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Vendredi 06/03/2026
Deux ans : un bel âge pour vêler !
Encore largement minoritaire, le vêlage précoce, à 24 ou 30 mois, présente pourtant une série d’atouts : économique, génétique... Et s’avère particulièrement adapté en races rustiques.
Le vêlage précoce est encore peu répandu au sein des élevages bovins viande du Cantal : moins d’un sur dix(1) le pratique parmi les éleveurs que Lucie Lacassagne et Hugo Forces - jeunes conseillers de Conseil bovin viande Cantal - suivent dans l’Ouest-Cantal. Pourtant, l’un comme l’autre sont convaincus des sérieux atouts d’avancer l’âge au
premier vêlage, avec des arguments qu’ils développeront le 11 mars à l’occasion d’une journée de formation.
Le premier de ces arguments est économique, en diminuant le nombre d’animaux improductifs sur l’exploitation et augmentant le nombre de veaux par rapport au nombre total d’UGB. Élever une génisse représente en effet un coût journalier d’un peu plus de 2 € sans produit pour compenser, rappelle Lucie Lacassagne, qui connaît bien la pratique pour l’avoir vue appliquée depuis deux décennies déjà sur l’élevage salers familial. S’ajoute, toujours au chapitre économique, l’éligibilité de ces génisses qui n’en sont donc plus aux aides bovines de la Pac.
Le vêlage précoce peut aussi s’avérer une solution pour les élevages trop chargés avec un lot de génisses en moins présent sur l’exploitation. Le gain de place peut aussi être avancé.
Progrès génétique accéléré Les éleveurs y pensent moins, mais cette pratique est aussi un vrai accélérateur de progrès génétique : “On gagne un an sur les apports d’un taureau mis à la reproduction, une campagne de gagnée pour connaître la capacité laitière du taureau c’est énorme, surtout si on s’aperçoit qu’il n’apporte pas beaucoup de lait”, relève la jeune femme. Des taureaux qui, d’autant plus sur ces jeunes génisses, doivent afficher des facilités de naissance avec un index IFNAIS supérieur ou égal à 100.
À ce propos, à ceux qui appréhendent de faire vêler des femelles aussi jeunes, Hugo Forces et Lucie Lacassagne expliquent qu’à ce stade de leur croissance, les génisses de deux ans n’ont pas encore un bassin complètement soudé. La présence de cartilage entre les os permet ainsi une certaine souplesse du bassin à même de favoriser le passage du veau. Pas d’inquiétude donc de ce côté-là. Et, ajoute Lucie, le vêlage précoce est synonyme de moins de gras sur la mamelle : à la clé, un joli pis, gage d’autonomie du veau à la tétée. Un gras interstitiel qui va aussi se nicher autour des organes génitaux, conséquence : “Une vache qui vêle au-delà de trois ans n’affichera pas un IVV (intervalle vêlage-vêlage) exceptionnel dans sa carrière”, exposent les conseillers. Un point de plus en faveur du vêlage précoce. Surtout que l’un et l’autre ont constaté que les génisses de trois ans qui se décalent ont tendance à produire moins de lait, contrairement à celles qui vêlent plus tôt.
Des besoins alimentaires à ne pas sous-estimer
Dès lors, pourquoi les éleveurs n’adoptent-ils pas plus massivement cette pratique ? Les freins principaux sont de deux ordres : “Beaucoup ont peur de ne pas soigner suffisamment ces génisses”, relève le tandem de conseillers. Or, mathématiquement, un lot de génisses en moins c’est autant d’aliment qui contribue au lot élevé un peu plus intensément. Avec un prérequis : “Il faut garder en tête qu’une génisse à cet âge (2 ou 2,5 ans) a les mêmes besoins alimentaires qu’une vache (en protéines, énergie) mais avec une capacité d’ingestion moindre”, détaille Lucie Lacassagne. Ce qui suppose d’éviter les fourrages trop grossiers, encombrants, et de leur préférer du fourrage de qualité, récolté précocement, du regain, avec un peu de complémentation en concentré, au moins à la mise en place du vêlage précoce.
Rendement carcasse : la balance s’équilibre
Autre crainte des éleveurs : l’impact sur le rendement carcasse. Là encore, à relativiser : certes, jusqu’à 4,5-5 ans, une génisse affiche un moindre poids carcasse qu’une vache. Au-delà, le différentiel s’estompe. Aussi, les conseillers incitent à mettre en parallèle d’un côté l’impact économique de cette perte de poids carcasse cumulée sur cinq ans, de l’autre le gain lié au nombre de veaux supplémentaires. La balance penche en fonction de la conduite d’élevage (vaches d’herbe ou vaches engraissées, broutards complémentés ou pas, vendus plus tôt ou pas...). Autant de paramètres étudiés au cas par cas lors de la formation, en tenant compte des objectifs et priorités de chaque éleveur.
Cette session vise à élaborer avec chaque participant un plan d’actions pour basculer vers le vêlage précoce en tenant compte des conditions de réussite. La première tient à une bonne gestion du sevrage : à 15 mois, les génisses concernées doivent peser 60 % du poids vif de la moyenne des adultes du troupeau. Des génisses qu’il convient de considérer et soigner comme les futures mères, avec une préparation au vêlage adéquate (herbe et fourrage de qualité, apport minéral...). “Il ne faut pas les serrer et continuer à les soigner jusqu’à leur deuxième veau en raison de leurs besoins élevés”, répète la conseillère.
Enfin, les races rustiques (salers, aubrac ici) s’avèrent mieux adaptées au vêlage précoce en raison de leur précocité sexuelle qui favorise leur mise à la reproduction. Il arrive ainsi qu’une génisse salers ou aubrac soit saillie avant son sevrage.
(1) Selon l’observatoire Reproscope, moins de 7 % des élevages en France font vêler à moins de 30 mois l’ensemble des génisses de leur troupeau (donnée 2018), dans le Cantal c’était 5 %.