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Vendredi 13/02/2026
Agriculture numérique : robotique, plateforme et outils connectés à bout de souffle
Après avoir connu une dynamique florissante et quelques grands succès, le secteur de l’agriculture numérique français voit le nombre d'entreprises diminuer depuis 2021. Si la robotique et les spécialistes des plateformes sont particulièrement touchés par le phénomène, les éditeurs d'outils de conseil et de gestion affichent eux une meilleure forme.
Entre 2010 et 2020, le nombre d’entreprises et de start-up dédiées à l’agriculture numérique a explosé, passant de 50 à plus de 300 en France. C’est ce qu’ont pu recenser Pierre Labarthe, directeur de recherche en économie au sein de l'Inrae, et son équipe, dans le cadre du projet OccitANum. Le chercheur en présentait les résultats lors de la journée ESA Connect à Angers le 5 janvier dernier. Mais cette folle dynamique connaît aujourd’hui un sérieux contrecoup. La cartographie de l’écosystème numérique agricole créée par l'équipe de Pierre Labarthe met en évidence une explosion de la bulle du numérique depuis 2020. Entre 2022 et 2024, ce sont chaque année près de 20 cessations d’activités qui ont été recensées. Une tendance qui se poursuit dans une moindre mesure en 2025.
Côté rachat, la tendance est à la concentration avec en moyenne annuelle cinq rachats de structures dédiées au numérique agricole depuis 2020. Fin de l'âge d’or donc pour ce secteur si particulier. Pierre Labarthe évoque les premières brèches qui ont conduit à cette situation : « Il y a eu quelques faillites importantes, mais aussi une baisse de l’investissement public et privé. »
Du côté des utilisateurs, l’engouement n’a pas atteint les niveaux souhaités. « Les études sur l’adoption de ces outils par les agriculteurs, par exemple les OAD de pilotage de la fertilisation azotée, montrent une stagnation », détaille le chercheur.
Les outils de conseil bien installés dans le paysage
Pour autant, les difficultés rencontrées par le marché du numérique ne sont pas généralisables à l’ensemble des acteurs. Les équipes de Pierre Labarthe ont ainsi réparti les entreprises selon trois catégories communément reconnues : les équipements d’application au champ, les outils de conseils et de gestion, et les plateformes de mise en relation.
Selon les observations réalisées dans le cadre de la cartographie de l’écosystème numérique, ce sont les OAD et les logiciels de gestion et de conseils qui souffrent le moins de la situation actuelle. « Ce sont des acteurs qui étaient présents, tels que les coopératives, les instituts techniques ou encore les chambres d'agriculture, qui ont incorporé du numérique dans le conseil », évoque-t-il. Ce secteur a la particularité d’imposer, via les demandes de traçabilité de l'aval des filières, l’adoption de ces outils aux agriculteurs. « Ils ont des rentabilités directes faibles », analyse le chercheur.
La robotique à la peine
Les matériels d’opération directe sur le terrain en lien avec le numérique connaissent des fortunes diverses. Dans cette catégorie, incluant les drones et les technologies embarquées, ce sont les entreprises spécialisées dans la robotique qui connaissent le plus grand nombre de liquidations. La disparition de Greenshield, le spécialiste français du désherbage laser, mais aussi des capteurs embarqués, en est un exemple concret. Autre phénomène marquant, les spécialistes des capteurs, notamment les stations météo connectées, sont face à un phénomène de rachat important par des entreprises de taille moyenne. Récemment, cette dynamique s’illustre par le rachat de Sencrop par Isagri.
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Les spécialistes des plateformes en plein doute
La troisième catégorie, celle regroupant principalement les start-up et spécialistes du numérique à l’origine des plateformes numériques, voit ses acteurs disparaître. Les outils dédiés à la mise en relation des agriculteurs, mais aussi ceux développés pour permettre aux agriculteurs de vendre leur production sont particulièrement concernés par les cessations d'activités. Le rachat en 2025 de La Ruche qui dit oui, acteur iconique de l’agriculture numérique française, par l'espagnol CrowdFarming, en est un exemple très concret.
Quel est le vrai coût de l’agriculture numérique ?Enseignante-chercheuse en économie à l’ESA d’Angers, Maha Ben Jaballah a réalisé une étude sur les coûts afférents des outils numériques dédiés à l’agriculture. Dans les coûts afférents, elle inclut tous les abonnements, mises à jour ou encore maintenances payés par l’agriculture hors coût d’achat initial. Résultat, pour ces outils numériques, 70% de l’argent mis sur la table par les agriculteurs représentent des coûts afférents. Pour les logiciels de gestion en production végétale, l’abonnement représente même 100% du coût. Pour les outils d’exécution liés à l’élevage, par exemple les robots de traite, le prix initial représente 30% du coût, auquel il faut ajouter 22% pour l’installation et la construction. Plus de 50% du coût est donc dédié à la maintenance, la formation, l’accès aux données, les accessoires, le support technique ou encore les mises à jour. |
