Être éleveur dans un désert laitier

<strong>Être isolé dans une région de grandes cultures</strong> pose de nombreuses difficultés : suivis technique et vétérinaire, fonctionnement des Cuma, échanges avec ses pairs…

Ils ne sont plus que deux producteurs dans le canton. « Tous ceux qui devaient arrêter l’on fait, explique Thierry Ciapa, éleveur de 80 Prim'Holstein à Castelnau d’Arbieu, dans le Gers. Aujourd’hui, il ne reste que les producteurs qui ont envie de faire du lait. » Mais comment rester éleveur dans un désert laitier ? En 2011, le Gaec du Villge n’avait plus de suivi technique. Le département n’assurait déjà plus le service de contrôle laitier et avait fait appel aux départements voisins. Aujourd’hui, c’est une technicienne des Hautes-Pyrénées qui visite l’élevage tous les mois. Beaucoup d’inquiétude aussi pour le suivi vétérinaire, après le départ à 70 ans de l’ancien praticien. La rurale fait peu d’adepte chez les jeunes vétérinaires. « Dans notre zone, le suivi des ruminants va devenir problématique. Nous avons appris à faire beaucoup de choses. Nous avons encore besoin du vétérinaire pour les césariennes. Tout le reste, nous le faisons nous-mêmes. » Il y a quelques années, le Gaec achetait tout son renouvellement. Mais il devient de plus en plus difficile de trouver de bonnes génisses dans la région. Ils en élèvent donc de plus en plus.

Le Gaec du Village est adhérent d’une Cuma, qui ne compte plus que quatre adhérents pour l’ensilage. L’ensileuse est vieillissante et ne pourra pas être remplacée quand elle lâchera. Les ETA viennent de trop loin pour pouvoir assurer un ensilage de qualité au moment optimal. « Nous irons jusqu’au bout puis il faudra peut-être trouver une solution alternative », prévoit Thierry Ciapa. Le séchage en grange ? Trop coûteux certainement. L’enrubannage ? « On n’en a pas envie. » Une ration tout foin ? Ce sera peut-être la solution. Autre difficulté qu’on ne soupçonne pas dans les grandes régions d’élevage laitier : l’impossibilité d’avoir des discussions professionnelles avec ses pairs. Hormis l’éleveur du même canton, le plus proche est à plus de 30 km. Récemment Thierry Ciapa a accompagné un ami transporteur, à 250 km, juste pour le plaisir d’échanger avec un autre éleveur laitier bio !

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