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Mercredi 14/10/2026

La grenade en quête de son modèle technico-économique

Publié par Pleinchamp

[Med’Agri 2026] Si la culture est porteuse de diversification en conditions pédo-climatiques limitantes, son développement sur le pourtour méditerranéen est encore erratique, tant au niveau de sa conduite au champ que de sa valorisation en frais et en jus. Mais la filière s’active pour dégoupiller les arilles.

« On est sur le fil du rasoir entre coût de production et prix de vente ». C’est ce qu’a déclaré Julie Hars, chef de service maraichage arboriculture diversification à la Chambre d’agriculture du Var, lors d’une conférence consacrée à la grenade au salon Med’Agri à Avignon (Vaucluse). Avec l’amande et la pistache, la grenade fait partie du catalogue (réduit) de cultures susceptibles de composer avec un climat toujours plus castrateur sur le pourtour méditerranéen, voire au-delà. Gare au gel tout de même, car le grenadier au gélif, au moment du débourrement.

Le syndicat France Grenade « chez lui » à Avignon au salon Med’Agri 2026 © R. Lecocq
Le syndicat France Grenade « chez lui » à Avignon au salon Med’Agri 2026 © R. Lecocq

« On a des demandes du Gers, du Lot-et-Garonne et même de Gironde où des viticulteurs cherchent à se diversifier », déclare Enora Jacob, chargée de mission à Bio Provence Côte d’Azur et qui accompagne le Syndicat France Grenade dans la structuration de la filière, la grenade made in France étant conduite à 95% en bio.

5000 ans au Moyen-Orient, 5 ans en France

Si les origines de la grenade remontent à plus de 5000 ans, avec le Moyen-Orient pour berceau, la culture est identifiée en France au 17ème siècle mais durant les suivants, elle sera inféodée aux jardins familiaux. Jusqu’à la bascule dans le 21ème siècle, où quelques producteurs commencent à explorer ses potentialités.

En 2021, la création du GIEE Grenade Sud France, à Draguignan (Var) constitue véritablement l’an 1 de la grenade tricolore, avant celle en 2023, du Syndicat France Grenade, officialisant le début de structuration de la filière. Car la grenade escompte bien faire partie du paysage hexagonal. « En France, il y a très peu de littérature sur la grenade, explique son président Jean-Francis Rispoli, producteur à La Tour-d’Aigues (Vaucluse). La création du GIEE a permis de constituer un premier socle de connaissances tandis que le syndicat a vocation à fédérer les initiatives individuelles, à accompagner la recherche et le développement de la culture, à assurer sa représentation et sa promotion ».

Un verger de grenadiers conduit en mode multi-tronc dans les Pyrénées-Orientales © R. Lecocq
Un verger de grenadiers conduit en mode multi-tronc dans les Pyrénées-Orientales © R. Lecocq

Environ 250 ha

Le syndicat fédère actuellement un peu moins d’une centaine de producteurs cumulant 249 ha. « La culture est portée par des arboriculteurs et des viticulteurs en quête de diversification, sur des surfaces comprises entre 1 et 5 ha, explique Enora Jacob. La production attendue cette année s’élève à 1700 tonnes et devrait monter à 2500 tonnes en 2027 du fait de la montée production des vergers ».

La grenade réclame 500 mm/an autant pour produire que pour contrer le risque d’éclatement © R. Lecocq
La grenade réclame 500 mm/an autant pour produire que pour contrer le risque d’éclatement © R. Lecocq

Il faut environ trois ans pour atteindre la pleine production et viser un rendement moyen de 10t/ha. A titre indicatif, la France importe bon an mal 6000 t de grenades pour servir le marché du frais, en provenance de Turquie et d’Espagne, accessoirement d’Inde et du Pérou, équivalent à 900 ha de production en partant d’un ratio 50/50 entre production de frais et de jus.

Des références techniques en cours de constitution

Variétés (plus de 3000 recensées dans le monde), densité (entre 600 et 1200 arbres par ha), mode de conduite (monotronc, multitronc, buisson), fertilisation, protection, irrigation, mécanisation de la récolte via une machine à vendanger : les pionniers ont largement défriché l’itinéraire cultural de l’espèce même si de nombreuses références restent encore à acquérir. Le choix variétal et l’irrigation concentrent une bonne partie de l’attention. « Les consommateurs demandent de la grenade rouge alors que certaines variétés tirant plutôt sur le jaune ont des caractéristiques gustatives très intéressantes, souligne Coralie Arnaud, trésorière du syndicat et productrice à Malaucène (Vaucluse). La variété Seedless, en plus d’être sans pépin, est très sucrée et très agréable en bouche mais elle est quasiment verte à maturité, ce qui rebute les consommateurs ».

Gare au gel : le grenadier au gélif, au moment du débourrement © R. Lecocq
Gare au gel : le grenadier au gélif, au moment du débourrement © R. Lecocq

L’irrigation, pour maîtriser le risque d’éclatement (et produire)

Inutile de préciser que la grenade ne dispose pas de station expérimentale pour dégrossir l’itinéraire technique. En matière d’irrigation, elle bénéficie néanmoins du programme Arbomed entourant la production d’amande, de pistache ou encore d’olive. « On ne produit pas de grenades sans irrigation, indique Julie Hars. Il faut compter en moyenne 500 mm d’apport par campagne. Outre la sécurisation de la production, l’irrigation permet de juguler le risque d’éclatement susceptible de se produire en cas de forte pluie et que l’apport d’eau permet de tamponner en partie, avec une prédilection pour le goutte-à-goutte ».

Frais, jus et co-produits

Reste à installer la grenade française sur les étals et dans les bouteilles de jus de fruit, ce débouché équivalant, au regard de la consommation actuelle, à 1300 ha de grenadiers. « Il faut faire savoir aux consommateurs qu’il existe de la grenade française », martèle Coralie Arnaud. « Avec toutes les garanties de qualité et de traçabilité », renchérit Jean-Francis Rispoli, évoquant les « stérilisations multiples » de jus en provenance d’Iran, contournant au passage les sanctions dont le pays fait l’objet.

Qualifiée de « super-fruit » de par sa composition en polyphénols et antioxydants, la grenade est également porteuse de débouchés en cosmétique via l’huile de pépin tandis que la peau peut fournir un broyat organique. « Dans la grenade, tout se consomme » plaide le syndicat. Y a plus qu’à dégoupiller et lâcher les arilles, à raison de 500 à 600 par grenade.