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Mardi 17/02/2026
Adhésion de l’Ukraine : les conséquences pour la PAC
Politique majeure de l’Union européenne, la PAC devra être adaptée en cas d’adhésion de l’Ukraine. Un rapprochement progressif pourrait permettre de limiter les dégâts pour les agriculteurs européens.
L’adhésion des pays candidats à l’Union européenne, en particulier de l’Ukraine, serait un défi majeur pour la PAC. Première conséquence : un bouleversement budgétaire.
Selon une étude du comité des budgets du Parlement européen, l’élargissement à 35 membres entraînerait une hausse de 22 % de l’enveloppe de la PAC si elle se poursuivait dans les modalités actuelles.
Pour limiter cette augmentation, les allocations aux états membres seraient réduites de 15 %. En tant que premier bénéficiaire de la PAC, la France serait particulièrement lésée, puisque son budget reculerait de 18 %. Elle serait détrônée par l’Ukraine qui deviendrait de loin le premier pays receveur.
L’intégration des pays des Balkans ne semble pas poser de problème majeur, d’après une note publiée par le think tank Agridées. Elle pourrait se faire dans des conditions similaires à celles des pays d’Europe centrale et orientale (PECO) au début des années 2000. Dans ces pays, les agriculteurs ont accédé progressivement aux aides directes de la PAC.
Cependant, l’Ukraine, à cause de son poids sur les marchés et de la structuration hors normes de ses filières, pose des difficultés inédites. « La question de l’adhésion n’est pas simple en Ukraine non plus, les producteurs s’interrogent sur les bénéfices qu’ils vont en tirer au regard des nouvelles contraintes qui leur seront imposées », a expliqué Olga Trofimtseva, ancienne ministre de l’Agriculture en Ukraine, lors d’une conférence organisée le 26 novembre.
Incompatibilité des aides
D’après la note, le modèle des agro-holding, ces sociétés financières qui louent des terres à de petits propriétaires, n’est pas compatible avec l’aide au revenu telle qu’elle est conçue dans la PAC. De plus, ces exploitations tirent une forte valeur ajoutée de leur production, ce qui questionne la nécessité de les soutenir avec des fonds européens. « Seule une petite partie des exploitations ukrainiennes a le profil des exploitations européennes », soulignent les auteurs. La PAC pourrait cependant bénéficier à l’Ukraine par son approche de développement rural, qui sous-tend actuellement le second pilier.
Tout bien pesé et compte tenu des risques pour l’agriculture européenne, l’adhésion de l’Ukraine « pourrait difficilement être classique », soulignent-ils. Les auteurs listent trois pistes pour un rapprochement UE-Ukraine : « encadrer l’impact concurrentiel des agro-holdings ukrainiennes », « anticiper un soutien innovant aux zones intermédiaires fragilisées par l’élargissement » et « construire pour l’Ukraine un cadre spécifique d’intégration différentielle ». Ils rappellent que l’entrée d’un nouvel État-membre est progressive et adaptée à chaque cas.
Ainsi, ils invitent à imaginer une nouvelle forme « d’amarrage » pour l’Ukraine. Autrement dit, une coopération plus étroite sans aller jusqu’à l’adhésion pleine et entière dans l’immédiat.