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Le champagne : les bulles ne sont plus à la fête

Crédit Agricole SA

Le champagne : les bulles ne sont plus à la fête

Bars et restaurants fermés, mariages reportés, anniversaires confinés, aéroports à l’arrêt, transports internationaux lourdement impactés… la filière Champagne est touchée de plein fouet par la crise du Covid-19. Un impact catastrophique pour ce produit, symbole de la fête et du luxe. Les autres bulles, que ce soient les crémants, le prosecco italien ou le Cava espagnol sont également très impactées.

❙ 100 millions de bouteilles de champagne ne se seraient pas vendues depuis début 2020, soit un tiers du volume écoulé en 2019, en raison de la crise provoquée par le coronavirus ! C’est le triste constat fait par Jean-Marie Barillière, président de l’Union des Maisons de Champagne, le 7 mai dernier. L’effondrement provoqué par l’épidémie de Covid-19 - autour de 80 % des ventes ces deux derniers mois – aurait ainsi déjà fait perdre 1,7 milliard d’euros à la fi lière. Le stock global de champagne serait aujourd’hui estimé à 1,2 milliard de bouteilles, dont un excédent évalué à 400 millions, qui pèse de plus en plus sur les trésoreries mises à mal par la crise. Une crise qui impacte toute la filière du petit viticulteur, vendeur au kilo, au récoltant manipulant négociant, aussi bien que les grandes Maisons.

❙ Le champagne, comme les vins dits tranquilles, a été impacté dès le mois de février par la fermeture du marché chinois et l’arrêt des ventes en duty free sur la zone asiatique. Mais la Chine n’étant pas son principal client, c’est surtout l’arrivée de la pandémie en Europe et la mise en place du confi nement qui a entièrement paralysé la fi lière. Dans les heures qui ont suivi le discours d’Emmanuel Macron, e 16 mars, Moët & Chandon (groupe LVMH) ou encore Piper-Heidsieck ont décrété la fermeture de leurs sites. D’autres grandes maisons avaient même anticipé de vingt-quatre heures les annonces de l’État, à l’instar de Taittinger, Vranken-Pommery, Mumm-Perrier-Jouët (Pernod Ricard), etc. Plus que la baisse d’activité, c’est avant tout la préservation de la santé de leurs salariés qui a guidé la décision des entreprises, la région Grand Est demeurant une des trois régions les plus touchées par le Covid-19.

Un marché GMS en grande souffrance

❙ Le marché français, bien qu’en baisse ces dernières années, représente encore plus de la moitié des ventes de champagne en volume. L’an dernier, sur les 297,5 millions de bouteilles expédiées, les consommateurs français en ont absorbé 141,5 millions, en recul de 4 %. La fermeture des bars et restaurants a donc logiquement impacté toute la fi lière. D’autant que les ventes en GMS (33 % des bouteilles vendues) n’ont absolument pas compensé ces pertes. Plus encore, elles ont littéralement plongé, le consommateur ayant perdu, avec le confinement, le goût pour la fête et des bulles. Dès la mi-mars, les ventes de champagne dégringolent et voient leurs ventes diminuer de plus de 60 % (par rapport à la même période l'an passé) alors que la baisse globale du rayon des vins tranquilles se situait alors autour de - 2 % à - 13 % selon les semaines de confi nement et autour de - 30% pour les autres effervescents. L’autre explication réside dans le mode de commercialisation des effervescents, très dynamiques en hypers et moins présents au sein des drives et des enseignes de proximité, les deux circuits qui résistent le mieux à la crise.

Une situation d’autant plus grave que le réseau GMS commençait déjà à montrer des signes de faiblesse l’an dernier, sous l’effet combiné de la loi Egalim, avec l’encadrement des promotions, mais aussi des « gilets jaunes » et des diverses protestations qui avaient joué en sa défaveur. Lanson-BCC a déjà, par exemple, vu son chiffre d’affaires décliner de près de 10 % en 2019. À l’export, les 2 premiers mois de l’année 2020 faisaient également état d’une situation déjà dégradée avec une perte des ventes de - 11 % en valeur et - 4 % en valeur. La chute concerne en priorité son premier marché, le Royaume-Uni (- 25 % des volumes).

❙ Les autres effervescents, français ou étrangers, sont eux aussi durement frappés par la pandémie. Tous les achats de vins effervescents dévissent, que ce soient les crémants, dont les ventes ont chuté de 30 à 40 % pendant le confinement, mais aussi le prosecco italien ou le cava espagnol. Le prosecco, élaboré selon la technique dite de la cuve close, se boit jeune et n’a pas un pouvoir de vieillissement. La filière envisage donc fortement la distillation d’une partie de la production (en éthanol) pour vider les cuves avant la vendange.

Des mesures drastiques

❙ Pour faire face à cette crise, Le Comité Champagne, qui rassemble vignerons et négociants, a pris une mesure drastique à la mi-mai en suspendant jusqu’au 8 juin le marché des bouteilles vieillies « sur lattes », marché des bouteilles en cours d’élaboration. Objectif : préserver la valeur du stock et éviter un déstockage massif de cette réserve, qui risquerait d’alimenter des ventes de champagne de fin d’année en promotion et donc de provoquer une importante baisse des prix après la crise. Cette suspension concerne un marché annuel de 10 à 15 millions de bouteilles en cours d’élaboration et stockées horizontalement sur des lattes, pendant un à cinq ans.

❙ Autre décision attendue, celle d’une inévitable baisse du rendement à l’hectare pour les prochaines vendanges qui pourrait être décidée par Le Comité Interprofessionnel des vins de Champagne (CIVC). Chaque année, c’est en effet le CIVC qui fixe les rendements maximums et le prix au kilo de la matière première. Un système qui permet efficacement d’adapter l’offre à la demande. Les Champenois n’ont donc pas l’intention, comme d’autres vignobles, de demander une aide à la distillation ou au stockage pour les volumes non-commercialisés. Ils espèrent néanmoins ne pas être les grands oubliés des aides gouvernementales.

❙ Heureusement, la crise du coronavirus survient dans une période d’activité habituellement plus calme pour la filière champagne, les ventes se réalisent principalement sur les quatre derniers mois de l’année. Le déconfinement partiel a d’ailleurs été fêté par beaucoup de Français et a redonné quelques couleurs aux ventes d’effervescents avec une croissance des champagnes (+ 5 %) et des autres effervescents (+ 3 %) sur la semaine du 11 mai (par rapport à 2019).

❙ Ce qui est perdu ne sera toutefois pas bu et la filière attend avec impatience la réouverture des bars et restaurants et la reprise normale des expéditions vers ces principaux clients que sont les Royaume-Uni, le États-Unis et le Japon. Leur seul espoir : que le spectre du coronavirus s’éloigne et que les consommateurs reprennent le goût de vivre, le goût de la fête et celui de la bulle !

Article extrait de PRISME : Agriculture et Agroalimentaire, une affaire d’experts - Juin 2020

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