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Mercredi 24/06/2026

Grâce à l’investissement participatif, Xavier Guntz a réalisé son rêve : la reprise d’un vignoble en Alsace

Publié par Pleinchamp

REPORTAGE. À Epfig, en Alsace, Xavier Guntz a repris le domaine de son ancien patron Philippe Schaeffer grâce à une solution originale : le financement participatif via Terra Hominis. Un modèle innovant où 200 associés sont devenus copropriétaires des vignes, créant un vrai lien humain autour du vignoble.

Dans la cave du domaine Guntz Schaeffer, deux salariés s’adonnent au remuage manuel des bouteilles. De l’autre côté, Philippe Schaeffer et Xavier Guntz, concentrés, procèdent à la délicate opération de filtration du crémant. Le premier, ancien propriétaire du domaine familial situé à Epfig (Bas-Rhin), continue d’accompagner celui qui a été son salarié pendant une décennie et qui a repris les rênes de l’exploitation depuis un an.

Dix ans de formation ne sont pas de trop pour reprendre un domaine de 12 hectares, constitué de 75 parcelles sur 5 communes différentes, en bio depuis 2009. Grâce à cette solide expérience, Xavier Guntz connaît parfaitement le matériel, les salariés, mais aussi le terrain et les clients. Pourtant, la reprise n’a pas été un long fleuve tranquille pour le jeune homme d’une trentaine d’années.

"En m’installant hors-cadre familial, il a fallu que je rachète tout d’un coup"

« La réflexion a démarré il y a quatre ans, lorsque Philippe a commencé à parler de sa retraite tout en sachant qu’il n’avait pas de repreneur », relate Xavier Guntz. Le jeune vigneron fait part de son envie de reprendre le domaine, et les deux hommes trouvent un accord. Mais au départ à la retraite de Philippe, la sœur de celui-ci, qui possède quatre hectares, décide de tout vendre. Pour Xavier, pas question de s’installer sur un domaine amputé d’un tiers des vignes. Mais le coût du rachat, qui s’ajoute aux emprunts déjà prévus, est trop lourd à porter.

Le Crédit Agricole Alsace Vosges, qui accompagne le jeune homme dans son projet de transmission, finance déjà le rachat du matériel de l’exploitation, des stocks de bouteilles et les besoins en fonds de roulement. « En m’installant hors-cadre familial, il a fallu que je rachète tout d’un coup, ce qui représente une très grosse somme d’argent, indique Xavier. J’ai dû trouver une solution pour racheter ces quatre hectares de foncier ».

En bio depuis 2009, le domaine Guntz Schaeffer s’étend sur 12 hectares et 75 parcelles différentes. (© A.M.)

Terra Hominis, des associés payés en bouteilles

La solution arrive grâce à Laura, la compagne de Xavier, qui, à force de recherches, découvre l’existence de Terra Hominis, une structure spécialisée dans le financement participatif de domaines viticoles. Le modèle de Terra Hominis repose sur la copropriété de vignobles via des groupements fonciers viticoles. Les particuliers peuvent acheter des parts de vignobles, valables à vie et transmissibles aux héritiers. Les terres sont ensuite confiées en fermage aux vignerons. Pour permettre l’installation de Xavier, ce sont ainsi 200 associés qui ont acheté les 4 hectares du domaine Guntz Schaeffer. Particularité du concept de Terra Hominis : les associés ne reçoivent pas de dividendes financiers classiques, mais des bouteilles de vin en guise de fermage.

« Plus que de l’investissement participatif, ce sont des copropriétaires, il y a un vrai lien humain », assure Xavier, qui craignait des investisseurs attirés par la défiscalisation plutôt que par la passion. « Ce ne sont pas juste des personnes qui ont acheté du foncier, ils font partie du domaine, il y a vraiment un relationnel entre eux et moi, témoigne-t-il. Je leur écris tous les deux ou trois mois et ils viennent régulièrement visiter la ferme ».

Nouveau logo et nouveau design pour les bouteilles commercialisées par Xavier Guntz. (© A.M.).

L'évènementiel pour attirer de nouveaux clients

Créer le contact entre le consommateur, la vigne et le producteur : voici ce qui anime le jeune vigneron. De sa vie d’avant, où il a été restaurateur et sommelier, il a gardé le goût pour la convivialité et le partage. Lui qui rêvait de faire le tour de France des accords mets et vins veut faire de son vignoble un lieu de rencontre et de dégustations avec des produit locaux. Il a ainsi organisé un pique-nique sur le domaine lors du week-end de la Pentecôte, avec visite de cave, balade dans les vignes et barbecue. Bilan : plus de 150 personnes sur les trois jours. Le 11 juillet 2026, un évènement « Sunset et terroir » est prévu avec dîner dans les vignes et dégustations de vins.

« La moitié de ma clientèle a plus de 60 ans, indique Xavier. Il faut se renouveler, démarcher, faire de l’évènementiel, chercher des nouvelles façons de vendre, pour attirer du monde et toucher de nouvelles générations ».

"J’ai la chance d’avoir de la demande, ce qui rassure la banque et me rassure moi-même"

Alors que 80% de son chiffre d’affaires est réalisé grâce aux salons, il cherche à diversifier sa commercialisation, notamment en démarchant des bars à vins, des cavistes et des restaurants locaux. « Le mois dernier, j’ai démarché mon premier bar à vin à Strasbourg ! », se félicite-t-il.

Dans un contexte national difficile pour la viticulture, le jeune homme fourmille de projets, réfléchit à l’œnotourisme, espère pouvoir agrandir le domaine. « J’ai la chance d’avoir de la demande, ce qui rassure la banque et me rassure moi-même », indique-t-il. Et de conclure : « il faut vivre ses rêves et y croire à fond ».