Téléchargez la nouvelle application Pleinchamp !
Jeudi 20/08/2026

[Bovins] Maladies vectorielles - Comprendre, surveiller et agir face aux nouvelles menaces

Publié par GDS 23

Les arboviroses : La découverte dans l’est de la France et les pays limitrophes d’un nouveau virus sur les bovins, transmis par des insectes vecteurs, vient rappeler notre vulnérabilité face à ces pathologies émergentes.

On appelle arboviroses (pour « arthropod-borne viruses ») des maladies transmises par des arthropodes vecteurs à des mammifères. Elles représentent un défi sanitaire et économique majeur pour l'élevage moderne. Longtemps considérées comme des épisodes lointains ou exotiques, des pathologies comme la Fièvre Catarrhale Ovine (FCO) se sont durablement installées sous nos latitudes. Pour les vétérinaires praticiens et les éleveurs, la gestion de ces crises ne relève plus de la simple veille ponctuelle, mais d'une stratégie globale alliant biosécurité, observation clinique rigoureuse, statut sanitaire de cheptel et vaccination.

De nombreuses familles de virus en cause…

Plus de 500 virus appartenant à plusieurs familles sont responsables d’arboviroses touchant aussi bien les humains que les animaux :

  • Togaviridae, le plus connu étant le chikungunya,
  • Flaviviridae, virus responsables de la fièvre de West Nile, de la dengue, du Zika ou de l’encéphalite à tiques,
  • Rhabdoviridae, dont le virus de la stomatite vésiculeuse,
  • Reoviridae et plus spécifiquement le genre Orbivirus avec de nombreux virus touchant les ruminants dont le virus de la Fièvre Catarrhale Ovine (FCO) ou Bluetongue virus (BTV), et le virus de la Maladie Hémorragique Épizootique (MHE),
  • Bunyaviridae, avec les virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo (identifié pour la première fois dans les Pyrénées-Orientales en 2023), de la fièvre de la vallée du Rift, de Schmallenberg et le nouveau virus identifié dans l’est de la France et les pays limitrophes (cf. encadré).

La variabilité génétique de ces virus est très importante, ce qui explique l'émergence régulière de nouveaux sérotypes capables de contourner en partie l'immunité croisée des populations animales.

… et de nombreux vecteurs dont les culicoïdes

La transmission de ces arboviroses se fait de manière tout à fait exceptionnelle et marginale par contact direct entre animaux et parfois par passage transplacentaire pour certaines souches. Elle dépend principalement de vecteurs : moustiques, tiques, petits diptères de la famille des Ceratopogonidae, les culicoïdes. Ils mesurent 1 à 3 millimètres et seules les femelles adultes sont hématophages (besoin de repas de sang pour la maturation de leurs œufs). Leur activité s'accroît nettement lorsque les températures à l’aube et au crépuscule se radoucissent (généralement au-dessus de 10 - 15°C). Les femelles pondent dans des milieux humides riches en matière organique (boues, bouses de ruminants, sols piétinés). Bien que piètres voiliers par eux-mêmes, les culicoïdes peuvent être transportés sur des dizaines, voire des centaines de kilomètres par les vents dominants en altitude, expliquant les fulgurances de diffusion de certaines épizooties.

Une émergence liée au changement climatique et aux voyages internationaux

Historiquement cantonnées aux zones tropicales ou subtropicales, les arboviroses profitent des déplacements, animaux ou humains contaminés ou marchandises qui diffusent des vecteurs (conteneurs de fleurs par exemple). Avec les conditions environnementales et climatiques en pleine mutation, ces vecteurs voient leur aire de répartition s'élargir et leurs périodes d'activité s'allonger en raison de la douceur des températures.

Des enjeux économiques et réglementaires

Au-delà de la souffrance animale et des pertes liées à la baisse de production ou à la mortalité, les arboviroses impactent lourdement la commercialisation des animaux. Certaines maladies étant réglementées, la mise en place de zonage par les autorités sanitaires européennes et nationales bloque ou complexifie l'exportation et les transactions d'animaux vivants. Plus globalement, l'apparition régulière de nouvelles souches ou de nouveaux variants maintient la filière élevage sous tension permanente.

Le rôle en première ligne du binôme Éleveur-Vétérinaire

La détection précoce est la clé absolue pour limiter la diffusion des virus au sein d’un cheptel et soulager les animaux. Les premiers symptômes des arboviroses sont souvent peu spécifiques et se recoupent largement : hyperthermie soudaine (souvent supérieure à 40°C), abattement, chute de production avec effondrement brutal des performances laitières et amaigrissement rapide, parfois atteinte digestive, cutanée ou neurologique. Les symptômes rétrocèdent la plupart du temps en quelques jours, certains animaux plus faibles mourant de complications. L’impact principal est le plus souvent sur la fonction de reproduction : avortements, stérilité, malformations fœtales… Le diagnostic différentiel par PCR en laboratoire devient alors indispensable pour qualifier précisément l'agent pathogène en cause.

Stratégies de lutte et perspectives d'avenir

Face à des maladies vectorielles impossibles à éradiquer totalement de l'environnement, la riposte s'organise autour de trois piliers fondamentaux :

  1. La vaccination ciblée, quand elle existe. C'est l'outil préventif le plus efficace car elle permet de réduire l'intensité des symptômes, de diminuer la charge virale circulante et, dans certains cas, d'obtenir des levées de restrictions de mouvements pour les cheptels vaccinés. Elle fonctionnera d’autant mieux que le cheptel est en bon état sanitaire.
  2. La gestion des vecteurs : elle est difficile à grande échelle même si l'usage d’insecticides sur les animaux et le traitement des moyens de transport peuvent réduire la pression des vecteurs à des moments stratégiques.
  3. La biosécurité et la surveillance active : une déclaration rapide de tout cas suspect par l'éleveur à son vétérinaire sanitaire, avec isolement des malades, permet une réactivité immédiate des autorités sanitaires.

Une gestion complexe et amenée à évoluer

La gestion des arboviroses des ruminants illustre parfaitement la complexité de la médecine vétérinaire moderne, à la croisée de l'écologie, de l'économie et de la santé publique animale. La présence de nombreuses maladies dans les pays du pourtour méditerranéen et au-delà démontre l'obsolescence des barrières géographiques traditionnelles. Seule une collaboration étroite, transparente et proactive entre les éleveurs, sentinelles de terrain, les vétérinaires, experts du diagnostic, et les autorités sanitaires, en charge de la gestion de ces émergences, permettra d'amortir les chocs sanitaires futurs et de préserver la pérennité de nos filières d'élevage. Pour plus de renseignements, n’hésitez pas à nous contacter ou votre vétérinaire.

Un nouveau virus identifié dans l’est de la France

Début juillet 2026, les vétérinaires du secteur ont observé un nombre important de vaches laitières présentant des symptômes peu spécifiques : fièvre, abattement, baisse de production, diarrhées aigües. Les mêmes symptômes étaient décrits en Suisse et en Allemagne. Les premiers examens sur les selles n’ayant rien révélé, des prélèvements sanguins ont été envoyés à l’École Nationale Vétérinaire de Toulouse. Il a été détecté un orthobunyavirus, proche du virus Shamonda et apparenté au virus de Schmallenberg. Les vecteurs principaux seraient des culicoïdes.

L’origine de cette émergence virale est inconnue à ce stade mais suggère :

  • Une relation directe avec l’activité vectorielle, en lien avec les conditions climatiques, tous les membres de cette famille virale présentant une diffusion par les culicoïdes.
  • Une gravité médicale faible à court terme, mais qui pourrait être plus significative, dans les prochains mois, pour les vaches infectées en cours de gestation.

Compte-tenu du caractère vectoriel de cette maladie, il est probable qu’elle se diffuse dans la France entière. GDS Creuse est associé à un programme de surveillance de l’activité des culicoïdes, piloté par le Cirad et GDS France, avec des piégeages tous les 15 jours sur le département.

Une nouvelle feuille de route sanitaire au niveau européen

Le 7 juillet 2026, la Commission Européenne a adopté la stratégie de l’UE en matière d’élevage. L’objectif est de garantir, à l’horizon 2040, un secteur de l’élevage résilient, compétitif, durable et ancré dans les territoires. Plusieurs objectifs ont été fixés :

  • Développer une véritable politique européenne de gestion des risques.
  • Ériger la santé animale en pilier de la résilience européenne, en mettant l’accent sur la surveillance et la détection précoce, le renforcement de la biosécurité et le rôle accru de la vaccination. La Loi Santé Animale devrait évoluer dans ce sens.
  • Reconnaissance du rôle central des services vétérinaires et de la gouvernance sanitaire.

Dr Boris BOUBET – GDS Creuse – www.gdscreuse.fr