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Vendredi 06/02/2026
La robotisation, c’est pas (encore) automatique
[GOFAR Tour 2026] Alors que l’offre ne cesse de s’élargir et semble en phase avec de multiples problématiques de terrain, les robots demeurent encore à l’orée des champs. Mais plus pour très longtemps selon leurs promoteurs, qui pointent l’impensé de l’intégration dans les fermes.
« Cela fait 10 ans que la robotique agricole est installée à l’échelle mondiale, un peu plus de 15 ans pur certains. Pour autant, il n’y a pas des robots partout dans les champs. Pourquoi ? ». C’est ainsi qu’Aymeric Barthes a démarré son intervention le 5 février au Field Day France à l’Agrobiopôle de Toulouse (Haute-Garonne), étape française du GOFAR Tour 2026. En tant que président du GOFAR (Global organization for agricultural robotics), l’association en charge du développement des robots agricoles, et ex-CEO de Naïo Technologies, qu’il avait cofondé en 2011, Aymeric Barthes est un observateur averti de l’écosystème robotique. Et on imagine logiquement qu’il a quelques éléments de réponse.
Pas d’effet de mode
Le spécialiste évacue d’emblée « l’effet de mode » qui aurait voulu que, des start-up aux multinationales en passant par les PME et ETI, les constructeurs conçoivent des robots en vertu du seul fait que la technologie le permettait. « Le monde entier s’est lancé dans la robotique parce que le besoin est prégnant », affirme qu’Aymeric Barthes, évoquant en premier lieu la problématique de la main d’œuvre, « commune à tous les pays ». « Automatiser les tâches été le point d’ancrage du "pourquoi" de la robotisation ». Et de citer également le besoin d’être plus précis pour produire plus, la nécessité de réduire les impacts sur l’environnement ou encore le changement climatique, le tout créant une « convergence » de paramètres.
Les solutions robotisées en pleine croissance
Encore faut-il savoir de quelles solutions robotisées on parle. Le président du GOFAR distingue deux catégories, à savoir les technologies embarquées sur un tracteur conventionnel, autrement dit le smart farming et de l’autre les solutions automatisées sans pilote. « Les premières sont en pleine croissance, car elles s’intègrent directement sur les tracteurs, changent un peu les habitudes mais ne créent pas de grosses ruptures. La marche est moins élevée, moins contraignante et les produits ont fait leurs preuves, à l’usage comme en retour sur investissement », souligne Aymeric Barthes.
« Le robot ne remplace pas un tracteur »
C’est du côté des robots que le bât blesse. « Le robot ne remplace pas un tracteur » a-t-on entendu dans les bouches de nombreux constructeurs présents au GOFAR Tour. Il est peut-être là le malentendu, du tout du moins dans l’esprit des éventuels candidats à l’investissement. « Il ne remplace pas un tracteur mais il remplace des fonctions et crée de nouvelles fonctions. Il créée aussi de nouvelles contraintes et astreintes qu’il faut expliciter », précise Aymeric Barthes qui pointe l’impensé de l’intégration des robots dans les champs, appelant tout l’écosystème, des constructeurs aux distributeurs en passant par les conseillers à « changer d’approche et à passer à une maturité supérieure » ainsi qu’à générer des références pratico-pratiques et technico-économiques à valeur d’exemple et de démystification. A noter que la problématique de l’investissement n’est citée par aucun acteur comme étant un frein à l’adoption, tant du côté des constructeurs que du conseil, sous-entendant que tout robot est potentiellement amortissable.
Pour imager l’intégration du robot, le cas robot aspirateur domestique a été cité en exemple : le robot est complémentaire de l’aspirateur à main, qui n’a pas disparu des habitats dotés d’un automate. Plus proche de la réalité agricole, le cas emblématique du robot de traite a été aussi évoqué. « Le robot de traite, c’était complexe d’en vendre parfois et même une folie de l’acheter au début, a rappelé Aymeric Barthes. Aujourd’hui, c’est presque devenu une folie de s’installer en élevage laitier sans automatisation. C’est probablement ce qui attend la robotique de plein champ ».

