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"Aucun concessionnaire n’a renoncé à dépanner un seul agriculteur"

Raphaël Lecocq

Anne Fradier, secrétaire générale du Sedima
Anne Fradier, secrétaire générale du Sedima (Crédit : Sedima)

Les réseaux de concessionnaires demeurent totalement opérationnels malgré l’épidémie de coronavirus, au prix d’une flexibilité de tous les instants. Mais l’atonie des ventes de matériels va fragiliser grandement la profession, qui en appelle à la solidarité de l’Etat, des constructeurs mais aussi des agriculteurs. Le point avec Anne Fradier, secrétaire générale du Sedima, le Syndicat national des entreprises de services et distribution du machinisme agricole, d’espaces verts et des métiers spécialisés.

Les réseaux de distribution sont-ils en capacité d’assurer leurs missions ?

Anne Fradier : les entreprises ont maintenu leurs services SAV et pièces détachées sur l’ensemble du territoire, y compris dans les zones les plus impactées de la région Grand Est. L’épidémie engendre une réorganisation totale des entreprises avec l’instauration de mesures de sécurité sanitaires pour la santé de des salariés mais aussi des clients. Cela se traduit notamment des ouvertures  magasins réduites ou encore  la mise en place d’une distribution de type « drive ». Mais partout en France, les concessionnaires sont restés ouverts pour répondre à toutes les demandes d’intervention et de réparation des agriculteurs afin qu’ils puissent utiliser leurs machines dans le cadre de leurs travaux agricoles.

"Aucun concessionnaire n’a renoncé à dépanner un seul agriculteur"

L’approvisionnement en pièces détachées est-il assuré ?

A.F. : les constructeurs ont semble-t-il fait le nécessaire pour assurer la continuité du service mais il peut y avoir parfois des difficultés d’acheminement générant des retards de livraison. On s’inquiète des mots d’ordre de grève que l'on a pu entendre chez les transporteurs. Nous rencontrons des difficultés concernant les livraisons assurées par la Poste, qui a réduit ses tournées pouvant ainsi allonger les délais de livraison.

Quel est le taux d’absentéisme des salariés, au nombre de 40 000 dans la profession ?

A.F. : c’est un peu tôt pour le savoir, mais un premier sondage situe entre 20% et 25% des effectifs. La problématique de la garde d’enfants concerne les salariés de tous les services et y compris des techniciens dont les femmes travaillent dans les hôpitaux ou dans le secteur sanitaire et social, ce qui signifie que tous les services sont impactés. Nous avons aussi des salariés qui ont dû cesser leur travail en raison d’une pathologie à risque par rapport au virus. La flexibilité est de mise pour les employés en activité, d’autant plus que la météo interfère et complique encore un peu plus les plannings. Pour ne pas risquer d’altérer la qualité de nos services, nous demandons aux agriculteurs de respecter scrupuleusement les consignes sanitaires que nous avons préconisées à nos techniciens et de leur réserver un bon accueil, c’est très important dans ce contexte anxiogène.

Qu’en est-il de la vente de matériel ?

A.F. : actuellement le service commercial fonctionne essentiellement pour la livraison de matériels commandés avant le confinement mais aujourd’hui il semble que les agriculteurs aient stoppé leurs investissements. La situation est grave car sans activité commerciale, la sortie de crise va être extrêmement complexe. Ce n’est pas l’activité réduite que nous avons aux SAV et au magasin pièces qui permettra de couvrir toutes les charges fixes des concessionnaires et distributeurs. Les aides publiques doivent en priorité couvrir les charges de personnel pour éviter des licenciements car nous aurons besoin des salariés pour redémarrer notre activité.

Quels soutiens réclamez-vous ?

A.F. : nous demandons le soutien de filière, à commencer par les constructeurs. Nous leur avons demandé par l’intermédiaire d’Axema une révision des délais de paiement et des conditions financières acceptables pour les distributeurs afin qu’ils puissent passer le cap ; il nous semble que c’est dans l’intérêt de nos deux professions. Il me revient que certains constructeurs ont commencé à faire un geste envers leur réseau et nous souhaiterions que ces bonnes pratiques se généralisent à tous les constructeurs. L’heure est grave. Si l'on veut maintenir des réseaux au cœur des territoires, il faut que les concédants prennent la mesure de la situation. S'agissant des agriculteurs, nous souhaiterions qu’ils honorent leurs commandes et ne prennent pas prétexte de la crise sanitaire pour ne pas honorer leur engagement en tentant d’annuler leurs bons de commande. Nous leur demandons de continuer à faire travailler nos ateliers non seulement pour les interventions en urgence car c’est difficile de maintenir les ateliers ouverts si nous n’avons pas suffisamment d’heures de travail à fournir aux salariés et bien entendu de régler dans les délais leurs factures correspondantes car nos trésoreries sont très tendues. Dans ce contexte inédit, il faut que tous les maillons fassent preuve de solidarité pour que nous puissions tous nous sortir par le haut de cette crise.

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