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Lundi 28/09/2026

Les Chambres d'agriculture demandent des prêts à taux zéro pour les exploitations fragilisées par la sécheresse

Publié par Pleinchamp

Pour les Chambres d'agriculture, l'urgence porte aussi sur la trésorerie des exploitations. Dans un entretien accordé à Pleinchamp, Sébastien Windsor, président de Chambres d'agriculture France, demande à l'État de prendre en charge les intérêts des prêts accordés aux agriculteurs les plus fragilisés.

Pour Sébastien Windsor, le plan CASI est une première réponse, mais ne permet pas de couvrir l'ensemble des conséquences de la crise climatique de 2026. Il mobilise plus d'un milliard d'euros et repose sur trois mesures principales : 
- La première est l'indemnité de solidarité nationale sur les assurances. Pour le président des Chambres, ce n'est pas un geste exceptionnel : cette aide est « quelque part actée, due aux agriculteurs », puisque l'État l'avait prévue dès la mise en place du système assurantiel.
- La deuxième porte sur le foncier non bâti, et l'aide est déjà insuffisante : « Les demandes sur le terrain sont largement supérieures à l'enveloppe qui a été accordée. »
- La troisième est le fonds de réarmement.  Celui-ci doit apporter une aide de 5 000 euros à 5 %,10 % des agriculteurs. Au total, la réponse n'est « pas du tout à la hauteur de la crise », juge Sébastien Windsor. Selon lui, les pertes se chiffrent « probablement plutôt en dizaines de milliards qu'en milliards ». Pour autant, ces mesures « vont être utiles pour aider les personnes les plus touchées par cette crise », reconnaît-il. Mais il manque, selon lui, « un accompagnement de trésorerie pour ceux qui sont en difficulté de revenu depuis plusieurs années et dont la trésorerie est déjà très entamée.»

Voir aussi : « Il faut aller plus loin », Arnaud Rousseau pointe les limites du plan CASI

Éviter le « suraccident »

L'enjeu est de permettre aux agriculteurs de financer les dépenses nécessaires pour redémarrer : « acheter du fourrage, racheter des semences, et s'assurer qu'on n'a pas un suraccident », détaille Sébastien Windsor. Il décrit le risque d’un engrenage pour les exploitations les plus fragiles : après une crise, « l’agriculteur n’a pas les moyens de semer correctement, n’a pas les moyens de nourrir correctement son troupeau et il va s'enfoncer dans une spirale. » Les Chambres d'agriculture réclament donc « des prêts à court terme qui permettront aux agriculteurs d'acheter le fioul et les engrais nécessaires pour pouvoir redémarrer. » Il faudra aussi poursuivre l'allègement des charges, car « un certain nombre d'agriculteurs auront du mal à les payer. »

Le Crédit Agricole répond à l'urgence, l'État attendu sur les intérêts

Le Crédit Agricole a annoncé la mobilisation de 1,5 milliard d'euros de prêts à taux préférentiel pour répondre aux besoins immédiats de trésorerie des exploitations agricoles et viticoles touchées par les aléas climatiques. Son dispositif « Coups-Durs Agri-Viti » permet notamment d’emprunter jusqu’à 50 000 euros sur deux, trois ou quatre ans, à des taux préférentiels de 2,5 %, 3 % ou 3,5 %. Pour Sébastien Windsor, cette initiative répond directement à l’un des besoins identifiés par les Chambres. « Cette proposition du Crédit Agricole répond clairement à ce que je disais juste avant, le fait de mettre en place des prêts de trésorerie. » Il souligne d'ailleurs « l'effort très substantiel » de la banque, qui amène les taux à 2,5 %. Après un tel choc, devoir réemprunter reste difficile pour l'agriculteur : « Il a l'impression d'avoir vécu un énorme accident. Il va devoir réemprunter et, en plus, payer des intérêts. » Les Chambres demandent donc à l'État de prendre en charge ces intérêts « dans des prêts comme celui du Crédit Agricole », pour que les agriculteurs disposent d'une trésorerie à taux zéro pour repartir. Un prêt qui devra malgré tout être remboursé. « De toute façon, il faudra qu’il rembourse le prêt, ce qui sera déjà compliqué dans un certain nombre de cas », rappelle Sébastien Windsor, « si on pouvait s’assurer que c’est fait à taux zéro et sans qu’il ait à payer l’intérêt, je pense que, moralement, ça changerait un peu les choses pour l’agriculteur et ça lui permettrait de redémarrer sereinement. » L'urgence financière ne doit pas masquer les difficultés de fond. « On a aussi besoin de solutions à moyen terme, insiste Sébastien Windsor. Là où on constate des difficultés, il va falloir accompagner les exploitations pour régler leurs problèmes de revenus et leur sensibilité au climat. » Dans les plans de souveraineté alimentaire, les Chambres ont notamment identifié des projets pour aider les agriculteurs à se diversifier. Encore faut-il pouvoir les financer. « Ce dont on a besoin maintenant, c'est d'un vrai dispositif d'accompagnement à la transformation des exploitations dans les dix ans à venir », estime-t-il. Ce dispositif doit inclure un soutien financier pour les exploitations « déjà très touchées, qui n'ont plus de trésorerie et qui, si on ne les accompagne pas, ne seront pas en capacité de faire évoluer leur exploitation ».

Un bilan fourrager gratuit pour les éleveurs

Face à la crise, les Chambres d’agriculture proposent également des mesures d’accompagnement immédiat. Avec l'herbe grillée et des maïs fourragers qui ne produiront pas comme prévu, le risque de manquer de fourrage est particulièrement important. Les éleveurs, particulièrement touchés, constatent qu'il ne reste pas grand-chose dans leurs silos ou leurs réserves d'aliments. Les Chambres leur proposent ainsi un bilan fourrager gratuit pour faire le point sur leurs besoins. L'idée est de faire le point :
« Maintenant que j'ai fait ma récolte, qu'est-ce qui me manque comme fourrage ? Quelles alternatives ai-je pour le remplacer ? » L'objectif, selon Sébastien Windsor, est d'aider l'éleveur à « passer le choc et anticiper des solutions ».

"on vous aidera à rebondir et à trouver les solutions pour passer le cap"

En Normandie, « quasiment un agriculteur de plus chaque jour » dans les cellules RÉAGIR

Pour les situations les plus difficiles, les Chambres d'agriculture s'appuient sur les cellules RÉAGIR. « Ce sont des cellules qui gèrent, en toute confidentialité, l'accompagnement des agriculteurs qui sont dans des difficultés plus importantes », rappelle Sébastien Windsor. « On les aide à aller chercher les dispositifs de financement, à rééchelonner des prêts, etc. » Et la demande augmente. « En Normandie, en ce moment, on a quasiment un agriculteur supplémentaire tous les jours qui vient voir ces cellules RÉAGIR », indique-t-il.  Son message aux agriculteurs en difficulté est direct : « Venez nous voir. Dans la période actuelle, il n'y a vraiment pas de honte. Tout le monde a été touché par la crise. Venez vers nous, ce sera confidentiel, personne ne le saura, et on vous aidera à rebondir et à trouver les solutions pour passer le cap. »

ClimaTerra et un conseiller référent pour chaque agriculteur

Au-delà de la gestion de la crise actuelle, les Chambres veulent renforcer l'accompagnement des exploitants face au changement climatique. Avec les instituts techniques, elles ont construit une méthode baptisée ClimaTerra. « On l'a testée, on a accompagné 1 000 agriculteurs en France, ce qui est très peu, pour les aider à bâtir un projet qui les rendra plus résilients », explique Sébastien Windsor. Le projet stratégique des Chambres, repris dans leur contrat d'objectifs, veut changer d'échelle et bâtir un accompagnement massif face au changement climatique. Pour les jeunes, cet accompagnement commence dès l'installation : « quand il s'installe, on vérifie la soutenabilité de son modèle, y compris à dix ou vingt ans. » Il concerne aussi les exploitants qui ont un projet ou qui traversent des difficultés : « quelles sont les alternatives chez moi pour devenir plus résilient ? Cela passe par la stratégie de protection, d'assurance, de stockage… mais aussi par des changements de pratiques, de variétés, de productions. » Pour mener cette approche globale, les Chambres veulent être davantage à l'écoute des besoins et travailler plus étroitement avec les filières économiques. Elles comptent ainsi repérer des opportunités de diversification, de revenu supplémentaire ou d'activités plus résilientes face au climat. Dernier point, et non des moindres : « La volonté, c'est que chaque agriculteur ait identifié quelqu'un à la Chambre, un conseiller référent, qui va pouvoir répondre à ses problèmes et le guider pour trouver les bonnes réponses aux questions qu'il se pose. » Sébastien Windsor appelle également les consommateurs à soutenir l’agriculture française. Il invite à « acheter français et parfois acheter des produits quelques centimes de plus pour soutenir l’agriculture française et pour soutenir une économie dans les territoires ruraux. Si elle disparaît, pour le coup, elle amènera un appauvrissement monstrueux dans un certain nombre de territoires », estime-t-il.