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Les constructeurs attendent encore des gages du gouvernement

Raphaël Lecocq

L'usine Massey Ferguson de Beauvais (Oise)
Massey Ferguson

De nombreuses usines ont cessé leur production mais tous les constructeurs s’évertuent à assurer le service après-vente et la fourniture de pièces pour que les matériels en parc soient pleinement opérationnels. Axema, le syndicat des industriels de l’agroéquipement, attend du gouvernement des clarifications, notamment sur les mesures de chômage partiel liées à l‘épidémie de coronavirus. Le point avec son directeur général, Alain Savary.

Alain Savary, directeur général d'Axema

TPE*, PME*, ETI*, multinationales : quelles sont les entreprises de l’agroéquipement opérationnelles ?

Alain Savary : l’annonce du confinement la semaine passée a engendré dans les jours suivants des arrêts généralisés d’activité, à commencer par les plus gros sites industriels. Claas, Kubota, Massey Ferguson ou encore Manitou ont arrêté leurs chaines pour au moins deux semaines. Le mouvement s’est propagé aux ETI et aux PME. Certaines PME et TPE ont poursuivi leur activité. Après le choc psychologique induit par le confinement, des ETI essaient de relancer au moins partiellement certains de leurs sites, avec une activité réduite.

Agriculteurs et éleveurs vont-ils pâtir de l’arrêt des usines ?

A.S. : certaines commandes de machines saisonnières telles que les ensileuses ou les matériels de fenaison risquent de ne pas être livrés à temps. En revanche, les constructeurs mettent tout en œuvre pour que les machines en parc soient opérationnelles. Cette mission est plus facile à réaliser dans la mesure où ces taches de service après-vente ou d’expédition de pièces n’induisent pas le même niveau de promiscuité que sur une chaîne de montage.

Existe-t-il des secteurs en tension ?

A.S. : c’est le cas de la machine à traire, notamment dans le Grand Est. Pour satisfaire un éleveur, il faut que la pièce soit disponible chez le constructeur, que le transporteur puis le distributeur soient opérationnels, que le camion atelier de ce dernier puisse circuler. Si l’un des maillons est défaillant, le service n’est pas assuré. Dans le Grand Est, certaines messageries refusent de livrer autre chose que des produits alimentaires ou pharmaceutiques. Nous avons interpelé la Fédération nationale des transports routiers. Nous sommes tous dépendants les uns des autres. Cela est vrai aussi pour l’approvisionnement de nos usines en pièces et composants.

Les constructeurs sont-ils confrontés au droit de retrait des salariés ?

A.S. : l’agroéquipement n’échappe pas au mouvement général d’inquiétude. Certains salariés ont fait jouer le droit de retrait, même si le ministère du Travail a indiqué que ce droit ne s’appliquait pas au coronavirus, dans la mesure où l'employeur mettait en œuvre les dispositions prévues par le Code du travail et les recommandations nationales visant à protéger la santé et à assurer la sécurité de son personnel, préalablement informé et préparé.

Les entreprises ont-elles des masques à disposition pour leurs salariés ?

A.S. : le manque de masques est un réel problème. Certains constructeurs avaient anticipé et commandé des stocks via leurs réseaux à l’étranger mais les livraisons été interceptées à la frontière, dans le cadre des réquisitions ordonnées par l’Etat. Depuis quelques jours, l’étau s’est desserré et les premières livraisons sont attendues cette semaine. Le Medef s’est donné 48 heures pour évaluer les besoins de toutes les entreprises et de toutes les usines sur le territoire. Un guide des bonnes pratiques réalisé par le Medef et plusieurs syndicats de salariés est en préparation.

Comment la filière va-t-elle ressortir de cette épreuve ?

A.S. : notre priorité, c’est la santé et la sécurité des salariés et la survie de nos entreprises. Dans les jours à venir, il va falloir verser les salaires. Nous attendons des clarifications du gouvernement sur les mesures de chômage technique car selon nos adhérents, leur interprétation par les Direccte** diffère d’un département à l’autre. D’autres points méritent d’être clarifiés, tels que les mesures de sécurité dans les entreprises ou encore les contrôles de circulation à géométrie variable des forces de l’ordre. Tous ces éléments sont de nature à compliquer la reprise d’activité. Nous sommes en contact quotidien avec les ministères de l’Économie et de l’Agriculture. J’ai espoir que les choses se clarifient.

*Très petites entreprises (TPE), Petites et moyennes entreprises (PME), Entreprises de taille intermédiaire (ETI)

** Directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi

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