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Vendredi 25/09/2026
[Édito] Flambée du carburant : l’État verse une aide de 40 centimes par litre aux grands rouleurs, 35 aux pêcheurs… et toujours 15 aux agriculteurs
Record à la pompe, stations à sec et pluie d'annonces ce mardi 22 septembre. Grands rouleurs, pêcheurs, infirmières libérales : chacun sa ligne dans le plan carburant du gouvernement. Pour les agriculteurs, un simple maintien des 15 centimes sur le GNR, alors que le litre a doublé en un an, en pleine période de semis.
2,41 euros. Le prix moyen du litre à la pompe dimanche dernier, du jamais vu depuis le début de la crise du détroit d'Ormuz, il y a six mois. Des stations à sec, 14 % en rupture d'au moins un carburant, une consommation en chute de 30 % en dix jours et un gouvernement sommé d'agir. Réponse ce mardi 22 septembre : plus de 400 millions d'euros de mesures nouvelles, et une promesse signée Sébastien Lecornu. « Si la hausse des prix devait générer demain un surplus de recettes fiscales, il sera restitué aux Français. » Cette promesse inclut-elle les agriculteurs ?
Des grands rouleurs aux pêcheurs, une liste bien fournie
L'automobiliste d'abord. L'aide aux « grands rouleurs » s'élargit à 5,5 millions de personnes, contre 3 millions jusqu'ici, avec « l'équivalent de 40 centimes par litre de carburant pour trois mois en moyenne », selon Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l'Énergie. Le plafond de la prime carburant versée par l'employeur passe de 600 à 1 000 euros. Les infirmières libérales des zones rurales parcourant plus de 100 km par jour obtiennent un coup de pouce de 80 euros.
L'agriculture n'a droit qu'à une ligne, partagée avec le BTP : l'aide au gazole non routier est maintenue jusqu'au 31 décembre et les cotisations sociales peuvent être reportées. Rien de neuf, la prolongation des 15 centimes par litre jusqu'à la fin de l'année ayant été actée la semaine précédente. Même le BTP est mieux servi, avec 20 centimes par litre de GNR.
15 centimes pour un euro de hausse
Le GNR, lui, n'a pas attendu. Le litre a atteint 2,0495 euros TTC la semaine du 11 septembre, environ le double de fin 2025, tout près du record d'avril (2,094 euros). Près d'un euro de plus par litre en un an, pour 15 centimes d'aide. L'amortisseur couvre à peine 15 % de la hausse. La FNSEA n'a pas manqué de relever l'écart. « Les 15 centimes annoncés par le gouvernement tenaient la route à partir du moment où les gasoils étaient autour de 1,20 euro », rappelle Arnaud Rousseau, son président. Début septembre, le litre dépassait 1,50 euro HT. D'où la demande du syndicat : 30 centimes, et une déduction directe en pied de facture - sans avance de l'agriculteur - plutôt qu'un remboursement après coup. Au montant s'ajoute le délai. « Les remboursements d'avril, de mai, de juin tardent dans un certain nombre de départements. Ça n'est pas acceptable pour les agriculteurs de faire cette avance de trésorerie », insiste-t-il. Plusieurs mois de trésorerie avancée en pleine année de sécheresse. Et le moment n'a rien d'anodin. Déchaumages, préparation des sols, semis d'automne : les tracteurs tournent à plein, et chaque plein pèse sur des comptes déjà asséchés par l'été.
Voir aussi : sécheresse, climat, installation, la réponse à triple détente du Crédit Agricole
Pêche : une autre méthode
Il ne s'agit pas d'opposer les métiers. Les pêcheurs subissent la crise de plein fouet. Mais la réponse qui leur est faite mérite qu'on s'y arrête. L'aide passe de 25 à 35 centimes par litre, confirmée par le Premier ministre après la mobilisation dans plusieurs ports. Elle couvre 70 % de la hausse des coûts par rapport à l'avant-crise, soit le maximum autorisé par le cadre européen. S'y ajoute un prêt à taux zéro jusqu'à 50 000 euros, remboursable sur trois ans, dont la première année peut être différée. Côté versements, le calendrier est tenu. « Avril, mai, a été versée. Juin, juillet, août, l'ouverture du guichet c'est cette semaine, les règlements ça va être dans les 15 jours », détaille Catherine Chabaud, ministre déléguée à la Mer et à la Pêche, auprès de Midi Libre. Plafond européen atteint, trésorerie soulagée, délais tenus : exactement ce que réclame aujourd'hui la profession agricole. La preuve, au moins, que la mécanique existe.
Des milliards d'un côté, un budget en recul de l'autre
Ce mercredi matin, Annie Genevard assurait que le plan d'urgence sécheresse serait « probablement supérieur » à 1,3 milliard d'euros. L'effort est réel et personne ne le conteste. Mais c'est un effort de crise, ponctuel par nature. En parallèle, la copie budgétaire présentée en juillet ramenait le ministère de l'Agriculture de 4 à 3,9 milliards d'euros pour 2027. Cent millions de moins, l'année même où carburant et sécheresse pèsent à la fois sur les exploitations. La demande de la FNSEA reste sur la table, et le projet de loi de finances doit encore passer par le Parlement. Reste la « règle d'or » avancée par le Premier ministre : si la flambée des prix gonfle les recettes fiscales sur les carburants, le surplus serait reversé aux Français. Encore faut-il qu'il existe. Prix record oblige, les automobilistes lèvent le pied (−30 % de consommation du 11 au 20 septembre) et la cagnotte pourrait fondre d'elle-même. Quant à la forme de cette restitution, Matignon reste évasif. « En soi, ça se restitue comme on veut », glisse l'entourage du Premier ministre à Franceinfo, avant de citer en exemple l'aide aux « grands rouleurs ». Les agriculteurs, qui récupèrent la TVA sur leur GNR et ne remplissent donc guère ce pot commun, ne figurent pas encore sur la liste.