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Vendredi 05/06/2026
La guerre des prix à tout prix : un système cynique et délétère pour la chaîne alimentaire
[Edito] Dans un contexte où l’inflation fragilise le pouvoir d’achat de nombreux ménages, et alors que chaque année les négociations commerciales entre industriels et distributeurs se déroulent dans des conditions toujours plus tendues, le système pernicieux de la course aux prix bas nécessite une plus grande transparence, davantage de régulations, ainsi que le développement et la visibilité des circuits alternatifs.
Après la commission d'enquête du Sénat publiée le 19 mai sur les marges des industriels et de la grande distribution, qui tire à boulet rouges sur les pratiques des grandes surfaces, une autre étude, publiée cette semaine par l’ONG Inside Track France, vient à nouveau dénoncer un système organisé par la grande distribution pour tirer les prix alimentaires vers le bas.
Ce dernier rapport, qui s’appuie sur des témoignages anonymes de cadres dirigeants, de directeurs et de responsables de l’agroalimentaire et de la distribution, met en lumière les effets cyniques et délétères de la course aux prix bas orchestrée par la grande distribution.
Cyniques, car sous couvert de préserver le pouvoir d’achat des Français, les enseignes de grande distribution baissent leurs marges sur quelques produits d’appel très comparés entre magasins, la plupart du temps gras, sucrés, salés, ultra-transformés (sodas, pâtes à tartiner, bières…) pour se rattraper sur d’autres produits, moins comparables, notamment les produits bruts, bio ou porteurs d’allégations de durabilité. Une situation dénoncée depuis des années par les associations de consommateurs, qui alertent sur les sur-marges pratiquées par la grande distribution sur les fruits et légumes bio.
Délétères, parce que cette course aux prix bas qui pressurise les PME et ETI françaises n’offre aucune place pour les investissements dans la transition environnementale, fragilise les filières et, au final, empêche les agriculteurs de vivre dignement.
Le consommateur voit ses choix orientés
La guerre des prix fait désormais partie de l’imaginaire et des pratiques de tout le secteur. Les appels au « patriotisme alimentaire », à manger français, à privilégier le local, à manger des produits bruts, de qualité, de saison, etc., n’ont que peu d’impact face à une situation enracinée depuis des années, où le consommateur voit ses choix orientés par l’offre disponible, par les promotions, par la publicité, par la mise en scène du prix et par l’absence de transparence.
Cette stratégie du prix le plus bas brouille en outre la perception du « bon prix » d’un produit brut. Habitué aux promotions, le consommateur peine désormais à identifier le « vrai prix » d’un kilo de fruit ou légume.
Rendre la bonne alimentation plus accessible que la mauvaise
Dénoncer la course aux prix bas ne revient pas à souhaiter une hausse des prix pour tous les produits. « Il s’agit de faire évoluer la péréquation des marges telles qu’elle est construite aujourd’hui, afin de rendre la bonne alimentation plus accessible que la mauvaise, et arrêter de financer le « moins cher » avec les produits les plus souhaitables », souligne le rapport d’Inside Track.
Ce système pernicieux nécessite une plus grande transparence, davantage de régulations, ainsi que le développement et la visibilité des circuits alternatifs. Magasins de producteurs, plateformes numériques de vente directe, épiceries participatives, Amap, vente à la ferme : si la grande distribution domine le secteur de la distribution alimentaire, les alternatives sont néanmoins nombreuses et apparaissent comme des leviers essentiels pour rééquilibrer la chaîne de valeur et répondre aux attentes croissantes des consommateurs en matière de qualité, de transparence et de proximité.