Trouver des terres pour s'installer

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Les terres agricoles, un enjeu majeur : panorama du foncier en France

Au centre des attentes sociétales, l’idée d’une agriculture forte, capable de répondre aux enjeux d’une alimentation autosuffisante, voire locale, est revenue au centre des débats. Des enjeux qui permettent également de prendre conscience d’une problématique tout aussi essentielle : l’accès aux terres est indispensable à toute activité agricole. Nous vous proposons d’y voir plus clair en débutant ce guide par un état de lieux.

Chaque année en France, 55 000 hectares de terres agricoles disparaissent au profit d’une artificialisation destinée aux zones commerciales, à l’habitat ou à des infrastructures routières… Ainsi que le rappelle Emmanuel Hyest, président de la FNSafer, ce ne sont pas moins de « 4 à 5 millions d'hectares de terres agricoles qui ont disparu en France depuis 40 ans ». Une raréfaction des terres qui, selon la loi de l’offre et la demande, s’accompagne mécaniquement d’une hausse continue des prix.

Prix moyen des terres en 2019 (Source : Safer)
Prix des terres et prés libres non bâtis

Un tiers des installations en hors-cadre

Près d’un agriculteur sur trois prendra sa retraite d’ici 2030, selon la MSA. Se pose alors la question de la reprise des exploitations car la physionomie des installations a également évolué. « Le modèle d’installation par transmission familiale traditionnel cède progressivement du terrain à des projets « hors cadre familial » qui représentent désormais plus d’un tiers des installations », explique François Beaupère , vice-président à l’Assemblée permanente des Chambres d’agriculture (APCA) et référent pour les dossier liés à l’installation et la transmission.

Par ailleurs, le foncier agricole est également devenu l’objet de spéculations de certains investisseurs avec des intentions parfois bien éloignées de l’agriculture. « Investir dans des terres pour permettre une activité agricole est évidemment une bonne chose. Cependant, nous devons rester vigilants sur une financiarisation à outrance qui, par l’importance des capitaux en jeu, exclurait d’office tout projet agricole », averti Xavier Heinzle, responsable du renouvellement des générations en agriculture (RGA) chez Jeunes Agriculteurs (JA).

Acquisitions des surfaces de marché de 1993 à 2019 (Source : Safer)
"L’achat en propriété n’est plus une nécessité absolue"

Les spécialistes s’accordent à dire que l’on assiste à de profondes évolutions concernant l'accès au foncier agricole, souvent identifié comme le premier frein à l’installation. Franck Pottiez, directeur départemental de l’Aisne chez Cerfrance Champagne Nord-Est Ile-de-France, estime que l’achat en propriété n’est plus une nécessité absolue pour un agriculteur : « Les capitaux nécessaires à l’achat sont devenus trop lourds et peuvent pénaliser la rentabilité des projets agricoles, on observe aujourd’hui un virage d’une logique patrimoniale vers une dynamique entrepreneuriale » . Selon lui, l’acquisition du foncier peut être portée par d’autres acteurs afin de permettre aux agriculteurs de privilégier leurs investissements en faveur de leurs outils de production.

Attention tout de même : « Lorsque l’on parle de terres, on a tendance à évoquer uniquement le foncier non bâti. Mais il faut garder à l’esprit que les bâtiments agricoles constituent également une partie non négligeable de l’outil de production, avec le parc matériel et le cheptel, notamment en élevage », rappelle Pierre Brousseau, directeur d’Altéor Transaction.

Une équation complexe qui illustre parfaitement les évolutions profondes de ce domaine ainsi que les enjeux et les difficultés rencontrées pour accéder au foncier.

Panorama du marché des terres et prés en France en 2019
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