Fermoscopie 2019 : « Donner du sens à ses chiffres, pour s’adapter au changement »

C’est un véritable observatoire économique des exploitations agricoles de l’Allier que Cerfrance Terre d’Allier présente chaque année. Une étude complète établie grâce à des données précises, collectées auprès des adhérents.

Réalisée à partir des données des adhérents Cerfrance Terre d'Allier, Fermoscopie possède de solides références. Reflet de tendances des marchés et de l'évolution de la profession, cette étude permet aussi de mesurer l'impact des crises successives et des phénomènes climatiques sur les résultats. Fort de ces repères,  les entreprises agricoles pourront se comparer, se situer et ainsi, entrevoir leurs marges de progrès. Une analyse sur laquelle, Sylvain GIRARD, Président de Cerfrance Terre d'Allier, s'appuie : « Nous avons tous le même objectif : accompagner le développement de nos entreprises. Le dossier économique proposé par Cerfrance Terre d'Allier permet de vous positionner par rapport à ces références. C'est une opportunité pour détecter vos pistes d'amélioration, et pouvoir vous appuyer sur vos points forts ». S'adapter aux changements tout en bénéficiant de la dynamique du progrès : un véritable challenge pour les exploitations !

La répartition des entreprises, issues de notre échantillon de 1 575 exploitations, reste stable avec une dominance élevage allaitant. 86% des exploitations détiennent des bovins viande. Quelles seront donc leurs évolutions à terme ? Les exploitations devront-elles se spécialiser ou, au contraire, tendre vers la diversification ?

Du fait de la sécheresse, nous sommes cette année sur une baisse marquée des résultats sur l'ensemble des productions. En effet, les agriculteurs ont dû avoir recours à des achats importants de fourrages, d'aliments mais aussi de paille (alimentaire et litière).

Les stratégies mises en œuvre ont été différentes d'une exploitation à l'autre :

-       Certains ont préféré acheter suffisamment de fourrage pour maintenir les ventes, en nombre mais aussi en poids. L'objectif de production est majeur, mais il est nécessaire de connaître le coût de production de ces derniers kilos.

-       D'autres ont choisi de décapitaliser et vendre plus précocement leurs animaux pour limiter les achats extérieurs. Il faut s'assurer, malgré tout, dans cette stratégie, de sortir des animaux adaptés à la demande des opérateurs filière pour ne pas pénaliser les prix de vente.

La réflexion sur l'adaptation aux changements climatiques et aux années atypiques, nous a paru être un sujet à approfondir. C'est pourquoi, nous avons mobilisé Nathalie VELAY, Responsable du service Etudes et Références de l'Alliance Massif Central, pour nous éclairer sur cette question. Au travers de l'analyse des comptabilités depuis 2011, elle va nous expliquer les différentes voies d'adaptation et leurs impacts sur les résultats. Cinq stratégies ont pu être définies :

-       l'agrandissement à cheptel identique,

-       la désintensification (réduction du cheptel),

-       l'intensification,

-       l'ajustement

-       le non changement.

Quelles sont les stratégies les mieux adaptées à votre structure ?

Comme si la situation climatique n'était pas suffisante, les prix, que ce soit pour la viande bovine ou les céréales, n'étaient pas au rendez-vous. La conséquence est donc une perte de produits et un surplus de charges, qui induisent une baisse de la marge, une dégradation de l'EBE et du résultat. Selon les productions, la baisse est de 12 000 € à 25 000 €, c'est autant de revenu disponible qui disparait au détriment des prélèvements privés et/ou de la trésorerie.

La production ne permet plus d'assurer tous les besoins : les prélèvements privés de la famille, les remboursements d'annuités et la constitution d'une épargne de précaution. C'est le constat de ces 2 dernières années.

Se pose donc la question de la priorité des investissements et leur mode de financement. En effet, le rapport annuités / EBE oscille entre 54 % et 88 %. Ce pourcentage atteint un niveau trop élevé et  trop risqué, surtout lors d'année comme celle-ci. Au vu de ce graphique, deux questions émergent : Est-ce que les exploitations de l'Allier possèdent des leviers pour faire progresser leur EBE, sans parler d'augmenter leurs prix de vente ? Faut-il avoir à terme une autre approche du financement des investissements : « l'outil de production doit-il appartenir à l'agriculteur » ?

Cette question fait écho à un phénomène de capitalisation marqué et observé depuis 10 ans. En effet, les exploitants détenaient en 2018, 80 000 € de plus de capitaux qu'en 2007 ... des capitaux qu'il faut financer. Par conséquent, on remarque une hausse proportionnelle du taux d'endettement des structures agricoles, passant de 41 % à 51 % en 2018.

Situation financière et analyse de risque

La force ou la fragilité d'une entreprise est la résultante d'une combinaison de facteurs : conjoncturels, choix techniques, investissements, besoins personnels... Même si la situation se stabilise, les exploitations se fragilisent : 30 % des structures sont en situation de risque dont 20 % en « danger ». Dans ce cas, un accompagnement spécifique est nécessaire, pour trouver dès que possible, des solutions avec les principaux créanciers dont les organismes bancaires.

Restons positif !

Malgré tout, 67% des exploitations de notre échantillon sont en situation saine, avec des voyants économiques et financiers au vert. C'est ce que nous avons souhaité montrer au travers de l'analyse des structures les plus performantes. Elles ont un EBE / ha et un EBE / Unité de Main d'Oeuvre supérieur à la moyenne. Ce qui ressort de cette analyse est la capacité pour ces exploitants à générer du produit sans engager de charges opérationnelles supplémentaires soit au travers :

-       de la valorisation (contrats ...)

-       de la conduite via une bonne technicité (peu de pertes, pas d'animaux improductifs ...).

Ces exploitants ont aussi une productivité plus importante :

-       productivité du travail tout d'abord avec + 13 vêlages / UMO ou + 70 000 litres de lait produit / UMO

-       mais aussi une meilleure productivité animale : + 50 agneaux vendus avec un effectif de brebis moindre pour les plus performants.

De plus, ces exploitations ont engagé un travail de fond sur la conduite alimentaire pour optimiser et permettre une efficacité du système dans son ensemble. Enfin, l'un des leviers à mobiliser pour limiter les charges fixes est le calibrage des investissements et plus particulièrement le parc matériel.

Il existe encore des axes de travail, des stratégies à engager à la fois sur la réduction des charges mais aussi et surtout sur la recherche de produit et de valeur-ajoutée. Nous sommes là pour vous accompagner, individuellement ou collectivement sur ces réflexions. N'hésitez pas à contacter vos interlocuteurs Cerfrance Terre d'Allier.

Sabine Michel et Sébastien Joly