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Lundi 10/08/2026
Semer du colza… ou pas : « Si on peut éviter de faire la connerie… »
[Reportage] À Moncel-sur-Vair (Vosges), Jean-Baptiste Mougene se donne jusqu’au 25 août pour implanter les 23,5 ha de colza prévus sur un total de 105 ha de cultures. Mais la sécheresse semble plus forte que les cours porteurs, plus forte que l’assurance re-semis, plus forte que l’aide à l’engrais azoté et plus forte que les performances passées réunies.
« On fera un peu plus de blé et de tournesol, ça va se terminer comme ça et puis c’est tout. C’est déjà arrivé. En 2021, y a jamais plus, j’ai jamais semé le colza ». Il n’empêche. Ce 5 août, au volant de son tracteur tirant un déchaumeur à disques indépendants, le néo-quarantenaire polyculteur-éleveur (168 ha dont 105 ha de cultures, 40 limousines, 400 poules) y croit encore.
Après un apport de fumier et un passage de Terrano, c’est la troisième opération culturale que Jean-Baptiste Mougene réalise sur cette parcelle, après la récolte d’orge d’hiver le 26 juin. « J’essaie d’affiner et de rappuyer en faisant le moins de mottes possible, mais là voyez, c’est une zone argileuse, c’est mottes obligatoires ».
L’objectif est d’offrir au colza les meilleures conditions possibles de germination et de levée au cas où la météo y mettrait du sien. « J’aimerais 30 ou 40 mm pour que ça humecte bien le fond et avoir des garanties sur la durée, en plaçant la graine assez profond à 4 cm, s’il repleut après, ça peut le faire ». Rien de moins.
L’imploration parait surréaliste, en tout cas aussi surréaliste que cette année 2026 qui risque fort d’effacer des tablettes les étés 1976, 2003, 2017 et 2022. Selon Météo-France, en date du 6 août, la sécheresse des sols était toujours à « des niveaux records à l’échelle nationale, et généralisée à l'ensemble du territoire ». La conséquence d’un épisode caniculaire particulièrement précoce en mai, suivi de deux vagues de chaleur (17-30 juin, 4-19 juillet) et d’une troisième toujours en cours, entamée le 28 juillet.
Selon le président de la FNSEA, qui en a appelle à « la solidarité nationale », le préjudice va se compter en « milliards d’euros » pour l’agriculture hexagonale.
En 2025-2026, les 19,5ha de colza de l'agriculteur vosgien avaient généré un rendement moyen, au plan statistique, mais très honorable, au plan agronomique, de 36q/ha. « L’année d’avant, j’étais monté à 46q/ha, payé 480€/t donc pas très cher mais l’azote était moins cher et une tonne de plus à l’ha, c’est énorme ». Cette année, Jean-Baptiste Mougene a vendu un premier lot de colza à 508€/t mais le prix de l’azote n’est plus le même.
Il a payé la solution azotée 418€/t et n’est pas pressé de repasser à l’achat, malgré la « promo », allusion à l’aide de 50€/t ou 70€/t allouée par le ministère pour des achats conclus avant le 30 septembre. « J’ai pas tout compris », avoue le producteur, à propos de la règle des 50% (l’aide est plafonnée à 50% des tonnages achetés en 2025). En vérité, il a très bien compris. « L’aide à l’engrais, on nous la donne pour nous la repiquer, avec pas mal de TVA dans la nature », résume-t-il, lui qui fait en sorte d’être facturé fin décembre d’habitude.
Sans compter le fumier et les façons culturales, l’agriculteur s’apprête à investir plus de 300€/ha en semences, phytos et engrais sur son colza. De quoi regarder la météo à deux fois avant de passer à l’acte. Il se fixe le 25 août comme date butoir. Sa crainte ? « Recevoir 12 ou 13 mm d’eau pour assurer la germination et la levée du colza et puis après plus rien », un scénario qui s’est produit cette année avec les couverts, mort-nés.
Couvert, Jean-Baptiste Mougene l’est en partie avec l’assurance récolte, depuis 2017. « Comparativement à l’assurance grêle, avec la subvention de la Pac, ça fait un petit billet de plus pas énorme », juge-il. Cette année, il manquait un quintal pour qu’elle déclenche en orge de printemps, où il a pris un « bouillon ».
La garantie « re-semis » peut-elle faire office d’assurance tout risque en colza ? « C’est pas mon délire, répond l’agriculteur. Si on peut éviter de faire la connerie. Faut pas oublier : chaque fois que vous déclenchez l’assurance, on ne vous oublie pas, vous avez un petit plus à la fin, c’est pas cadeau ».
L’éleveur est plus inquiet pour ses limousines que pour ses colzas encore virtuels. « J’en ai une vingtaine prêtes à vêler dans un parc, je me demande comment elles vont faire du lait ». Avec l’élevage de 400 poules, géré par son épouse Anne-Gaëlle, qui a rejoint l’exploitation il y a quelques années, la partie élevage fait aussi office d’assurance. « La polyculture-élevage, c’est bien joli, mais c’est aussi une faucheuse, une faneuse, un andaineur, une presse, un chargeur, une dérouleuse, explique l’adhérent de la Cuma des Verriers. Et il ne faudrait pas que le prix de la viande retombe à 3,6 ou 3,8€/kg comme avant », prévient celui qui n’a pas oublié les 8€/kg et les broutards à 1800 euros.
Les soubresauts du marché et du climat, Jean-Baptiste Mougene semble s’en accommoder, bien forcé qu'il est, même s’il a l’impression de faire du « sur-place ». « On fait tourner l’économie, on fait travailler les marchands mais on n’investit pas ». Le projet de bâtiment de stockage de grains attendra. Trop cher.
De son côté, Anne-Gaëlle Mougene a vu le prix de la poulette bondir de 40% mais n’a en rien profité des pseudo-pénuries d’œufs de ces derniers temps : 3 euros la douzaine, qui dit mieux ? « J’hésite à passer à trois euros cinquante », susurre l’éleveuse devant un client…. opinant du chef.






