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Vendredi 14/08/2026
Éleveur, aide-toi et le ciel t’aidera
[Edito] Sans attendre les détails du plan « Canicule - Sécheresse - Incendies », les éleveurs se couvrent en foin, paille, pulpes de betteraves, patates, amidon etc. avant que le ciseau des prix aliment / viande ne fasse le grand écart, et avant de reconstituer, à tout prix, les stocks fourragers en 2027. Si le ciel le veut.
L’éclipse solaire du 12 août n’a pas vraiment refroidi l’atmosphère, et encore moins fait reverdir les prairies, le maïs, les cultures maraichères... Il aurait fallu en effet beaucoup plus que les 2 minutes et 18 secondes du point culminant de l’éclipse pour émoustiller les stomates et ramener vaches, cochons et poulets dans leur zone de confort thermique. Las. Nappes, cours d’eau, sols : la France est à sec comme jamais et l’année 2026 est partie pour effacer des tablettes les étés 1976, 2003, 2017 et 2022. Selon Météo-France, juillet 2026 est le mois le plus chaud jamais enregistré en France, succédant au mois de juin le plus chaud depuis le début des mesures en 1900. Et août va encore taper fort.
Le ministère dans l’expectative…
Jeudi, au nom de « tous les Français », Annie Genevard a adressé sa « compassion » et sa « solidarité » au monde agricole. « Vous avez vu ce qu’ils ont fait au moment des incendies ? Les agriculteurs sont courageux, ils sont solidaires, ils ont fait partie de ceux qui nous ont protégés, aujourd’hui, c’est à nous de les protéger », a déclaré la ministre de l’Agriculture. Mais elle a remis à l’après 27 août, et l’état des lieux « territoire par territoire, filière par filière » le détail du contenu du « CASI », le plan global d’accompagnement « Canicule - Sécheresse - Incendies », voué à ne laisser « aucun agriculteur seul ».
… mais pas dans l’attentisme
Il serait inconvenant de faire au gouvernement un procès en attentisme. Les éleveurs de bovins, par exemple, redoutent moins l’année 2026 que l’année 2027. D’une part parce que certains disposent encore de stocks de fourrages de 2025, année hyper prolifique, aux antipodes de 2026. D’autre part parce que beaucoup n’ont pas attendu l’éclipse pour se couvrir en foin, paille, pulpes de betteraves, patates, amidon ou encore en maïs auprès de leur voisin céréalier, vernis par une ondée ou un orage atténuateurs, à défaut d’être salvateurs. Une stratégie alliant bon sens et calcul : les prix de l’aliment et celui de la viande, moins sûrement celui du lait, pourraient connaître des trajectoires opposées dans les semaines et les mois à venir. Il n’empêche qu’il faudra à tout prix reconstituer les stocks fourragers en 2027. Si le ciel le veut.
Aléa ou nouvelle ère climatique ?
Si les éleveurs de ruminants semblent avoir fait leur le proverbe « aide-toi et le ciel t’aidera » d’un certain Jean de La... Fontaine, les déclarations de la ministre, particulièrement engageantes, portent en germe le risque de la déception. C’est, « somme toute », assez classique. Annie Genevard a évoqué l’Indemnité de solidarité nationale (ISN) comme étant le dispositif, sinon l’une des cartes du gouvernement, pour relancer la machine. Né de la réforme, en 2022, de l’assurance récolte, cet instrument va connaître cette année sa première véritable épreuve de feu. Et il se trouve que les éleveurs de ruminants en sont les premiers contempteurs, incriminant l’indice satellitaire. Le ciel, encore et toujours. Reste à savoir si l’ISN est calibré pour encaisser, et décaisser, ce qui s’apparente moins à un aléa climatique qu’à une nouvelle ère climatique.