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"Passer de 8% à 20% de légumineuses à graines en Occitanie d’ici à 2030"

Raphaël Lecocq

Christophe Vogrincic, responsable de la zone Sud à Terres Inovia

La région Occitanie a décidé de prendre à bras le corps le dossier protéines, en mobilisant toutes les parties prenantes et toutes les énergies pour (faire) pousser soja, pois protéagineux, pois chiche, lentille.... Baptisé Fileg, le projet aura néanmoins besoin d’un coup de pouce de la puissance publique, nationale et européenne, pour booster la rentabilité parfois tangente.

"Passer de 8% à 20% de légumineuses à graines en Occitanie d’ici à 2030"

Fileg pour Filière légumineuses à graines : voilà un acronyme que les neuf acteurs* impliqués dans le projet espèrent inscrire dans la durée, à l’image des espèces concernées qui revendiquent elles-mêmes leur durabilité. Il faut dire que les soja, pois, lentilles et autres haricots sont potentiellement de formidables vecteurs de la transition agroécologique, notamment pour leur aptitude à s’affranchir de la fertilisation azotée, mais aussi de la transition alimentaire, si l’on songe au rééquilibrage de notre assiette en faveur des protéines végétales.

La région Occitanie compte y mettre sa graine et son grain de sel et affiche ses objectifs. « Aujourd’hui, les légumineuses à graines couvrent environ 8 % de la SAU, dont le moitié en soja », déclare Christophe Vogrincic, responsable de la zone Sud à Terres Inovia,. « L’objectif est de monter à 20 % d’ici à 2030, ce qui représentera environ 200.000 hectares ».

Freins techniques

La montée en puissance devrait s’opérer sur le soja, notamment via la charte « Soja de France » qui s’est fixée d’atteindre les 400.000 ha à l’horizon 2023 sur l’ensemble du territoire, contre 250.000 ha aujourd’hui. « L’objectif est d’être autonome en tourteaux de soja non OGM », rappelle l’ingénieur de Terres Inovia. « Sur une espèce comme le soja, aucun frein technique majeur n’entrave sa montée en puissance. La situation est différente sur des espèces comme le pois chiche et la lentille. On est sur des cultures de niche, avec peu de semenciers impliqués, une offre variétale limitée, des itinéraires culturaux perfectibles, des problèmes agronomiques spécifiques tels que l’ascochytose en pois chiche, d’où la nécessité de coopérer et de mutualiser les petits moyens de chacun des acteurs pour améliorer les variétés, la protection etc. ».

"Passer de 8% à 20% de légumineuses à graines en Occitanie d’ici à 2030"

Freins économiques

Terre Inovia va bien entendu assumer sa mission au plan agronomique. L’institut technique a beaucoup moins de prise sur le volet économique, qui explique en bonne part la faible représentativité actuelle des légumineuses à graines dans les assolements. « Avec Fileg, on donne l’opportunité à tous les acteurs de se mettre autour de la table et de s’entendre sur la nécessité et les conditions de création la valeur », poursuit Christophe Vogrincic. « L’objectif, c’est de démarquer les légumineuses produites en Occitanie par leurs valeurs gustatives, nutritionnelles, environnementales ou encore sociales. Car au-delà de la création de valeur, il y a aussi la question de la répartition de la valeur. Il faut que les agriculteurs captent leur juste part pour s’inscrire dans la durée ». La contractualisation entre organismes stockeurs (OS) et producteurs est très clairement un passage obligé, participant à l’équilibre entre l’offre et la demande et garantissant dans une certaine mesure des niveaux de prix compétitifs.

"Passer de 8% à 20% de légumineuses à graines en Occitanie d’ici à 2030"

Plan protéines et Pac

Le Fileg fédère l’ensemble des OS de la région Occitanie. C’est un premier bon point. Si les acteurs économiques assument leurs responsabilités et poursuivent leur quête de valeur ajoutée, la puissance publique est aussi sollicitée, histoire de catalyser les initiatives et bonnes volontés et de lever les handicaps structurels. « La réforme de la Pac est aussi une opportunité à saisir pour appuyer le développement des légumineuses à graines, des filières naissantes et donc fragiles », indique Christophe Vogrincic. « La France est très active sur le sujet mais il faut encore transformer les paroles en actes ». Allusion à peine voilée à la déclaration récente du président de la République, plaidant pour la souveraineté protéinique de l’Europe.

* Terres Inovia, Terres Univia, la plateforme agro écologique Auzeville, le centre d’innovation sur l’alimentation, l’Inra, la DRAAF, l’agence Ad’OCC, le pôle de compétitivité Agri Sud-Ouest Innovation et l’Anils

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