Variétés Clearfield : pas vraiment clair...

Raphaël Lecocq

Amazone

A la veille des premiers semis de colza, la Confédération paysanne invite les producteurs à bannir les variétés porteuses de la technologie Clearfield, tolérantes à l’herbicide imazamox de BASF. La firme conteste l’interprétation que fait le syndicat de l’arrêt de la Cour de justice de l’UE et dénonce un procédé d’intimidation.

Du bon usage des variétés Clearfield

Dans son Guide de culture Colza 2018, Terres Inovia rappelle que la vente de variétés de colza tolérantes aux herbicides fait l’objet d’un plan d’accompagnement concerté (instituts techniques, coopératives, négoces, semenciers, firmes phytosanitaires). Il se traduit par une charte de bonnes pratiques au travers de laquelle le semencier, la firme détentrice de l’herbicide et le distributeur s’engagent à fournir un conseil adapté. Celui-ci peut s’appuyer notamment sur l’outil en ligne http://www.r-sim.fr./, développé en collaboration avec Arvalis, l’ITB et l’Acta et proposant des stratégies herbicides pour chaque rotation prenant en compte l’alternance des modes d’action. Elles sont destinées à prévenir les risques de développement de graminées et dicotylédones résistantes  liées à l’introduction de l’imazanox (Cleranda/Cleravis et Cleravo) sur colza, un inhibiteur de l’ALS présentant le même mode d’action que les sulfonylurées et les triazolopyrimidines (Abak, Octogon, etc.).

L’arrêt prononcé le 25 juillet dernier par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) était censé trancher le statut de variétés de colza ou encore de tournesol rendues tolérantes à l’herbicide imazamox par mutagénèse. La CJUE a effectivement tranché, en considérant que les variétés obtenues par mutagénèse après l’adoption de la directive 2001/18/CE, c’est à dire en 2001, étaient considérées comme des OGM, tandis que celles la précédant ne l’étaient pas, au motif que leur antériorité valait innocuité. Les organisations à l’origine de la procédure, dont la Confédération paysanne, se sont réjouies de la décision. « Cet arrêt vient confirmer que les organismes issus de mutagénèse sont bien des OGM », fait savoir la Confédération paysanne dans une lettre ouverte aux producteurs de colza, datée du 3 août.

OGM pour la Confédération paysanne

Poursuivant : « ils ne peuvent échapper à la réglementation que s'ils ont été traditionnellement utilisés pour diverses applications et si leur sécurité est avérée depuis longtemps. Ce qui n'est pas le cas des colzas Clearfield qui doivent eux respecter la réglementation OGM européenne, donc être évalués et étiquetés OGM ». Ce même 3 août, les Faucheurs volontaires étaient passés à l’acte en détruisant une parcelle de semences de prébase cultivées par un agriculteur de l’Hérault pour le compte de RAGT Semences, décrites comme naturellement résistantes à l’orobanche par le semencier. A la veille des premiers semis de colza, la Confédération paysanne invite les producteurs à bannir les variétés porteuses de la technologie Clearfield, tolérantes à l’herbicide imazamox de BASF. Aux mises en garde d’ordre agronomique (résistances à la matière active, problématique des repousses), le syndicat brandit des menaces d’ordres financier et juridique. « « Vous pourriez avoir plus de mal à valoriser votre récolte qui devra être étiquetée OGM. Vous pourriez être juridiquement et financièrement responsable en cas de contamination avérée de cultures voisines », est-il écrit dans cette même lettre ouverte.

Non OGM pour BASF

La réaction de BASF ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué publié le 7 août, l’entreprise affirme que « l’arrêt de la Cour de Justice de l’Union Européenne est clair : les solutions Clearfield utilisent des techniques de mutagénèse exemptées de la réglementation OGM (...). BASF tient à rappeler que toutes ses solutions sont homologuées et respectent bien évidemment la réglementation en vigueur ». Voilà pour l’aspect juridique. Au plan agronomique, la firme soutient que « les solutions Clearfield permettent, entre autres, de lutter efficacement contre les espèces invasives comme l'ambroisie, le Datura ou encore l’orobanche, préjudiciables en termes de rendements ou de santé publique (... ). De plus, en permettant d’intervenir sur des mauvaises herbes déjà levées, la technologie Clearfield redonne de l'autonomie aux agriculteurs en leur permettant de ne desherber que si nécessaire ». BASF indique que « la Confédération paysanne doit cesser les violences et intimidations contre les paysans et l’agriculture française ». Dans le Guide de culture Colza 2018 édité par Terres Inovia, quatre variétés Clearfield, sur un total de 90, figurent dans la liste des variétés évaluées et commercialisées pour la campagne 2018/2019. L’institut technique y réitère les préceptes agronomiques entourant leur usage (voir encadré).

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Commentaires 2

gigi45

La confédération paysanne défend une idéologie, pas les agriculteurs français .

GR

C'est le seul moyen de lutter efficacement contre l'ambroisie... près de chez moi une jeune en set morte il y a quelques années, il n'y avait pourtant pas énormément de cette saleté chez nous. J'ai pu utiliser un tournesol variété Clearfield (cultivées en France depuis 2009) pour implanter des luzernes porte graine sous couvert, sinon, c'était impossible... quel est le problème qu'il soit Clearfield, sinon idéologique... par contre intérêt important pour la santé, et pour d'autres problèmes culturaux. sinon on a ue solution, importer tout notre tournesol en fermant les yeux sur les méthodes de culture

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