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Jeudi 12/02/2026
« Grâce à l’agrivoltaïsme, l’agriculture pourrait produire autant d’électricité que le nucléaire »
Face à l’électrification des usages et dans l’objectif de décarbonation des énergies, l’agriculture peut jouer un rôle majeur dans le mix énergétique français. C’est l’avis de Christian Dupraz, pionnier des recherches en agrivoltaïsme.
Trois cent mille hectares cultivés sous des panneaux photovoltaïques, soit environ 1% de la SAU française, produiraient autant par an que l’ensemble du parc nucléaire national. C’est le constat que dresse le chercheur Christian Dupraz, spécialiste de l’agrivoltaïsme à l’Inrae. « Il ne s’agit pas de choisir l’un plutôt que l’autre, mais cela montre que le potentiel de production en agrivoltaïsme est extrêmement important », affirme le chercheur.
Le 5 février, il était invité au colloque « Etat de l’agriculture 2026 » sur la place de l’agriculture dans le futur bouquet énergétique de la France, organisé par l’Académie d’Agriculture de France et le Crédit Agricole.
Pour le chercheur, l’agrivoltaïsme est la manière la plus efficace de produire de l’énergie décarbonée sur les fermes, tout en ayant des bienfaits sur les cultures ou sur les animaux. « Il existe désormais de nombreux sites de recherche mis en place en collaboration avec les agriculteurs et les entreprises de photovoltaique, qui ont démontré ces effets vertueux », rappelle-t-il.
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La France en retard
Christian Dupraz et son équipe sont à l’origine du tout premier prototype expérimental mondial en agrivoltaïsme, installé à Montpellier en 2009, et ont produit la première publication scientifique sur ce sujet en 2011. Depuis, plusieurs centaines de publications paraissent chaque année dans de nombreux pays. En Chine, en Inde, au Japon ou aux Etats-Unis, le nombre d’installations agrivoltaïques explose.
« La France a du retard sur le sujet », déplore Christian Dupraz. D’ailleurs, la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), feuille de route énergétique de la France jusqu’en 2035, dont le décret doit être publié ce vendredi 13 février, révise à la baisse les objectifs de déploiement de l’éolien terrestre et du solaire photovoltaïque, par rapport à ce qui était envisagé dans de précédentes versions.
Partager le gâteau
Afin de limiter une concurrence trop forte avec la production agricole, le cadre réglementaire de l’agrivoltaïsme a été édicté en France par la loi Aper en 2023. Celle-ci stipule bien que le caractère agricole de la parcelle doit rester prioritaire et que l’installation de panneaux solaires doit apporter un service supplémentaire à la production (amélioration du potentiel et de l'impact agronomiques, adaptation au changement climatique, protection contre les aléas ou amélioration du bien-être animal). Il fixe à 40% le taux maximal de couverture des sols par les installations agrivoltaïques. La moyenne de rendement par hectare doit être supérieure à 90% de la moyenne du rendement par hectare comparativement à une zone témoin ou à un référentiel.
Mais l’acceptabilité sociétale, y compris au sein de la profession agricole, demeure vive, avec notamment la question du partage de la valeur. Ces dernières années ont été les témoins d’un véritable boom du nombre d’entreprises proposant des installations agrivoltaïques. Moins de 200 projets sont véritablement entrés en exploitation, tandis que plus de 1000 sont en instruction. Or, « le gâteau est limité », alerte Christian Dupraz. « Aujourd’hui, plus d’un million d’hectares sont pré-contractualisées par des agriculteurs avec des électriciens pour faire des centrales agrivoltaïques, indique-t-il. On sait qu’on fera maximum 100 000 hectares d’ici 2050. Il va donc y avoir énormément de frustrations, de déceptions et de conflits. »
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La révolution du stockage
Comment partager ce fameux gâteau ? Le chercheur évoque plusieurs pistes. « On peut imaginer avoir à la fois quelques grandes centrales proches des postes sources du réseau, avec une électricité très compétitive, mais on peut aussi imaginer de nombreuses petites centrales, sur tout le territoire, loin des postes sources, en autoconsommation ou en consommation collective, qui permettront de décarboner les fermes, y compris en faisant de la synthèse d’engrais azotés, qui est le poste majeur des émissions de carbone de l’agriculture. Or, on sait faire de l’engrais azoté avec de l’électricité ».
L’autoconsommation collective, dont le cadre réglementaire a été élargi en 2025, « est l’une des meilleures manières d’augmenter l’accessibilité sociale de ces énergies, puisqu’elle permet à tous les voisins de bénéficier d’une électricité moins chère », note Christian Dupraz.
Enfin, le chercheur pointe de véritables ruptures technologiques concernant le stockage de l’électricité. « On assiste à l’émergence des batteries sodium-ion pour le stockage de courte durée et des batteries manganèse-hydrogène pour le stockage de longue durée, qui ne nécessitent pas de terres rares », note-t-il. Des avancées technologiques qui pourront permettre de pallier l’un des principaux défauts des énergies renouvelables : l’intermittence.