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Vendredi 19/06/2026

Au Gaec des Trois Poiriers, 20 ans de croisements pour créer une race adaptée au pâturage et au réchauffement climatique

Publié par Pleinchamp

REPORTAGE. Depuis 20 ans, le Gaec des Trois Poiriers, dans le Maine-et-Loire, pratique des croisements sur son troupeau laitier. Sur cette ferme adepte du pâturage dix mois par an, les éleveurs ont progressivement amélioré les caractéristiques de rusticité et de gabarit des vaches, sans pour autant oublier les taux, afin de les adapter aux évolutions climatiques.

Lorsque Alain Guiffès ouvre la barrière pour laisser les vaches pâturer, impossible de définir les races des 34 laitières qui empruntent le chemin de terre. Et pour cause, depuis 2007, les associés du Gaec des Trois Poiriers, situé sur la commune de Lys-Haut-Layon dans le Maine-et-Loire, introduisent régulièrement des nouvelles races pour apporter plus de rusticité au troupeau.

L’objectif est d’élever des lignées adaptées au pâturage, moins sensibles au stress thermique et pouvant atteindre des carrières jusqu’à une dizaine de lactations. « Quand nous nous sommes installés en 1997 avec ma compagne Nathalie Touret, nous avions 17 holstein, mais ces vaches perdaient vite en état et n’étaient pas adaptées à notre système avec de longues marches pour accéder aux pâturages », se souvient l’éleveur.

"Sans le savoir, nous avions fait du croisement trois voies"

Les croisements commencent en 2007 via l’introduction de 5 brunes au troupeau avec l’idée de transformer le lait à la ferme. « Nous avons continué avec un taureau brun pour poursuivre les croisements par absorption, puis nous avons continué avec un taureau normand. Sans le savoir, nous avions fait du croisement trois voies », se souvient l’éleveur.

Rouge norvégienne et simmental pour un meilleur gabarit

Quelques années plus tard, une collaboration avec un technicien spécialiste en génétique va permettre de cadrer les pratiques de croisement. « Il avait vu notre troupeau au bord de la route et il est venu nous voir car ça l'intéressait de travailler avec nous », se souvient Alain Guiffès. Décision est alors prise de se passer des croisements avec la race normande, dont l’éleveur trouve le caractère trop centré sur ses propres besoins. Elle est remplacée dans un premier temps par la rouge scandinave, puis plus récemment par la rouge norvégienne. « Ce sont des vaches rustiques avec de bons gabarits. C’est un vrai atout face au changement climatique car les animaux sont plus robustes. Ce sont également des vaches patureuses qui se remplissent vite la panse », constate-t-il. Quelques inséminations sont également réalisées avec de la jersiaise et de la prim’holstein mais sans que les éleveurs poussent dans cette voie.

Alain Guiffès s’est formé pour réaliser lui-même les inséminations. © TD

Dernièrement, c’est la simental qui a rejoint les doses d’insémination pour travailler sur la production laitière sans perdre en gabarit. « J’ai des doses de brune, simental et rouge norvégienne en stock. Selon les races du père et du grand-père des vaches, je mets une troisième alternative pour garder l’effet d’hétérosis [voir encadré plus bas]. Pour les lignées que je ne souhaite pas garder, j’ai des doses de bleu blanc belge », explique l’éleveur qui s’est formé à l’insémination.

"Nous avons créé une race adaptée aux conditions climatiques de la ferme"

Au-delà du choix des races, la sélection des lignées conservées se fait essentiellement sur le critère des taux et du gabarit et moins sur la production laitière, bien qu’elle entre en ligne de compte. Actuellement, la moyenne de production sur le Gaec se situe entre 4 800 et 5 200 litres de lait par vache et par an, avec un taux butyreux autour de 50.

« Au fil des années, nous avons créé une race adaptée aux conditions de pâturage et aux conditions climatiques de la ferme et à la transformation du lait », assure-t-il.

Passer à la monotraite

En parallèle des croisements, le couple à la tête du Gaec des Trois Poiriers est progressivement passé à la monotraite. « Nous l’avons d’abord fait de manière occasionnelle lors des pics de chaleur et, depuis l’été dernier, nous avons adopté cette pratique sur l’ensemble de l'année », relate Alain Guiffès. Au-delà du gain de temps et du lait plus fromageable, il assure que la monotraite représente un levier majeur pour aider les vaches à passer les épisodes de stress thermique.

« Depuis que nous ne faisons plus qu’une traite par jour, nous avons perdu 15% de lait et 6000 euros par an. Il faudrait peut-être 5 vaches de plus pour assurer nos besoins en lait. Aujourd’hui nous transformons 60% de nos volumes et nous livrons le reste à Biolait », détaille l’éleveur. Il a également acheté récemment deux génisses jersiaises pour les intégrer au troupeau. « C’est un essai, nous verrons. Je ne suis vraiment pas sûr qu’elles entrent dans les lignées », s’interroge-t-il.

« Le gabarit type bœuf de la race Simental me plait bien », assure l’éleveur © TD

Des betteraves et des haies

Mais les adaptations aux changements climatiques ne s'arrêtent pas au troupeau. Le Civam des Pays de la Loire a ainsi listé 10 pratiques chez ses adhérents autour des fourrages, du pâturage ou de la gestion des vêlages pour limiter l'impact des fortes chaleurs sur la production laitière. Chez Alain Guiffes et Nathalie Touret, le choix a été fait, par exemple, d'abandonner le maïs au profit de la betterave fourragère, culture non irriguée jusqu’à présent. « Cela fait 15 ans que nous fonctionnons avec la betterave. Nous pensions avoir la bonne solution, mais elle a commencé à souffrir des coups de chaud lors des dernières années. L'an dernier, la récolte était si mauvaise que nous avons arraché à la main. À l'avenir, il faudra peut-être arroser lorsque nous repiquons les plants. Une fois que l’implantation est assurée, c'est une culture qui peut faire face aux fortes chaleurs », constate-t-il.

Côté pâturage, l’éleveur regrette de ne pas avoir planté plus de haies. « Nous avons un îlot de 10 hectares où les vaches n’ont pas d’ombre dans certains paddocks. Nous n’avons rien planté entre 2004 et 2020. C’est dommage car les plantations actuelles vont nécessiter quelques années avant d’offrir un réel abri ombragé pour les animaux ».

Qu’est-ce que l’effet hétérosis ?

L’effet d’hétérosis consiste à croiser deux lignées pures pour obtenir un gain de performance vis-à-vis de ces deux parents sur la descendance issue du croisement. Concrètement, la génisse hérite des avantages des deux races parentales. Mais dès la génération suivante, l’effet d’hétérosis tend à diminuer. C’est pourquoi le croisement trois voies consiste à réintroduire une nouvelle race à chaque nouvelle génération pour générer à nouveau l’effet hétérosis. Au Gaec des Trois Poiriers, les trois races utilisées en alternance sont la brune, la rouge scandinave et la simmental.