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La vitiforesterie, ou l’arbre qui cache (mais pas trop) le cep

Raphaël Lecocq

La vitiforesterie, ou l’arbre qui cache (mais pas trop) le cep
Domaine Emile Grelier

La présence d’arbres au sein des parcelles de vignes est porteuse d’atouts agroécologiques. Mais elle-t-elle compatible avec la production de raisin de cuve ? C’est tout l’objet du projet Vitiforest, porté par l’Institut français de la vigne et du vin et plusieurs partenaires.

« Rompre avec la monoculture »

La vitiforesterie, ou l’arbre qui cache (mais pas trop) le cep
Delphine et Benoit Vinet / Domaine Emile Grelier

A Lapouyade (Gironde), Delphine et Benoit Vinet (Domaine Emile Grelier) ont converti leur 8 ha de vignes à l’agroforesterie. Quelque 500 pieds de merlot ont laissé la place à 570 arbres (¾ fruitiers, ¼ feuillus), auxquels s’ajoutent 1.200 m de haies. « Après la conversion en bio, nous cherchions des solutions pour sortir de la monoculture », explique Benoit Vinet. « Des associations naturalistes nous ont mis sur la piste des arbres. L’agroforesterie nous a permis de recréer un véritable écosystème. Elle modifie la conduite de la vigne, au niveau du travail du sol notamment. La conduite des arbres demande aussi de l’attention. Si pertes de production il y a, on ne peut pas les discerner des variations annuelles. Et puis il faut comptabiliser la production de fruits, avec une première récolte significative cette année. Le bois raméal fragmenté fera office d’amendement pour les vignes et le maraichage. L’agroforesterie a très clairement impulsé notre développement commercial car la clientèle est très sensible au concept ».

Cultures intercalaires de céréales entre noyers, noisetiers ou peupliers, cultures maraîchères entre pêchers, chênes truffiers et lavande, oliviers et vignes, prés-vergers, bois et truffières pâturés : telles sont quelques-unes des associations d’espèces et de cultures que recouvre l’agroforesterie. La pratique remonte à l’Antiquité. Nos ancêtres agriculteurs étaient agroforestiers sans le savoir, s’assurant la récolte, au sein d’une même parcelle, de deux denrées alimentaires différentes, sinon la production combinée d’une denrée et de bois. Les animaux d’élevage avaient également leur place dans les systèmes agroforestiers, en se nourrissant des fruits des chênes et des feuilles de frênes. L’agroforesterie est tombée en désuétude dans la seconde moitié du XXème siècle, par souci de simplification, autant technique qu’intellectuelle. La quête de productivité, portée notamment par la mécanisation, a fait table rase de tout ce qui dépassait des épis de blé et de maïs ou des pieds de vigne.

Ecologie fonctionnelle

La vigne est une liane. Et lorsqu’elle n’est pas « domestiquée » par des opérations de taille, elle est susceptible de s’émanciper en s’accrochant à tout support, végétal ou non. Dès l’Antiquité, différentes espèces fruitières et champêtres ont ainsi fait office de tuteur pendant que des légumes ou des céréales profitaient de l’espace vacant entre les rangs. A l’aube du XXème siècle, le phylloxera, les remembrements et la mécanisation ont assujetti la vigne à la monoculture. A l’aube du XXIème, l’agroécologie invite à repenser les pratiques agronomiques. Dans le vignoble, la présence d’une rangée d’arbres tous les 30 m aurait des effets multiples et variés sur l’activité biologique du sol (matière organique, mycorhize), la maîtrise des parasites (auxiliaires), la ressource en eau (exploration racinaire, dépollution), le confort climatique (effet brise-vent et parasol), le stockage du carbone, la valorisation paysagère, sans oublier la production de bois d’œuvre ou de bois énergie. Cette écologie fonctionnelle doit cependant ménager la fonction première de la vigne, à savoir une production de raisin répondant aux impératifs quantitatifs et qualitatifs

La vitiforesterie, ou l’arbre qui cache (mais pas trop) le cep

20 ans de recul

Qu’en est-il de la production de raisin ?L’agroforesterie appliquée à la vigne a comme trait caractéristique le fait d’associer deux espèces pérennes, ce qui exige de la patience pour réaliser des expérimentations. La Chambre d’agriculture de l’Hérault s’y est employée dès 1996 sur un domaine départemental. Des parcelles de syrah et de grenache noir plantées à 2,5 m laissent la place à des deux essences d’arbres que sont le pin pignon et le cornier, plantées à une densité finale de 111 arbres/ha. Les rangées d’arbres sont distances de 15 m, réservant la place à 4 ou 5 rangs de vigne dans des modalités respectives à basse et haute densité. Des parcelles de référence excluent la présence d’arbres. Les mesures ont porté sur la vendange et le poids des bois de taille.

Concurrence azotée

Résultats ? Les quantités récoltées sont légèrement affectées par la présence des pins pignons. Les cormiers provoquent une plus forte concurrence mais elle devient négligeable au delà de 4 m de distance entre les arbres et les vignes. Les conclusions sont similaires sur la taille, avec une pousse moins importante près des arbres mais un effet nul à partir de 5 m de distance. Bien que les sols en présence soient superficiels, la concurrence n'est pas de type hydrique. En effet, les critères d'évaluation de la contrainte hydrique précoce ou tardive ne montrent aucune différence en fonction de l'éloignement du rang d'arbres. En revanche, il existe une concurrence azotée qui coïncide avec les résultats agronomiques et qui n’est pas sans rappeler celle générée par l'enherbement.

La vitiforesterie, ou l’arbre qui cache (mais pas trop) le cep

Aménager une parcelle en agroforesterie

La compétition pour la lumière, pour l’eau et pour les éléments nutritifs concentre l’attention des chercheurs depuis une vingtaine d’années. En 2014, le projet Vitiforest, porté par l’IFV et plusieurs partenaires (Arbres et Paysages 32, Bordeaux Sciences Agro, Cesbio, INRA, Vitinnov) s’est attaché à évaluer le comportement de systèmes agroforestiers dans trois contextes viticolesdu Sud-Ouest (Bordeaux, Cahors et Côtes de Gascogne). En cours de conclusion, ses principaux enseignements sont consignés dans la brochure Itinéraires n°28 - Agroforesterie et Viticulture, publiée tout récemment par l’IFV. Elle constitue un vade-mecum, sinon le premier vade-mecum sur le sujet, à l’adresse des viticulteurs. Les recherches ne sont pas closes pour autant. Le volet économique notamment reste largement à documenter, en intégrant le bénéfice des externalités positives (biodiversité etc.) et la réduction des externalités négatives (réduction des produits phytosanitaires).

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Commentaires 1

digue3942

ce robot n'est plus ni moins qu'un broyeur d'insectes.....

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