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Lundi 10/08/2026

Comment dépolluer l’eau potable et à quel prix ? Un rapport à fleur d’eau

Publié par Pleinchamp

Un rapport interministériel prône la combinaison de solutions préventives et curatives adaptées à chaque situation de pollution, moyennant un surcoût annuel, pour la Nation, compris entre 6,15 et 11,3 milliards d’euros, selon le périmètre de la dépollution, eau potable – sols – milieux, et l’éventualité d’un durcissement futur des normes applicables aux PFAS.

« La prise en compte récente des PFAS a agi comme un révélateur et un point de bascule ». Telle est la phrase-clé d’un rapport d’inspection interministérielle (CGAAER – Agriculture, IGAS - Santé, IGEDD – Ecologie) consacré à la dépollution de l’eau potable. Les PFAS sont des composés ou per- et poly-fluoroalkylés, au persistants, mobiles et bioaccumulables, et dont la stabilité chimique dans l’environnement leur vaut la qualification de « polluants éternels ». Potentiellement une bombe sanitaire à retardement. Bien que les effets des PFAS sur la santé humaine restent encore à documenter, ces substances sont soupçonnées d’être cancérogènes, perturbateurs endocriniens, de favoriser l’obésité et le diabète, d’affecter la fertilité ou encore le développement du fœtus.

Cette famille chimique recèle des milliers de molécules, dont 600 font l’objet de multiples usages : imperméabilisants pour les cuirs et textiles, papiers et emballages traités, enduits pour textiles et peintures, autres produits tels que les détergents, biocides (appâts pour fourmis et blattes), industrie photographique, photolithographie, semi-conducteurs, fluides hydrauliques, traitements de surface des métaux, pièces exposées à haute température (durites, etc.). Parmi les PFAS figure le TFA (acide trifluoroacétique), classé perturbateur endocrinien par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) en 2024.

« Une nouvelle exigence normative concernant le TFA constituerait un point de bascule majeur, susceptible de modifier sensiblement les besoins d’investissement pour les collectivités », lit-on dans le rapport. L’impact des PFAS intervient « dans un système déjà marqué par la présence de polluants multiples (nitrates, pesticides et leurs métabolites…) et par des pollutions héritées d’ores et déjà stockées dans les sols. Avec les substances persistantes, le raisonnement change de nature : une ressource conforme aujourd’hui peut être en réalité déjà vulnérable si les tendances sont mauvaises, si la ressource est peu substituable, si les traitements de dépollution deviennent insuffisants et mal adaptés ou si le cadre normatif est amené à se durcir. Les PFAS imposent au système de dépollution de l’eau de sortir d’une logique de réaction pour basculer vers une logique d’anticipation et de traitement structurel impliquant la prise en compte de la ressource en eau, des délais d’action et de l’inertie des milieux ».

Selon le rapport, « seules quelques stations sont équipées d’osmose inverse basse pression permettant d’abattre les pollutions PFAS ». Problème : la détection dans l’eau potable de la présence diffuse de nouveaux types de micropolluants chimiques très persistants (métabolites de pesticides, PFAS) « rend le respect des limites de qualité européennes de plus en plus difficile, en particulier dans certaines régions du Nord et de l’Est de la France. Elle met en évidence les limites des politiques actuellement menées pour la préservation de la qualité des eaux brutes ».

Vers une hausse des non-conformités

En 2024, un peu plus de 29% de la population française a été exposée à la présence dans les eaux destinées à la consommation humaine (EDCH), de pesticides ou PFAS, à des niveaux de concentration dépassant les limites de qualité européennes. Les situations ayant nécessité une restriction de consommation de l’eau du robinet pour des raisons sanitaires sont restées rares en 2024 (moins de 2000 personnes concernées). « Toutefois, le caractère persistant et l’usage continu de certaines molécules, ainsi que l’élargissement du périmètre des substances détectées ou règlementées, laissent craindre une hausse des non-conformités de l’eau potable dans les années à venir ».

Un triple défi

Selon le rapport, au-delà des non-conformités locales, la France est confrontée à la mise à l’épreuve de son modèle de production d’eau potable, « historiquement efficace » mais désormais exposée à trois défis, technique (protéger des ressources en eau plus exposées et rares, traiter plusieurs polluants dont des molécules plus persistantes et adopter des technologies de plus en plus sophistiquées et coûteuses), un défi organisationnel (le système reposant encore sur un tissu de services parfois atomisé, aux capacités d’action inégales) et financier parce qu’il doit absorber en même temps le coût croissant de la dépollution actuelle, le renouvellement des infrastructures vieillissantes et la sécurisation quantitative de la ressource en eau alors que son modèle économique est encore largement porté par la facture d’eau. « Dans ce contexte, les services de gestion de l’eau potable, insuffisamment financés par le prix de l’eau et par l’application limitée du principe pollueur-payeur, peinent à réaliser les investissements nécessaires », note la mission.

Les recommandations de la mission

Pour relever ces défis, et pour faire face à la fois à des pollutions passées et en cours, la mission interministérielle recommande de sortir des schémas de pensée opposant démarches préventives et curatives, en adoptant une démarche combinant des interdictions génériques de mise sur le marché et des restrictions d’usage pour les substances dont le rapport bénéfice-risque est défavorable, des réductions des émissions à la source précoces ou a minima dans les aires d’alimentation de captages, qu’elles relèvent de rejets industriels, agricoles, urbains ou domestiques, pour les substances autorisées qui pourraient un jour atteindre des concentrations trop élevées dans les EDCH ou se révéler problématiques pour la santé humaine, des actions de protection ou de reconquête des captages dès lors que la ressource demeure mobilisable à moyen terme et long terme, des solutions de substitution, de dilution ou d’interconnexions pour offrir des solutions alternatives aux Personnes responsables de la production et de la distribution de l’eau (PRPDE) les plus exposées ou isolées, du curatif temporaire dans les cas de pollutions liées à des substances déjà interdites et stockées dans l’environnement mais dont la présence a vocation à diminue. Et enfin, lorsque, cela demeure nécessaire, établir des stations de traitement pérennes, judicieusement placées et interconnectées, afin de traiter les pollutions qui malgré tous ces efforts de prévention, pourraient encore continuer d’être diffusées par les activités humaines.

En résumé, la doctrine est la suivante : éviter la dégradation des ressources encore préservées, réduire les flux de pollution lorsque cela reste possible, et réserver les réponses curatives lourdes aux situations où elles sont devenues indispensables. « Un enjeu fort est donc de mieux coordonner et de décloisonner ces politiques aux différents échelons territoriaux afin de rechercher toutes les marges de coût-efficacité possibles ».

+35%, le seuil critique d’augmentation du prix de l’eau

A propos de coût, sur la base de quatre scénarios, intégrant des hypothèses de périmètre des actions (dépollution des eaux potables, des sols, des milieux) et d’exigence normative s’agissant des limites de qualité des molécules les plus persistantes, la mission estime que seuls deux scénarios entraineraient une hausse du prix moyen de l’eau inférieure à 35 %, seuil estimé par le Secrétariat général à la planification écologique comme le maximum acceptable par la population générale. Les deux autres scénarios nécessiteraient une hausse du prix de l’eau plus élevée, porteur d’un risque accru en termes d’acceptabilité. « La hausse du prix de l’eau doit être accompagnée de mécanismes de solidarité territoriale, de tarification sociale ou saisonnière et de soutien aux ménages les plus vulnérables », sachant que le surcoût global pourrait être compris entre 6,15 et 11,3 milliards d’euros par an, selon le périmètre de la dépollution, eau potable – sols – milieux, et l’éventualité d’un durcissement futur des normes applicables aux PFAS.