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Jeudi 15/10/2026

Climat et oléiculture : tout sauf un « huildorado »

Publié par Pleinchamp

[Med’Agri 2026] Pour l’interprofession de l’olive, la double crise viticole et climatique ne peut justifier à elle seule un déport vers la plantation d’oliviers et la production d’huile, au marché cadenassé entre les AOP premium et l’import. En revanche, l’olive de bouche offre davantage d’opportunités.

Avec un taux d’auto-approvisionnement de 5% et une aptitude éprouvée depuis des millénaires à produire dans l’adversité pédologique et hydrique, l’olivier est un candidat tout désigné à la substitution sinon à la diversification des assolements, notamment sur un vaste pourtour méditerranéen aux avant-postes du changement climatique.

Une impression à chaud vite refroidie par Alexandra Paris, directrice communication et économie à France Olive, l’association française interprofessionnelle de l’olive. « L’olivier, c’est très clairement une piste de réflexion mais à condition de se poser dès le départ les bonnes questions : où et comment commercialiser l’huile. Ce n’est pas parce que la production française équivaut à 5% de la consommation que l’on peut se mettre à en produire 20% et que tout ira bien ».

Alexandra Paris, directrice communication et économie à France Olive : « En France, il n’y a pas de marché pour une huile à 15 euros le litre » © R. Lecocq
Alexandra Paris, directrice communication et économie à France Olive : « En France, il n’y a pas de marché pour une huile à 15 euros le litre » © R. Lecocq

8-10 €/litre sinon 25-30 €/litre

La production tricolore est orientée à plus de 50% vers les huiles AOP, lesquelles représentent 80% des huiles premium consommées en France, un marché de niche (pour ne pas dire de riche) pour les amateurs en quête de d’origine, de terroirs, de variétés locales et de labels, moyennant un prix moyen compris entre 25 et 30 euros le litre. « L’oléiculture traditionnelle est portée par des AOP telles que Vallées des Baux-de-Provence, Provence, Aix-en-Provence ou encore Nyons, correspondant à des zones très touristiques, poursuit Alexandra Paris. Et de fait, environ 80% des volumes sont commercialisés en vente directe, les prix étant soutenus par la forte notoriété et la typicité des huiles ».

"Une AOP ne fait pas de miracle, s’il n’y a pas les structures pour commercialiser des volumes et porter l’engagement"

Les huiles importées trouvent quant à elles leur clientèle dans les grandes surfaces, pour satisfaire les usages quotidiens, à un prix moyen compris entre 8 et 10 euros le litre. « L’oléiculture française peut difficilement rivaliser sur ce marché, explique Alexandra Paris. Mais une AOP ne fait pas de miracle, s’il n’y a pas les structures pour commercialiser des volumes et porter l’engagement, c’est compliqué de faire vivre une AOP ».

"En France, il n’y a pas de marché pour une huile à 15 euros le litre"

Ente 8-10 €/litre sinon 25-30 €/litre, il y a néanmoins de la marge. Sauf que. « En 2022-2023, quand les prix ont atteint les 12 euros, on a perdu 20.000 tonnes de consommation, poursuit la spécialiste. En France, il n’y a pas de marché pour une huile à 15 euros le litre, saut à investir dans une marque et injecter des millions d’euros, ce qui est hors de portée de la filière ».

Le développement de la production en haie fruitière, alliant irrigation et récolte mécanisée, pourrait être de nature à ouvrir ce segment de marché. « A condition de se démarquer des huiles importées, par une diversité de variétés et d’assemblages et au final de goûts, susceptibles de refléter la diversité des terroirs qui ne sont pas tous en AOP ». Là aussi, les investissements en jeu (densité de plantation, irrigation, palissage, machine à vendanger…) exigent de se pencher prioritairement sur les données de marché. « Je produis un bon produit, tout va bien, non. Ceux qui s‘en sortent priorisent la commercialisation ».

L’accès à la ressource en eau, théoriquement pas indispensable, est, selon le contexte pédo-climatique,  tout de même bienvenu pour sécuriser la production et lisser le phénomène d’alternance.

L’olive de bouche ou l'eau à la bouche

Malgré ces réserves, le verger d’oliviers s’affiche en légère croissance, portée notamment par l’extension géographique, sous l’effet du changement climatique, jusqu’à faire la jonction entre Méditerranée et Atlantique, avec par exemple des projets en cours d’émergence dans le bordelais, sujet à une crise viticole structurelle. « Le climat restera malgré tout océanique », met en garde Alexandra Paris.

Cette dernière est beaucoup plus allante sur l’olive de bouche, produite à hauteur de 1400 tonnes en France. « Si des agriculteurs veulent se lancer dans l’olive, je les orienterais sur l’olive de bouche. C’est plus compliqué, plus délicat, c’est aussi plus de travail puisqu’il faut récolter à la main mais il y a un vrai marché derrière avec un produit plaisir qui réserve encore du potentiel de croissance. Goûtez une olive noire de Nyons ou une Lucque du Languedoc ».