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Avec l’appli Water Drop, il réhabilite le bon vieux pluviomètre

Raphaël Lecocq

Avec l’appli Water Drop, il réhabilite le bon vieux pluviomètre

Céréalier à la Chapelle-d'Aunainville (Eure-et-Loir), Nicolas Pelletier a conçu une application mobile permettant à tout un chacun de partager gratuitement ses relevés pluviométriques manuels. Un défi aux stations connectées ou une façon de jauger ce qui reste du bon sens paysan ?

Avec l’appli Water Drop, il réhabilite le bon vieux pluviomètre

Nous sommes en 2019. Bien avant la finalisation de la couverture du territoire en 4G, un peu avant les premiers déploiements de la 5G. Les objectés connectés infiltrent doucement mais sûrement notre environnement, domestique et professionnel. C’est ainsi que les vaches arborent des colliers capables de détecter leurs chaleurs, d’anticiper leurs troubles de santé ou encore d’évaluer à distance leur état de bien-être. Matériels, réservoirs à carburant, citernes d’abreuvement, râteliers, sondes à fourrage et à grain, pièges à insectes, matériel d’irrigation, bouteilles, ruches... : tout est connecté. Ou connectable. Les stations météo n’y échappent pas.

Avec l’appli Water Drop, il réhabilite le bon vieux pluviomètre

Smartphone et vieux pluvio en PVC vitrifié

Et pourtant, elles n’ont pas séduit Nicolas Pelletier, dont la surface, la dispersion de son exploitation en trois sites et l’assolement (céréales, betteraves, pommes de terre) justifieraient l’investissement (s’il était besoin de le justifier). Au dernier Sima, le céréalier a fait le tour des fournisseurs mais il ne s’est pas laissé convaincre. En fait, il était moins là pour faire son marché que pour sonder les opérateurs, à la veille qu’il était de lancer sa propre solution, baptisée Water Drop, et susceptible de titiller les iMetos, Lemken, Meteus, Sencrop, Visio-Green et autres Weenat.

Water Drop, c’est le mariage de la technologie (l’application est disponible gratuitement sur App Store et sur Google Play) et du bon mieux pluviomètre au PVC vitrifié sous l’effet du temps (qui passe). Les plus robustes (ou délaissés dans leur carton) laissent deviner le logo de feu les Ciba-Geigy, Dow, Pepro, Procida, Sopra, Rhône-Poulenc ou encore Sandoz, ces fournisseurs de produits phytosanitaires comme on les appelait au siècle dernier, et qui vous gratifiaient alors de produits dérivés. C’était le bon temps. Avant que certains de ces mêmes produits phyto, devenus pesticides (et pestiférés), soient considérés comme dérivants.

Avec l’appli Water Drop, il réhabilite le bon vieux pluviomètre

Gratuit et sans abonnement

L’onéreux et délicat smartphone allait-il enterrer le pluvio en PVC, gratuit et imputrescible ? Non. S’allier ? Oui. « Que fait un agriculteur chaque matin ou presque ? Il jette un œil à son pluviomètre », assure Nicolas Pelletier. « Et quand son exploitation est un peu dispersée, il monte dans sa voiture pour aller constater l’état d’une parcelle à quelques kilomètres de là. Ou bien il appelle un autre agriculteur ou une connaissance dans la zone concernée. Avec Water Drop, il suffit que les agriculteurs renseignent l’appli pour partager leurs relevés avec l’ensemble de la communauté ».

Un smartphone, une connexion pour télécharger l’appli, un rapide formulaire d’inscription et voilà le(s) pluviomètre(s) géolocalisé(s). « C’est entièrement gratuit et sans abonnement », prend soin de préciser l’agriculteur, comme pour se démarquer des stations météo connectées. « L’intégration d’un relevé dans l’appli se réalise en quelques secondes. Pour visualiser le relevé d’un pluviomètre, il suffit de pointer du doigt la goutte d’eau symbolisant la position d’un agriculteur ou de tout autre personne inscrite. S’affiche alors un historique daté de la pluviométrie ». L’intensité du bleu de la goutte est déjà une première indication de la réalité d’une pluie et de son intensité.

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Une fonction sociale aussi

Outre la pluviométrie, l’appli permet de renseigner des épisodes de grêle ou même de neige. « Il est possible d’envoyer des alertes aux agriculteurs inscrits dans un rayon choisi », détaille Nicolas Pelletier. « Il arrive que des dégâts de grêle ne fassent pas l’objet d’une déclaration de sinistre parce qu’il a échappé aux agriculteurs ».

L’application a aussi une fonction sociale. « En l’absence de relevé récent, il est possible d’adresser, via l’appli, un message à la personne inscrite, afin de lui demander d’actualiser son relevé », poursuit l’agriculteur. « Mais bien évidemment, les personnes inscrites peuvent échanger sur tout type de sujet ». Un réseau social en quelque sorte, non pas au coin du hangar, mais au pied du pluviomètre.

Certes, Mais encore-faut-il que les agriculteurs soient sensibilisés aux vertus de Water Drop ? Faire l’effort d’aller relever son pluvio alors qu’il est possible de le faire sans se lever, pour un prix tout relatif, ce n’est pas gagné. Sans compter tous les services associés aux stations météo connectées qui se font OAD pour cibler les dates optimales de semis, positionner au mieux les traitements, piloter l’irrigation ou encore prévenir les risques gélifs. « C’est le défi à relever », concède Nicolas Pelletier. « Mais allez savoir si les satellites, dont l’échelle d’observation ne cesse de s’affiner, ne vont pas faire de l’ombre aux stations connectées ? En terme de précision et de confiance, il n’y a aura jamais mieux qu’un agriculteur relevant son pluviomètre ». Il est vrai que les capteurs peuvent aussi générer des « fake news ». Et puis la station, il faut aussi lui rendre visite de temps en temps pour s’assurer que tout est en ordre.

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Inonder la France de gouttes d’eau

Le céréalier startupper, qui s’apprête à rejoindre le Village by CA Les Champs du possible à Châteaudun (Eure-et-Loir), met en avant la gratuité du service. « Tout le monde n’a pas les moyens de s’acheter une station météo connectée », relève-t-il.

Mais la gratuité ne risque-t-elle pas d’être passagère, le temps d’amadouer les clients, de les inféoder au service rendu pour ensuite leur proposer le même service, moyennant finances ? Cela s’est vu. « Ce sont les agriculteurs qui, par leurs relevés, documentent l’appli. », réplique l’agriculteur. « Facturer, ce serait assécher la source, c’est inimaginable ».

L’appli est gratuite pour tous... sauf pour Nicolas Pelletier, qui en a supporté tout seul l’investissement et en assume les charges de fonctionnement. Pour rentrer dans ses comptes, l’agriculteur explore différentes voies de valorisation, sous formes d’alertes émises par les coopératives et négoces (alerte pluie), les communes (alerte inondations) ou encore les stations de ski. « La pluie, c’est selon moi un paramètre fondamental, qui conditionne à peu près tous les chantiers agricoles, soit parce qu’elle est tombée, soit parce qu’elle n’est pas tombée », conclut Nicolas Pelletier. Une bonne raison pour inonder de « water drop » (goutte d’eau) la carte de France de l’appli Water Drop. D’autant plus que la France a soif.

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