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Mercredi 29/07/2026

Les vagues de chaleur épuisent les abeilles et font reculer les récoltes de miel

Publié par Pleinchamp

Alors qu'une 4ème vague de chaleur s'abat sur le pays, les inquiétudes montent aussi dans les ruchers. Pour survivre, les abeilles modifient leur comportement, au détriment du butinage. Une stratégie indispensable qui réduit la production de miel et pourrait, à terme, affecter leur rôle essentiel dans la pollinisation. Face à ces épisodes appelés à se répéter, les apiculteurs revoient déjà leurs pratiques et leurs miellées.

Les abeilles comptent parmi les premières victimes de l'extrême chaleur. À mesure que le thermomètre grimpe, le fonctionnement des colonies change radicalement. Pour maintenir le couvain à une température proche de 34 à 35 °C, indispensable à son développement, une partie des ouvrières délaisse le butinage. Leur priorité devient alors de refroidir la ruche. Les abeilles multiplient alors les allers-retours vers les points d'eau et ventilent l'intérieur de la colonie par battement des ailes. Cette thermorégulation est essentielle, mais elle mobilise une main-d'œuvre précieuse qui n'est plus disponible pour récolter nectar et pollen. Cette réorganisation se traduit directement par une baisse de la production de miel. Les apports en nectar diminuent tandis que les colonies puisent davantage dans leurs réserves d'eau et de nourriture. Lorsque les épisodes caniculaires se prolongent, le stress thermique s'intensifie et le couvain devient plus vulnérable. Dans les situations les plus extrêmes, notamment lorsque les températures dépassent 40 °C, les ateliers d'élevage spécialisés peuvent subir des pertes de reines et la destruction d'essaims ou de couvains. Les conséquences ne sont d'ailleurs pas toujours immédiates : des colonies fragilisées durant l'été peuvent n'exprimer leurs difficultés qu'au printemps suivant, au moment de la reprise de l'activité.

Un impact qui dépasse la production de miel

Au-delà de la production de miel, cette mobilisation des colonies soulève une autre inquiétude : la pollinisation. En consacrant davantage de temps au refroidissement de la ruche et moins au butinage, les abeilles consacrent moins de temps au butinage. Or selon la FAO, près de 75 % des cultures alimentaires mondiales dépendent, au moins en partie, de la pollinisation animale. Si elles continuent de sortir malgré la chaleur, la raréfaction des ressources florales et les dépenses énergétiques supplémentaires peuvent limiter leur efficacité.

Une baisse des récoltes déjà constatée sur le terrain

Les effets des fortes chaleurs ne relèvent plus uniquement de la théorie. Ils sont désormais observés par une large majorité de professionnels. Selon une enquête menée par InterApi auprès de 117 apiculteurs, entre janvier et octobre 2023, 79 % des répondants estiment que les perturbations climatiques entraînent une baisse de leur production de miel. Cet impact est particulièrement marqué dans la moitié sud de la France, où les épisodes de sécheresse sont les plus fréquents. Certaines miellées apparaissent particulièrement vulnérables. Les apiculteurs citent notamment les miels de châtaignier, d'acacia et de montagne, dont les rendements se dégradent lorsque les ressources nectarifères viennent à manquer.

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La sécheresse prive les abeilles de leurs ressources

La hausse des températures affecte également les plantes mellifères. Sous l'effet de la sécheresse, les floraisons raccourcissent, les ressources nectarifères s'assèchent et les plantes sécrètent moins de nectar. Les ouvrières doivent alors parcourir davantage de distance pour trouver de quoi nourrir la colonie, avec un rendement énergétique de moins en moins favorable. Cette raréfaction des ressources affecte non seulement les récoltes de miel, mais aussi celles de pollen, de propolis, de cire et de gelée royale. Le tournesol et la lavande figurent parmi les ressources les plus surveillées. Au cours des cinq dernières années, chacune de ces deux miellées a représenté plus de 10 % du miel produit en France, derrière les miels de fleurs d'été et les autres miels polyfloraux. Toute baisse de floraison ou de sécrétion de nectar sur ces cultures se répercute rapidement sur les volumes récoltés.

Des pratiques qui évoluent face à un climat plus exigeant

Les apiculteurs adaptent déjà leurs pratiques pour limiter les effets des fortes chaleurs sur leurs colonies. Les ruches sont installées, lorsque cela est possible, dans des secteurs ombragés ou semi-ombragés. Des abreuvoirs sont aménagés à proximité afin de limiter les déplacements des abeilles en quête d'eau. Certains exploitants investissent également dans des toitures isolantes ou réfléchissantes afin de réduire la température à l'intérieur des ruches. Pour limiter l'échauffement des colonies, certains vont jusqu'à repeindre leurs ruches en blanc afin de réfléchir davantage le rayonnement solaire. Les adaptations concernent aussi le matériel. D'après l'enquête d'InterApi, 34 % des apiculteurs interrogés ont déjà modifié leurs équipements en réponse au changement climatique. Parmi eux, 95 % ont renforcé l'isolation des ruches, principalement au niveau du toit ou des parois latérales. La transhumance évolue elle aussi. Les emplacements les plus exposés aux fortes chaleurs sont progressivement délaissés au profit de secteurs où les ressources mellifères restent disponibles plus longtemps.

Des miellées abandonnées, des productions diversifiées

Les changements climatiques conduisent également certains apiculteurs à revoir leur stratégie de production. L'enquête d'InterApi montre que 30 % des professionnels interrogés ont abandonné certaines miellées, principalement celles d'acacia et de châtaignier, devenues trop aléatoires. À l'inverse, 16 % recherchent de nouvelles ressources, tandis que 17 % privilégient désormais les miellées de printemps, afin de récolter avant que les températures estivales ne réduisent les disponibilités en nectar. La diversification devient également un levier d'adaptation. 15 % des répondants indiquent avoir développé d'autres activités afin de mieux répartir les risques liés aux aléas climatiques. Par ailleurs, 19 % ont élargi leur gamme de produits avec du pollen, de la propolis, du pain d'épices ou encore des confiseries.

Une saison apicole qui se transforme

Au-delà des canicules successives, c'est toute l'organisation de la saison apicole qui évolue. Les travaux prospectifs menés par InterApi montrent que le réchauffement climatique devrait conduire à un démarrage plus précoce des miellées au printemps, suivi d'un creux estival, lorsque la chaleur limitera la quantité et la qualité des nectars disponibles. Cette évolution pourrait également favoriser le développement du varroa, parasite majeur des colonies, en raison d'hivernages plus courts laissant davantage de temps à sa reproduction.