Des innovations encore attendues en gestion de l’eau

Face aux défis du changement climatique et de la réduction des intrants, l’irrigation est sous les feux de la rampe. Sophie Gendre, responsable du pôle agronomie d’Arvalis, fait le point sur les récentes innovations technologiques et celles à venir pour en améliorer l’efficience.

Perspectives Agricoles : Quel est le principal moteur d’évolution des matériels d’irrigation ?
Sophie Gendre :
Les matériels d’irrigation évoluent effectivement, avec la généralisation de solutions pour réduire la consommation d’énergie. Pour cela, les constructeurs peuvent actionner plusieurs leviers, l’idée principale étant de réduire l’énergie nécessaire pour apporter l’eau. Ils utilisent par exemple des buses basse pression sur les pivots et les rampes. L’univers des buses est d’ailleurs un secteur très dynamique dont l’offre est en constante évolution. Une autre solution pour réduire la consommation d’énergie est d’utiliser des rampes tractées par un enrouleur en remplacement d’un canon, mais cette solution est plus onéreuse. Les constructeurs travaillent aussi à réduire la consommation d’énergie des pompes. Certains réfléchissent par ailleurs à faire fonctionner ces dernières grâce à des panneaux solaires, comme c’est déjà le cas en goutte-à-goutte.

P. A. : Et du point de vue de l’efficience de l’eau ?
S. G. :
La question de l’efficience de l’eau grâce au matériel est prégnante pour demain. Hormis les matériels déjà existants montrant une bonne efficience de l’eau (rampe tractée par enrouleur, pivot, goutte-à-goutte), la principale innovation me semble actuellement celle d’Osiris qui développe un prototype de robot d’irrigation. L’objectif est de disposer de la maniabilité d’un enrouleur, que l’on peut déplacer de parcelle en parcelle, associée à l’efficience d’un goutte-à-goutte grâce à la robotisation. La modulation intraparcellaire des apports d’eau constitue une autre évolution intéressante dont nous testons l’intérêt technnico-économique chez un producteur en Rhône-Alpes équipé d’un de ces pivots dit VRI (variable rate irrigation). Il s’agit de n’apporter que la dose nécessaire dans les différentes zones de la parcelle, définies soit préalablement à l’aide d’une carte de sol, soit en cours de saison à l’aide d’une carte de végétation. L’objectif, à terme, est de coupler l’ensemble des cartes pour s’adapter à chaque tour d’eau.

P. A. : Les outils d’aide à la décision et les capteurs progressent-ils aussi ?
S. G. :
Du côté des OAD, une des pistes est le développement d’outils pour piloter les apports d’eau en ressource limitée et non au niveau de l’optimum du besoin de la plante. Nous sommes en cours de test d’un nouvel OAD pour un déploiement en 2023-2024. À l’échelle de l’exploitation, Asalée compare les scénarios d’assolement selon la ressource en eau. Cet outil est notamment utilisé pour travailler sur les questions de changement climatique. C’est un outil d’aide à la décision stratégique, actuellement en phase de recherche et développement. L’objectif est d’aider les agriculteurs à définir leurs choix d’assolement vis-à-vis de la disponibilité en eau, accompagnés de leurs techniciens. Asalée peut également alimenter les réflexions à l’échelle d’un territoire agricole. Quant aux données, l’innovation devrait bientôt venir des capteurs qui établissent le besoin réel de la plante. Cette information sera plus précise que les modèles actuels basés sur l’état hydrique du sol, que ce soit grâce aux bilans hydriques ou avec les sondes de mesure. Plusieurs entreprises, comme Agriot ou Vegetal Signals, annoncent tester de tels capteurs pour estimer les besoins en eau des plantes en anticipant les stress hydriques.