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Quels systèmes de production pour l’agriculture française ?

Benoit Moureaux

Philippe Gate : « L’innovation viendra de la construction d’itinéraires techniques s’appuyant sur un ensemble de leviers, plutôt que de solutions « clés en main » que nous avons connues jusque-là. »
Philippe Gate : « L’innovation viendra de la construction d’itinéraires techniques s’appuyant sur un ensemble de leviers, plutôt que de solutions « clés en main » que nous avons connues jusque-là. »

Les défis de la production agricole sont nombreux. L’équation associant la rentabilité et la durabilité des exploitations semble difficile à résoudre. Philippe Gate, directeur scientifique d’Arvalis, précise les objectifs de la recherche appliquée et les orientations des travaux de l’institut technique pour y parvenir.

Perspectives Agricoles : Pourquoi les leviers agronomiques sont-ils remis au goût du jour ?

Philippe Gate : L’agriculture a besoin de produire différemment en considérant les enjeux économiques, climatiques, environnementaux et sociétaux. Pour atteindre cette multiperformance, il y a nécessité de mobiliser toute la palette des leviers possibles. Il faut combiner les innovations exogènes - comme la génétique, les produits de protection des plantes, les outils d’aide à la décision - et les innovations endogènes, propres au système de culture, en particulier les pratiques agroécologiques qui réduisent en amont les pressions parasitaires, activent les régulations de biocontrôle et utilisent moins d’engrais. Le défi, pour les agriculteurs comme pour les instituts techniques, est de trouver la meilleure façon d’assembler ces leviers en tenant compte des enjeux locaux. Pour y arriver une analyse multicritère des pratiques et des systèmes est nécessaire, ce qui implique de revoir les méthodes de travail.

P. A. : Quelles sont les pistes pour apporter des solutions aux agriculteurs ?

P. G. :  Arvalis étudie l’ensemble des leviers disponibles à l’échelle du système d’exploitation en mettant la priorité sur les leviers améliorant les régulations naturelles, et réduisant la consommation des intrants de synthèse. Compte-tenu de l’urgence climatique, les travaux se focalisent sur les stratégies « bas niveau de gaz à effet de serre ». L’ambition est de faire ressortir des modèles réalistes à court et moyen termes, ainsi que d’évaluer leurs effets à l’horizon 2050. La dynamique de transition agroécologique milite pour le renforcement des systèmes de polyculture-élevage. Arvalis maintient donc ses travaux sur les fourrages. La dimension territoriale doit également être prise en compte : pour mesurer les impacts, il faut changer d’échelle. à l’avenir, il y aura nécessairement une cohabitation de systèmes agroécologiques diversifiés, adaptés aux marchés locaux ou à l’export par exemple, avec davantage d’agriculture biologique. Cela nécessite de repenser la répartition géographique des productions et des modes de productions.

P. A. : La multiperformance peut-elle être réellement atteinte ?

P. G. : La conduite des exploitations, mais aussi la gestion de l’ensemble des filières, devient de fait plus complexe mais des solutions existent. Cela commence par l’intégration des approches multileviers dans l’enseignement agricole. Autre exemple : les formations entre agriculteurs sont à développer afin de décliner les solutions selon la diversité des situations. Le conseil doit également évoluer pour privilégier les analyses stratégiques. Davantage d’innovation est nécessaire car, dans bien des domaines, les solutions de remplacement n’existent pas, coûtent trop cher ou sont insuffisamment efficaces.  Les travaux de recherche doivent identifier les leviers efficaces, mesurer leur contribution à l’amélioration des systèmes et trouver les bons « réglages » pour les combiner. Arvalis a d’ailleurs bien avancé dans cette approche en ce qui concerne la fertilisation azotée. C’est aussi un défi à relever par l’ensemble des organismes techniques et de recherche, en travaillant de manière transversale. Atteindre la multiperformance sera possible si cela fonctionne économiquement. Il faut donc se concentrer sur les solutions viables. Les changements pourront être accélérés si le mode de financement de l’agriculture évolue en tenant compte de toutes les externalités, comme le stockage du carbone, la biodiversité ou encore les risques encourus par les producteurs.

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Commentaires 1

jeremy

les biocontrôles fonctionnent que s'ils sont associés à des molécules chimiques.
Construire des systèmes agro écologiques ne permet pas de contourner l'arrivée de parasites,sans prédateur, du fait des échanges mondiaux .
la production de viande, non seulement les gens en mangent moins, les jeunes deviennent vegan et les élevages actuels souffrent
ces instituts techniques virent de bord pour avoir des subventions d'etat..
l'informatique embarquée sur le machisme agricole est vendue à des prix exorbitant.
le colza associé montre largement ces limites.
beaucoup de théorie, chantier fourre-tout.
et nous pendant ce temps nous devons essayer de gagner notre vie et les marges sont minimes nous fermant la porte à l'innovation.

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