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Vendredi 13/03/2026

La fraise française face aux importations : une filière qui n’a pas à rougir

Publié par Pleinchamp

Fruit symbolique des beaux jours, la fraise consommée en France est produite pour moitié sur le territoire. Le développement de la production nationale se poursuit d’année en année, forte d’une stratégie de différenciation entamée il y a 20 ans et d'un travail de dialogue opportun avec la distribution.

Sur les étals des marchés ou dans les rayons des grandes et moyennes surfaces (GMS), les premières barquettes aux belles couleurs rouge vif font leur apparition. À l’image de l’hirondelle des campagnes d’antan, le retour de la fraise annonce l’arrivée imminente du printemps dans notre société citadine moderne.

Côté production, la profession agricole a su patiemment construire une filière hexagonale pour répondre à la demande. « Nous produisons actuellement 60 000 tonnes sur les 120 000 tonnes consommées chaque année en France. La production de fraises françaises augmente de 2 à 3 % chaque année », chiffre Xavier Mas, le président de l’AOPn Fraise et Framboise de France, et également producteur dans le Lot-et-Garonne, département où se concentre une grande partie de la production française. Dans son ensemble, le Sud-Ouest produit les deux tiers des fraises hexagonales. Le reste se partage entre la Bretagne, le Sud-Est, la région Auvergne-Rhône-Alpes et le Centre-Val de Loire.

Un produit très français

Si la fraise française gagne des parts de marché face à l’import, c’est grâce à un travail de segmentation mené depuis 20 ans par la filière. « Nous avons développé des variétés différenciantes que nos concurrents ne savent pas produire. La gariguette en est un exemple emblématique. Les producteurs n’ont pas eu le choix d'adopter ces variétés, car nous ne pouvions pas nous battre sur les coûts de production d’un produit standard », évoque Xavier Mas.

Cette différenciation se poursuit aujourd’hui avec des variétés toujours plus gustatives. « La variété Dream se développe aujourd’hui. Elle est très bonne et facile à cultiver. Une fois que vous l’avez goûté, en comparaison la gariguette peut paraître plus classique, à l’image de la Golden pour la pomme », détaille Jacky Pécot, ingénieur formation au Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL). Pour cet expert en commercialisation des fruits et légumes, il faut éduquer le client à la consommation de ces produits. « Une fraise, ça se déguste comme un vin. Il faut la sentir, puis prendre le temps d’apprécier le jus quand elle s’écrase dans la bouche. Si vous la mangez en deux crocs, vous n’avez pas toutes ces sensations », recommande-t-il.

Début mars, la récolte de fraise a commencé sur l’exploitation de Xavier Mas dans le Lot-et-Garonne (© X.Mas)

Une relation de confiance avec la distribution

L’atout de la fraise française, c’est aussi le lien que les metteurs en marché ont pu créer avec la distribution. En témoignent les opérations de mise en avant orchestrées l’an dernier lors du pic de production. « Nous travaillons en toute transparence en leur communiquant nos prévisions de récolte et en faisant des mises à jour hebdomadaires des volumes », rapporte Xavier Mas. Un dialogue gagnant-gagnant car, comme le rappelle le président de Fraise et Framboise de France, la fraise représente un produit important en termes d’image mais aussi de volume pour la GMS. « En rayon, il est très primordial d’apporter de la diversité sur le grammage, le packaging ou les variétés », souligne de son côté Jacky Pécot. Étant donné la fragilité du produit, il insiste sur l’importance d’achalander le rayon au fil de l’eau. « Ça n’a plus de sens aujourd’hui de mettre une palette entière en rayon », souligne-t-il.

Trouver le bon modèle

Que ce soit sous tunnel ou serre-verre, la production de fraises hors sol prend de plus en plus d’ampleur en France. Elle représente aujourd’hui 60 % des volumes commercialisés. « Le hors-sol à hauteur d’homme facilite la récolte et réduit la pénibilité. C’est un atout pour trouver de la main-d'œuvre », assure Jacky Pécot. Trouver des bras pour récolter les fraises, c’est bien le principal enjeu que rencontre la filière aujourd’hui.

Si la production en terre a l’avantage d’exprimer des terroirs gustatifs, elle se heurte à cette pénibilité. Les surfaces qui lui sont encore consacrées sont dans la plupart des cas couvertes, notamment en petite serre, type chenille. « Il n’y a presque plus de production de plein champ car la production est trop sensible aux aléas climatiques », précise l’ingénieur CTIFL.

La majorité des fraises françaises sont produites dans des installations hors-sol (© X.Mas)

Se diversifier en fraise, et pourquoi pas ?

Dans ce marché porteur, la fraise peut représenter une production alternative pour diversifier les activités de la ferme. « Le marché de la fraise précoce est déjà bien occupé, mais il y a des relais de croissance à aller chercher sur la fraise ronde de saison », analyse Xavier Mas. Avant de se lancer, il attire l’attention sur la nécessité de trouver un opérateur de mise en marché et d’appréhender les besoins en main-d’œuvre. « La question du coût se pose également. Une multichapelle se chiffre entre 400 000 et 500 000 euros, et il faut ajouter le matériel de production de la première année. Il y a des systèmes de production moins onéreux, mais la mise de fond reste importante. »