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Taxe Trump : la filière vin réclame un fonds de compensation en urgence

Sophie CARON

Taxe Trump : la filière vin réclame un fonds de compensation en urgence

A l’occasion du Salon de l’Agriculture, les responsables de la filière vin ont rappelé les conséquences catastrophiques de la mise en place de la taxe Trump sur les vins tranquilles français. Ils réclament un fonds de compensation qui selon eux, doit être mis en place en urgence et non pas au printemps, comme promis par le président Macron.

« Nous avons été condamnés pour un crime que nous n’avons pas commis » s’est exclamé Jean - Marie Barillère, président du CNIV (Comité national des vins à Indication géographique) lors d’une conférence de presse au Pavillon des Vins du Salon de l’Agriculture lundi dernier. L’occasion pour les responsables de la filière de clamer, une nouvelle fois, leur colère contre la mise en place de la taxe « Trump » dont ils se sentent les « victimes ». Une taxe de 25% sur les vins tranquilles de moins de 2l, qui impacte les vins français depuis le 18 octobre en rétorsion aux aides versées à Airbus et jugées illégales par l’OMC.  

Une taxe qui touche une filière déjà très fragilisée par un contexte économique incertain : baisse de la consommation globale de vin ; concurrence forte des vins australiens et chiliens sur le marché chinois ; incertitudes au Royaume-Unis liées au Brexit ; baisse des ventes en GMS, impactées par la loi Egalim ; crise des vins de Bordeaux, et sans compter les conséquences économiques sur le marché chinois si l’épidémie de coronavirus venait à se prolonger.

Des pertes évaluées à 300 M€ sur 2020

Les conséquences néfastes de cette nouvelle taxation se sont très rapidement fait sentir puisqu’elle a entrainé un recul de 17,5% des exportations de vins tranquilles français vers les USA sur le seul dernier trimestre 2019. Bordeaux a vu ses ventes américaines s’effondrer de -36% en valeur sur les 2 derniers mois de 2019 (vs même période de 2018), la Bourgogne de -28%. Des produits qui risquent de se retrouver sur le marché français car « aucun autre pays n’est capable de prendre le relais de ce marché » rappelle Bernard Farges, président de la CNAOC. Cette taxe, qui vient d’être reconduite pour 6 mois, pourrait provoquer la perte de 300 millions d’euros de chiffre d’affaire sur l’année, sur un marché de 1,2 Md€, d’après Jérôme Despey, président du conseil spécialisé des vins de FranceAgriMer. Les professionnels jugent ainsi que 100.000 emplois directs et indirects pourraient être perdus. « Quand la viticulture souffre, c’est toute l’économie locale qui souffre », rappelle Jean-Marie Barillère.

Pour les responsables professionnels, les « coupables » sont clairement identifiés : l’Etat français, responsable d’avoir versé à Airbus ces aides illégales et Airbus lui-même qui continue à toucher ses aides. Dans le cadre de l‘inauguration du SIA 2020, le président à Macron a promis la mise en place d’un fonds de compensation européen pour la fin du printemps. « Trop tard », répondent les professionnels qui estiment que les aides doivent être mises en place tout de suite, en urgence, pour que le flux d’exportation vers les US ne s’arrête pas. « Un marché perdu pour la concurrence est toujours très compliqué à regagner » justifient-ils. La profession craint en effet que les vins français ne soient substitués par des vins d’autres origines, notamment italienne (qui ne sont pas concernés par la taxe) ou encore australienne ou chilienne.

ZNT : pas de sanctions dans l’immédiat

Autre sujet d’inquiétude : la mise en place des ZNT qui va toucher les surfaces viticoles. La filière a obtenu du Président Macron l’assurance que l’arrêté du 27 décembre 2019, qui fixe des distances de sécurité en matière d’utilisation de produits sanitaires, n’entrainerait pas de contrôles à fins de sanction en attendant la rédaction des chartes d’application. Chartes qui devraient notamment permettre de baisser les distances de sécurité si du matériel de pulvérisation approprié (anti-dérive) est utilisé. L’administration fera seulement des contrôles à visée pédagogique, assure Jérôme Despey. En ce qui concerne le glyphosate, la filière a été rassurée par le « pas d’interdiction sans solution » évoqué par le Président.

Jean-Marie Barillère a d’ailleurs tenu à rappeler que la filière viticole était très avancée sur la voie de la transition environnementale. 90% des exploitations certifiées en HVE sont des exploitations viticoles. La filière s’est engagée dans le cadre de son plan filière à avoir 50% des exploitations viticoles en HVE ou Bio d’ici 2025. Tous les intervenants, vignerons indépendants, coopératives, interprofessions, sont en ordre de marche. Cette transition sera toutefois plus compliquée à réaliser au vu des difficultés économiques du moment, prévient Jean-Marie Barillère.

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