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La grande distribution use et abuse du bio

Raphaël Lecocq

La grande distribution use et abuse du bio
E. Leclerc

L’UFC-Que choisir dénonce les sur-marges pratiquées par la grande distribution sur les fruits et légumes bio les plus consommés. L’association presse l’Observatoire de la Formation des prix et des marges de publier les niveaux de marges par enseigne et par rayon.

C’est ce qui s’appelle faire... chou blanc. Dans une précédente étude datant de 2017, l’UFC-Que choisir avait déjà dénoncé les taux de marges pratiqués par la grande distribution. Résultat deux ans plus tard : +165 % sur les poireaux bio, +149% sur les pommes bio, +109% sur les tomates bio et +83% sur les pommes de terre bio : tels sont les niveaux de sur-marge, comparativement aux mêmes produits en conventionnel, constatés par l’UFC-Que choisir en grande distribution. L’association a conduit une étude basée sur les cotations des produits biologiques et conventionnels, publiées sur la période allant de mai 2018 à mai 2019 par le Réseau des Nouvelles des Marchés, pour 24 fruits et légumes représentant 86 % de la consommation des ménages.

« Les niveaux de marge brute sont en moyenne, 75 % plus élevées qu’en conventionnel », relève l’association. « Pire, cette moyenne masque de très fortes disparités selon les produits, et ce sont sur les plus consommés que la grande distribution se gave le plus, à savoir la pomme de terre, la tomate et la pomme ».

+ 121 euros par ménage et par an

Par rapport à l’étude de 2017, la marge brute globale pratiquée par la grande distribution sur la consommation de bio a tout de même baissé de 6%, pointe l’association, qui relativise aussitôt cette inflexion. « Il ne faut pas s’y tromper : pour les consommateurs, ce qui compte n’est pas le taux de marge, mais bien le montant de marge dont ils doivent s’acquitter. Comme le prix de revient agricole est bien plus élevé en bio, lui appliquer un taux de marge proche de celui appliqué aux produits conventionnels se traduit immanquablement par une marge en euros bien supérieure sur le bio ».

Si la grande distribution appliquait au bio la même marge qu’en conventionnel, le budget annuel d’une consommation de fruits et légumes bio diminuerait de 18 %, représentant 121 € d’économie par ménage.

« naming and shaming »

La grande distribution profite de l’engouement pour les produits bio, dont la consommation en France a bondi de 36% entre 2016 et 2018, selon l’Agence Bio. Elle en profite même doublement, dans la mesure où elle gagne des parts de marché : 49% en 2018 contre 45% en 2016.

Sur la base de son étude, l’UFC-Que Choisir, qui encourage la consommation du bio au vu de ses bénéfices sanitaires et environnementaux, « exhorte l’Observatoire de la formation des prix et marges à une transparence totale et salutaire en publiant les niveaux de marges par enseigne et par rayon », autrement dit à pratiquer le « naming » (désigner) et « shaming » (couvrir de honte), dans le cadre de ses prochains travaux sur les produits de l’agriculture biologique. Elle recommande par ailleurs aux consommateurs de « faire jouer la concurrence entre les modes de distribution, afin de trouver les prix du bio les plus compétitifs ».

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Commentaires 2

Jean

L'UFC , les médias semblent découvrir que les grandes enseignes de la distribution , contrairement aux groupes agro industriels qu'ils dénigrent pourtant , ne travaillent pas à marges fixes mais avec des coefficients multiplicateurs et pas 1.1 ou 1.2 (10 ou 20 % de marge) mais 2...et plus !!!
Avec l'intox sur les bienfaits du bio qui stimule la demande ,plus on favorise le bio , plus on enrichi Leclerc and Co...
Et quand le marché arrivera à saturation , devinez qui baissera ses prix .....

viande

121 euros par ménage, c'est quoi par rapport aux milliards de dividendes des grandes entreprises ( payé en partie par le cice donc nos impôts) . Ne nous trompons pas de cible, si les 121 euros n'étaient pas de la marge il faudrait qu'il soit dans la poche des exploitants, vous ne croyez pas ?

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