin de nous, mettra sans doute la pression sur les prix européens.

Au total, si les prix actuels restent rémunérateurs pour l’amont des filières porcines française et européenne, il est probable que, entraînés par une situation critique aux États-Unis, ils poursuivent leur tendance baissière amorcée depuis quelques semaines. Il serait cependant très difficile aujourd’hui d’anticiper l’ampleur de cette baisse de même que la durée de la crise aux États-Unis.

Article de la revue PRISME : l'analyse de la conjoncture et de l’actualité agricole et agroalimentaire - 30 avril 2020

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