« La chaleur des panneaux photovoltaïques sèche mon foin »

À Saint-Amant-Roche-Savine, le Gaec de la Grange Neuve a associé des panneaux photovoltaïques à son séchage en grange pour récupérer davantage de chaleur et couvrir une partie des investissements.

Au Gaec de la Grange Neuve, à Saint-Amant-Roche-Savine, la production des 45 vaches laitières est 100% foin. Davantage valorisée par la laiterie voisine, ce virage technique a demandé quelques adaptations aux éleveurs. Dans l'ancien silo d'ensilage, Bertrand Damon a créé un séchage en grange équipé de deux cellules de 500 m3 chacune, ventilées grâce à l'air chaud présent sous les panneaux photovoltaïques.
Lait classique à lait tout foin
" La laiterie m'a proposé de faire du lait tout foin, mieux rémunéré. J'ai fait mon calcul, c'était intéressant économiquement mais aussi dans la méthode de production. Je n'ai pas trop hésité à m'engager" explique Bertrand Damon.
Passer d'une production laitière classique à du lait tout foin demande une bonne dose de technicité et surtout des investissements matériels. Les travaux ont commencé dès 2011 au Gaec de la Grange Neuve  où une nouvelle stabulation sur aire paillée a été créée pour les génisses et les vaches taries. Au bout de ce bâtiment, l'éleveur a conçu un sto
ckage de foin en vrac de 640 m3 où la griffe à fourrage est utilisée pour l'alimentation et le paillage.
Deux ans plus tard, le séchage en grange s'installe à la place du silo d'ensilage dans un bâtiment vieux de 40 ans. Ni la charpente, ni les murs ont été touchés par les travaux. À l'intérieur, l'éleveur a conçu deux cellules à foin ventilées.
Le silo d'ensilage transformé en séchage en grange
Dès l'aménagement de son séchage en grange, Bertrand Damon envisage d'installer des panneaux photovoltaïques sur le toit. L'éleveur vise deux objectifs à travers cette manœuvre : couvrir les investissements bâtiment par la revente d'électricité et récupérer davantage de chaleur. " L'air est plus chaud sous les panneaux. Nous le récupérons grâce au ventilateur ce qui nous permet de démarrer le séchage plus tôt dans l'année." Là aussi, il faut voir en transparence de cette stratégie, l'exigence de l'éleveur de tendre vers une qualité optimale du fourrage. "Plus l'herbe est récoltée tôt, meilleure elle est."
Les panneaux photovoltaïques sont installés en 2019 et la totalité de la production d'énergie est revendue à Enedis. Les bénéfices électriques permettent, assure-t-il, de couvrir l'emprunt des travaux du séchage en grange. L'éleveur met cependant en garde ceux qui souhaiteraient s'engager dans cette voie. "Avant de commencer quoi que ce soit, il faut bien se renseigner sur le statut de l'exploitation. Un Gaec ne peut pas revendre de l'électricité, il faut donc créer une autre société, cela double les frais de comptabilité."
Bertrand Damon explique également en détails les complications de raccordement avec Enedis dont il faut retenir : "attention au délai des travaux".
Cinq à six hectares séchés par jour
Désormais, Bertrand Damon débute ses premières récoltes de foin à partir du 15 mai. Il rentre dans son séchage entre cinq et six hectares d'herbe par jour à 30% d'humidité maximum. "Je ne peux pas faire plus sinon l'humidité s'accumule et il faut beaucoup tourner le foin pour qu'elle s'évacue."
Une fois sec, le foin est distribué aux animaux via un quai de déchargement placé en contrebas des cellules. De là, l'éleveur en profite pour mélanger ce fourrage avec un autre de moins bonne qualité. "Les vaches ne sont pas folles ! Si je ne fais pas ça, elles refusent le mauvais et se battent pour avoir le meilleur. Rajouter du foin un peu plus fibreux leur permet aussi de ruminer davantage." La ration 100% foin est répartie dans le couloir d'alimentation des vaches avec un bobcat.
Après plus de deux ans d'usage, Bertrand Damon juge son système confortable et performant. Le seul inconvénient reste la production de poussières lors du largage du foin depuis le haut des cellules.