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Mercredi 27/05/2026

Cadmium : une sous-concentration dans les céréales et pommes de terre, des apports de P2O5 en chute

Publié par Pleinchamp

Selon Arvalis, les récoltes françaises de blé tendre, de blé dur ou encore de pommes de terre respectent, depuis des années, voire des décennies, les limites maximales réglementaires en matière de teneur en cadmium, dont l’alimentation est le principal vecteur chez les non-fumeurs. Selon France Fertilisants, les livraisons d’engrais phosphatés ont reculé de 67% en 25 ans. Plusieurs leviers permettent de limiter les risques de transfert.

En mars dernier, une expertise de l’Anses révélait que la dose journalière tolérable de cadmium était dépassée chez 36% des enfants de moins de 3 ans, chez 23% à 27% des 3 à 17 ans (contre 14% en 2011) et chez 1,4% à 1,7% des adultes (contre 0,6% en 2011). Et de pointer l’alimentation comme voie quasi-exclusive de contamination des Français non-fumeurs.

L’alimentation, contributrice ultradominante à l’imprégnation de la population (Source : Anses)
L’alimentation, contributrice ultradominante à l’imprégnation de la population (Source : Anses)

« Si les niveaux d’expositions actuels se maintiennent et qu’aucune action n’est mise en place, des effets néfastes à terme sont probables pour une part croissante de la population », affirmait l’Anses, le Cadmium étant reconnu comme cancérogène certain pour le poumon en milieu professionnel et suspecté d’induire d’autres cancers (pancréas, vessie, prostate et sein), entre autres pathologies.

Depuis plus de 15 ans, la présence du cadmium fait l’objet de suivis annuels dans les blés tendre, les blés durs ainsi que dans les pommes de terre récoltées en France, sous l’égide des filières (Intercéréales et le CNIPT), des pouvoirs publics (FranceAgriMer) et d’Arvalis. Ils témoignent du respect des seuils réglementaires tous les ans.

Teneurs moyennes annuelles en cadmium des grains de blé tendre (en mg/kg) récoltés en France (Source : Arvalis)
Teneurs moyennes annuelles en cadmium des grains de blé tendre (en mg/kg) récoltés en France (Source : Arvalis)

Résultats ? En blé tendre, la teneur moyenne pluriannuelle s’établit à 0,033 mg/kg de cadmium dans le grain, soit plus de trois fois moins que la limite règlementaire en vigueur pour l’alimentation humaine. Les teneurs moyennes annuelles sont stables depuis 2004.

Teneurs moyennes annuelles en cadmium des grains de blé dur (en mg/kg) récoltés en France (Source : Arvalis)
Teneurs moyennes annuelles en cadmium des grains de blé dur (en mg/kg) récoltés en France (Source : Arvalis)

En blé dur, les teneurs moyennes annuelles en cadmium de la récolte française respectent le seuil règlementaire de 0,18 mg/kg de cadmium dans le grain. Ces teneurs ont baissé de près de 50%, sous l’effet notamment d'un important travail de sélection depuis 2010

Teneurs moyennes annuelles en cadmium des pommes de terre (en mg/kg) récoltées en France (Source : Arvalis)
Teneurs moyennes annuelles en cadmium des pommes de terre (en mg/kg) récoltées en France (Source : Arvalis)

Enfin, les teneurs moyennes en cadmium mesurées chaque année dans les récoltes de pomme de terre pour le marché du frais sont stables depuis 15 ans, avec une valeur moyenne pluriannuelle de 0,026 mg/kg, soit plus de trois fois moins que la limite règlementaire en vigueur.

Des apports de P2O5 en chute de 67% en 25 ans

Selon France Fertilisants, les livraisons d’engrais phosphatés ont reculé de 67% en 25 ans. Sur le blé tendre, sur la base des enquêtes de pratiques culturales, Arvalis relève que les surfaces de blé tendre n’ayant reçu aucun apport phosphaté dans l’année ont progressé de 33% depuis 1994, pour représenter 62% des surfaces en 2021, la dose sur les parcelles en recevant ayant baissé de 35% sur la période. Sur blé dur, ces trois indicateurs sont respectivement de 20%, 45 % et 38%.

Sur pomme de terre, les évolutions sont moins marquées, en lien avec le caractère très exigeant de cette culture vis-à-vis du phosphore, qui laisse peu de latitude aux producteurs pour faire l’impasse, précise Arvalis. Ainsi, le nombre de parcelles ne recevant aucun apport une année donnée a légèrement progressé, passant de 28% en 2006 à 32% en 2021. La dose apportée sur les parcelles recevant un apport a diminué de 5%.

La sélection génétique au secours…

Selon Arvalis, la sélection génétique constitue un levier d’action majeur pour limiter le stockage du cadmium dans les organes récoltés. Les travaux les plus avancés en ce domaine concernent le blé dur : les recherches ont permis d’établir que la majorité de la sole française de blé dur est désormais cultivée avec des variétés porteuses de l’allèle cdu-1, conférant le caractère peu accumulateur de cadmium. Des travaux sont en cours pour adopter la même approche sur blé tendre. En pomme de terre, l’état des lieux des aptitudes bioaccumulatrices des variétés actuelles reste à conduire, indique Arvalis

… et 4 autres leviers agronomiques

Arvalis identifie d’autres leviers pour limiter l'accumulation de cadmium dans les récoltes, à commencer par le maintien d’un pH proche de la neutralité et raisonnement du chaulage par la méthode Comifer. Quand les apports d’engrais sont nécessaires, privilégier le fractionnement pour limiter la baisse de pH, augmenter et maintenir un niveau élevé de matière organique car elle peut complexer/séquestrer le cadmium et réduire son absorption par les cultures et enfin, assurer une nutrition en oligo-éléments équilibrée, notamment en zinc, pour bénéficier des effets d’antagonistes vis-à-vis de l’absorption du cadmium.