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Jeudi 07/05/2026
Conjoncture viande bovine : un coup de poignard dans le dos des éleveurs
C’est acté, l’accord avec le Mercosur est entré provisoirement en vigueur le 1er mai. Les grands agro-industriels sud-américains vont pouvoir planifier lentement leurs implantations sur le vieux continent.
Conjoncture – Dans un règlement d’exécution publié le 21 avril, la Commission Européenne a laissé le soin aux Etats du Mercosur de répartir les allocations des contingents tarifaires. Elle perd en pratique une partie des contrôles sur qui accède à notre marché. C’est ainsi que le loup va entrer dans la bergerie. Le géant brésilien JBS qui est à la manœuvre depuis 25 ans sur le dossier, sera le premier à bénéficier des largesses de la présidente de la Commission Européenne et du président Lula.
Ce mastodonte est le premier producteur mondial de viande (bœuf, poulet, porc), avec 280 000 salariés, 250 usines réparties dans plus de 20 pays. Présent commercialement dans 180 pays, sa capacité d’abattage est estimée à 75000 bovins, 115000 porcs, et 14 millions de volailles par jour. Ce géant a des accointances politiques et économiques qui ouvrent beaucoup de portes. JBS a déjà des portes d’entrée aux Pays-Bas et en Italie et pourrait étendre sa toile en rachetant des entreprises européennes fragilisées par la crise actuelle.
Alors que la filière a pris de plein fouet les conséquences de la guerre en Iran, avec des prix qui ont fortement décroché en un mois et demi, la ratification même provisoire de l’accord avec le Mercusur est un vrai coup de poignard dans le dos des éleveurs. Les produits sud-américains vont progressivement envahir notre continent en commençant par les pays déficitaires en viande et très perméable aux importations à bas prix. Dans les prochaines années, les cartes de la redistribution des viandes en Europe seront rebattues. La guerre en Iran en a déjà donné quelques aperçus.
Même si le parlement européen a voté la saisine de la cour de justice européenne pour une suspension de l’accord, les échanges qui auront été établis seront difficiles à remettre en cause. C’est la perte de souveraineté européenne qui est en cause.
Nos industriels et les éleveurs sont très inquiets de cette concurrence qui va monter en puissance à nos portes. Nos flux à l’export seront mis à mal, et chacun sait que tout est une question d’équilibre et de prix.
Alors que de gros efforts ont été mis en place pour relancer la production française et redonner de l’autonomie d’activité aux abatteurs, le jeune bovin est le produit qui déstabilise le plus le marché de la viande. Produit par excellence, il est trop souvent soumis aux aléas géopolitiques, qui à chaque fois remodèlent les flux. La France est un grand pays de naisseur, qui a besoin d’équilibre et de perspective. Depuis 18 mois tout allait bien, et tout s’est arrêté le 28 février dernier avec la guerre en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz.
Sur notre marché intérieur, la viande française garde un très fort ancrage, même si la perte de pouvoir d’achat se répercute très sensiblement dans le panier de la ménagère. Les habitudes alimentaires ont une nouvelle fois évolué pour se concentrer sur l’essentiel. Les petits extras sont plus rares, et le basique est devenu la norme.
Les préoccupations croissantes concernant les effets de la consommation de viande sur la santé, les préoccupations éthiques sur le bien-être animal dans les industries de l'élevage intensif ont un rôle majeur dans la montée du flexitarisme. Cette évolution témoigne d'une prise de conscience croissante de l'impact de nos choix alimentaires sur notre bien-être personnel et sur la planète. Or, il n’existe pas de « bons » ou de « mauvais » aliments pour notre santé, tout est une question de quantité et de fréquence. Dans une culture française du « bien manger » et d’alimentation plaisir (enviée partout dans le monde), la notion de « repas à la française » à la recherche de goût, est indissociable de la culture du « bien manger » dans notre pays. Elle n’élude pas la nécessité de prendre en compte les évolutions sociétales, en redonnant du sens à leur alimentation.